Conflit au Congo : Une guerre, mille prescripteurs mais toujours pas de remède
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La RDC et le Rwanda ont fini par exporter leurs griefs à la tribune des Nations unies. C’était le 29 septembre dernier, devant le Conseil de sécurité, réuni en marge de la 81e Assemblée générale de l’ONU. L’occasion était donc toute trouvée pour les deux voisins de déballer leur linge sale.
Pas en famille, évidemment, mais devant les représentants des grandes puissances, dont une bonne partie du regard est désormais aimantée par d’autres foyers de tension, notamment en Ukraine. Qu’importe. Kinshasa et Kigali ont eu tout le loisir de plaider leur cause, chacun prenant soin, au passage, de se dédouaner de ce qui se passe sur la ligne de front. La RDC a ainsi demandé au Conseil de sécurité de suspendre toute nouvelle participation, tout déploiement ou toute rotation de contingents rwandais dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU jusqu’au retrait des forces rwandaises du territoire congolais. Kinshasa a également réaffirmé son droit de se défendre face à ce qu’il considère comme une agression.
Kigali, de son côté, a remis une vieille rengaine au goût du jour : la neutralisation des FDLR, ce groupe armé composé notamment d’anciens combattants rwandais présents dans l’est de la RDC et que le Rwanda accuse de porter une idéologie génocidaire. Le secrétaire général adjoint de l’ONU chargé du dossier a lui-même rappelé devant le Conseil que la question des FDLR demeurait au cœur des engagements pris dans le processus de Washington.
Et voilà donc les deux protagonistes revenus devant la grande maison de verre pour se renvoyer la balle, chacun avec son dossier, ses griefs et, surtout, sa propre version des responsabilités. Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres de New York, les armes, elles, n’ont pas demandé la permission de prendre la parole.
Dans l’est de la République démocratique du Congo, les combats et l’insécurité continuent de provoquer des déplacements massifs de populations. La situation humanitaire demeure extrêmement préoccupante et les initiatives diplomatiques successives peinent encore à transformer les communiqués en réalité sur le terrain. Plus de 7,4 millions de Congolais sont actuellement déplacés à l’intérieur du pays, selon les données présentées au Conseil de sécurité.
L’AFC/M23 conserve par ailleurs le contrôle de vastes portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Et derrière les communiqués et les négociations, il y a des familles qui fuient, des villages vidés de leurs habitants et une économie locale mise à rude épreuve.
A cette tragédie humaine s’ajoute la bataille pour les ressources minières. Car dans cette partie du Congo, le sous-sol a décidément le mauvais goût d’être aussi riche que le pays est pauvre. L’exploitation et le trafic des minerais continuent d’être régulièrement cités parmi les facteurs qui entretiennent le conflit.
La guerre congolaise ressemble ainsi à un véritable casse-tête diplomatique. Presque toutes les ordonnances ont été essayées. Il y a eu l’ONU, les processus de Luanda et de Nairobi, les initiatives de l’Union africaine, le processus de Doha et, plus récemment, l’implication américaine à travers le processus de Washington.
Beaucoup de diplomatie, beaucoup de signatures, beaucoup de poignées de main... et toujours des armes qui, elles, semblent avoir leur propre calendrier. Même Washington, pourtant réputé pour ses méthodes musclées, peine à transformer les accords en paix durable. Donald Trump, qui revendique le mérite d’avoir contribué au règlement de plusieurs conflits, a encore déclaré vouloir être reconnu pour son action en faveur de la paix. Alors, pourquoi pas le Congo ? Après tout, si le président américain veut bien un prix Nobel, le dossier congolais lui offre encore un terrain d’exercice grandeur nature.
En attendant, les diplomates continuent de parler. Les chefs d’État continuent de négocier. Les médiateurs continuent de médiatiser leurs médiations. Et pendant ce temps, dans l’Est du Congo, la guerre, elle, n’a manifestement pas encore reçu copie des accords de paix.
Issa K. Barry
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