Arrivée dépouille mortelle Alino Faso : Le retour d’un « héros »
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La dépouille de Christophe Alain Traoré, alias Alino Faso, est arrivée hier 18 août 2025 à la l’aéroport international de Ouagadougou. L’activiste et philanthrope, faut-il le rappeler, a rencontré la Faucheuse le 24 juillet dernier alors qu’il était détenu dans une école de gendarmerie en Côte d’Ivoire. Parents, amis, proches et sympathisants, troublés par cette nouvelle, étaient devant l’entrée Zone fret de l’infrastructure pour réserver un accueil à l’homme que certains considèrent désormais comme un martyr ou un héros.
C’est exactement à 14h passées de 45 minutes que le chariot transportant le cercueil drapé des couleurs nationales s’est, tant bien que mal, frayé un chemin vers le véhicule des pompes funèbres qui était affrété à cet effet. Devant ce véhicule, un homme et une femme tiennent un poster géant de Christophe Alain Traoré, plus connu sous le nom Alino Faso. L’atmosphère est pesante, les visages graves. Sur les flancs de ladite carriole, de parfaits inconnus mais aussi des autorités gouvernementales. Au rang de celles-ci, les ministres Emile Zerbo de l’Administration territoriale, Mahamoudou Sana de la Sécurité, Karamoko Jean Marie Traoré des Affaires étrangères et Pingdwendé Gilbert Ouédraogo de la Communication. Ces autorités n’ont pas fait de déclaration. La présence de certaines autorités judiciaires ne passait pas non plus inaperçue. Ce sont le président du Tribunal de grande instance (TGI) Ouaga I, les procureurs du Faso près les TGI Ouaga I et Ouaga II ainsi que des avocats. Les membres de la Coordination nationale des associations de veille citoyenne (CNAVC), pour qui la thèse du suicide d’Alino Faso passe mal (voir encadré : récapitulatif de l’affaire en 6 dates), n’ont pas marchandé leur participation. Sur des pancartes : « Alino Faso (mort en martyr) » ; « Que Dieu convertisse tes œuvres sociales en grâces pour ton paradis, Alino Faso forever ! » et des mots incriminants le premier des Ivoiriens d’être à l’origine de ce drame. La bière du disparu est déposée dans le véhicule des pompes funèbres qui s’ébranle, sous bonne escorte policière, vers la morgue du Centre hospitalo-universitaire de Bogodogo où « des constats d’usage seront effectués par les autorités compétentes avant que le corps ne soit rendu à la famille au cours de la semaine », selon Raïssa Compaoré, ami du défunt. « Nous sommes là pour accueillir un frère, un mari, un ami, quelqu’un qui a beaucoup fait pour le Burkina Faso. Avec lui, nous avons fait des opérations de collecte de vivres, nous avons sauvé des vies, traversé le pays pour magnifier ce patrimoine culturel et tout ce que nous avons dans cette nation », ajoute l’amie du philanthrope. Elle regrette cependant que son binôme ne soit pas de retour sur ces « deux pieds », avec toute la joie qu’elle lui connaît. « Malheureusement, il est revenu dans un cercueil. Ce sont des moments très douloureux et difficiles pour sa famille, toute la nation pleure un fils », indique Raïssa Compaoré qui demande que la « lumière soit faite sur ce qui s’est passé afin d’apaiser les cœurs ». Elle trouve néanmoins un motif de satisfaction parce que « le gouvernement a pris ce dossier à cœur » et les encourage à les aider à obtenir cette lumière. « Alain Traoré, c’est un héros pour nous », conclut-elle.
