Retour de l'ancien président bissau-guinéen : Vers un match-retour en terrain conquis ?
- Écrit par Webmaster Obs
- Publié dans Regard sur l'actualité
- Lu 492 fois
- Taille de police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police
- Imprimer
- Ajouter un commentaire
Aux lendemains du coup d’Etat en Guinée-Bissau, beaucoup d’analystes avaient parié sur un auto-coup de force perpétré par le président sortant, Umaro Sissoco Embaló, histoire de masquer son échec imminent face aux urnes. Il faut dire que le putsch du 26 novembre 2025 est intervenu pile à la veille de la proclamation des résultats d’une présidentielle pour le moins disputée.
Le président sortant et son principal opposant, Fernando Dias da Costa adoubé par le PAIGC après la disqualification de Domingos Simões Pereira, s’étaient tous deux autoproclamés vainqueurs avant même la publication des chiffres officiels. Pendant que les électeurs retenaient leur souffle, un groupe d’officiers a pris les devants le 26 novembre en annonçant la création d’un « Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public » (HCM), la suspension du processus électoral, la fermeture des frontières et la dissolution des institutions.
Arrêté dans la foulée, le chef de l’État sortant a rapidement retrouvé sa liberté avant d’être sagement évacué vers le Sénégal. Résultat des courses : le général Horta N’Tam, chef d’état-major de l’armée de terre, a été investi président de la transition. Mais voilà qu'une nouvelle élection présidentielle est annoncée pour le 6 décembre 2026. Et comme par magie, l’ancien président décide de regagner son pays pour y briguer un nouveau mandat. Ô joie ! Le général Horta N’Tam, lui, ne peut pas se présenter, charte de la transition oblige. Du pain bénit pour l’ex-dirigeant, que tout le monde s'accorde à dire en droit de se représenter, grâce à une Constitution visiblement taillée sur mesure.
Si cette thèse s’avère exacte, la transition menée par le général Horta N’Tam aura surtout des airs de déjà-vu, rappelant étrangement le rôle de gardien de siège joué par Dmitri Medvedev pour Vladimir Poutine entre 2008 et 2012. Pour la cas bissau-guinéen, le général a simplement gardé le fauteuil au chaud, le temps que la tempête passe, avant de le restituer au propriétaire légitime.
Un véritable boulevard semble ainsi s’ouvrir pour celui qui n’a d’ailleurs jamais été inquiété depuis la prise du pouvoir par les militaires, lui et ses proches. On se souvient encore, au lendemain du putsch, de la surprenante désinvolture avec laquelle l’épouse d’Embaló a quitté le territoire avant d'être interceptée au Portugal.
Une certaine nuit de décembre 2025, un jet privé en provenance de Bissau s'est posé sur une base militaire à Lisbonne. A son bord, l’ancienne première dame et, dissimulés dans les bagages de Tito Gomes Fernandes, proche et chef du protocole de l’ex-président, près de 5 millions d’euros en espèces ont été saisis par les autorités portugaises.
Aujourd'hui, si le scrutin se tient, il est bien parti pour l'emporter haut la main, à moins d'un cataclysme géologique. L’opposition ayant sagement appelé au boycott, les électeurs se retrouvent sans alternative dans ce jeu de dupes. Ce n’est certainement pas Fernando Dias da Costa, son opposant de toujours, qui viendra jouer les trouble-fêtes. D’abord réfugié à l’ambassade du Nigéria à Bissau pour échapper aux arrestations, il a depuis obtenu l'asile politique dans ce même pays. Autant dire que le match retour n'aura pas lieu face à celui qui, la main sur le cœur, jure encore et toujours que le président sortant et sorti avait bel et bien perdu les élections de novembre 2025.
Issa K. Barry
Dernier de Webmaster Obs
- République démocratique du Congo : L’UA [toujours] au chevet du grand corps malade
- Coupe du monde 2026 : La casserole congolaise d’Infantino
- Match amical Argentine # Burkina : Parcours du combattant pour une raclée
- Décès Cheick Hamidou Kane: Fin d’aventure non ambiguë pour le père de Samba Diallo
- Conflit au Congo : Une guerre, mille prescripteurs mais toujours pas de remède