Aboubacar Dermé
et Sitta Sanfo (Stagiaire)
Encadré 1
Sébastien Bouda, ami intime du père d’Alino Faso
« L’arbre sous lequel je me reposais a été coupé »
« Aujourd’hui nous sommes confus. Je ne sais pas où nous sommes. Je suis sans voix parce que l’arbre sous lequel je me reposais a été coupé. Où aller encore ? Alain était tout pour moi après son papa. Il s’occupait de moi depuis que je suis à la retraite en 2000. Il faisait tout pour satisfaire tout le monde. Ses camarades l’appréciaient et c’est eux qui peuvent mieux l’apprécier que nous. Et nous savons que c’était un monsieur humaniste. Ce qu’il faisait ici dépassait notre entendement. A Bargho où il habitait, il a fait un forage pour toute la population environnante et bien d’autres réalisations. Il a nourri des orphelins. Étant de la famille, il nous a vraiment rehaussé la tête. Nous nous en remettons à Dieu et au gouvernement qui a œuvré depuis le départ, pour nous aider à voir notre fils sur le sol de ses ancêtres. Les trois ou quatre ministres qui sont venus à la maison nous annoncer la triste nouvelle disaient que le gouvernement allait faire tout pour que le corps arrive, mais je n’y croyais pas. L’arrivée de la dépouille a apaisé toute la famille et nous remercions le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso, pout tout ce qu’il fait et fera »
Serge Imhotep Bayala, acteur de la veille citoyenne
« Son corps est sacré, c’est un symbole pour nous »
« La nouvelle a été un choc national, un traumatisme pour tout le peuple burkinabè d’apprendre que notre frère, notre combattant est tombé les armes à la main dans les prisons ivoiriennes à l’école de gendarmerie en Côte d’Ivoire. Nous avons cru que ça allait être simplement un buzz mais la réalité a été plutôt tragique. Face à cette tragédie, nous nous sommes dit qu’on nous a arraché la vie d’Alino Faso. Il faut que nous nous batons pour accueillir sa dépouille, afin qu’il sache qu’il ne s’est pas battu pour un peuple d’ingrats, qu’il ne s’est pas battu pour un Burkina Faso qui ne respecte pas sa mémoire. Son corps est sacré, c’est un symbole pour nous. Je pense que cette grande mobilisation qu’il y a eu devant le mémorial Thomas Sankara jusqu’à devant l’ambassade de la Côte d’Ivoire a été comme un choc porté au pouvoir d’Abidjan. Ce corps va nous permettre de poursuivre le processus de la recherche de vérité ».
Bationo de Kyon, activiste
« Nous attendons une autopsie approfondie, scientifique… »
« Alino Faso, c’est vraiment un compatriote, un patriote, c’est un homme plein d’intégrité. Il a toujours posé des actions allant dans le sens du développement du Burkina Faso. Nos attentes, c’est procéder d’abord à une autopsie afin que l’ensemble du peuple burkinabè, y compris ses camarades, puisse être au courant de ce qui s’est passé réellement jusqu’à sa mort. Nous attendons une autopsie approfondie, scientifique afin que les résultats puissent déterminer la cause de sa mort. Après cela, nous attendons également de la part de notre camarade capitaine Ibrahim Traoré, qu’Alino soit décoré parce qu’il est symbole de patriotisme, d’intégrité, tout ce qu’il y a comme positif et des valeurs au Burkina Faso. Au-delà de cela, nous souhaiterions que notre camarade capitaine Ibrahim Traoré puisse accompagner ses camarades et l’ensemble de sa famille afin qu’il soit enterré dignement comme il se doit parce qu’il a été une valeur pour l’ensemble du peuple burkinabè. Courage et force à sa famille. Ses enfants doivent être fiers de leur père parce qu’il a vécu utile ».
Propos recueillis par S.S.
Encadré 2 :
Récapitulatif de l’affaire en 6 dates
· 27 juillet
Tout commence le 27 juillet courant par un communiqué du procureur de la République ivoirienne qui indique que le 24 juillet 2025, à 7h30 minutes, Alain Christophe Traoré, alias Alino Faso, détenu à l’école de gendarmerie d’Abidjan, a été découvert mort dans sa chambre. Informé, l’autorité judiciaire s’est rendue sur les lieux et a requis le médecin légiste de la gendarmerie nationale à l’effet de procéder aux constats d’usage et faire un examen externe du corps. Il ressort de ses conclusions qu’Alino s’est pendu à l’aide de son drap de lit, après avoir tenté sans succès de s’ouvrir les veines du poignet. Il ajoute que des enquêtes sont en cours pour déterminer les motifs et les circonstances du « suicide » de l’homme qui avait été interpellé le 10 janvier 2025 et était poursuivi pour les faits d’intelligence avec des agents d’un Etat étranger de nature à nuire à la situation militaire ou diplomatique de la Côte d’Ivoire ou à ses intérêts économiques essentiels, complot contre l’autorité de l’Etat, diffusion de nouvelles fausses de nature à entraîner une atteinte au moral de la population, rassemblement de renseignements de nature à nuire à la Défense nationale dans l’intention de les livrer à un Etat étranger et espionnage.
· 28 juillet
Le gouvernement burkinabè, à travers, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’extérieur, Karamako Jean Marie Traoré, convoque la chargée d’affaires de l’Ambassade de Côte d’Ivoire. Il reçoit la confirmation du décès d’Alino Faso et dit son indignation et sa désapprobation d’une procédure qui n’a pas respecté les principes et les valeurs de la pratique diplomatique, surtout au regard des liens entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. « Ni les représentations diplomatiques du Burkina en Côte d’Ivoire, ni le ministère en charge des Affaires étrangères à Ouagadougou, n’ont été officiellement notifié sur la survenu de ce drame », relate le communiqué de presse qui a sanctionné cette rencontre. Le ministre a invité la diplomate ivoirienne à transmettre ce message à Abidjan : « Nous exigeons que toute la lumière soit faite sur ce drame ; étant donné qu’il a été déchu de la nationalité ivoirienne, il reste un Burkinabè et nous voulons recevoir le corps de notre compatriote ici au Burkina Faso ».
Au JT de 20h, le ministre porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, rejette « avec force et vigueur la thèse du suicide actuellement avancée par les autorités judiciaires ivoiriennes » et condamne « fermement cette disparition assimilable à un assassinat crapuleux ». Le rapatriement sans délai du corps est aussi exigé pour des « obsèques dignes et honorables ».
· 29 juillet
Les autorités ivoiriennes adressent leurs condoléances officielles au peuple burkinabè et se sont engagées à faire toute la lumière sur ce drame. « Dans un esprit de fraternité et de transparence, les résultats de l’enquête seront rendus publics dès qu’ils seront disponibles ».
· 30 juillet
Une marche silencieuse est organisée à Ouagadougou par la Coordination nationale des associations de veille citoyenne (CNAVC) pour exiger justice. A partir du Mémorial Thomas Sankara, des centaines de manifestants ont convergé vers l’Ambassade de la Côte d’Ivoire pour remettre une déclaration. Ils signifient leur colère et incompréhension face à ce qu’ils qualifient de « brutal assassinat » et exigent la restitution rapide de la dépouille de l’activiste à sa famille, une enquête indépendante pour élucider les circonstances exactes de son décès, ainsi que la publication sans délai des résultats de l’autopsie.
· 1er août
Le procureur du Faso près le TGI Ouaga I, dans un communiqué, déclare que nonobstant la thèse du suicide retenue par le communiqué de l’autorité judiciaire ivoirienne, il existe des « doutes sérieux, laissant penser qu’il aurait été victime de torture et d’assassinat ». Le doyen des juges d’instruction est saisi le 31 juillet à l’effet d’informer sur ces faits contre X. Assurance est donnée à l’ensemble de la population que tout sera mis en œuvre afin d’élucider les causes de la mort d’Alino Faso.
· 7 août
Un point de presse des avocats des ayants droit d’Alino Traoré, prévu à la maison de l’Avocat, est reporté à une date ultérieure pour permettre aux avocats de « prendre en charge l’audition du juge d’instruction d’Abidjan ». En d’autres termes, l’attention de ces hommes en robes noires a été retenue par une audition que prévoit le juge d’instruction abidjanais avant qu’ils ne s’adressent à la presse burkinabè.
A.D et S.S.
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