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Crise au Soudan: Les nouvelles négociations s’annoncent difficiles

Nouvel épisode dans la crise politique qui secoue le Soudan. Après plusieurs tentatives de négociation, les protagonistes ont trouvé un nouveau modus vivendi. Un pas de plus vers la sortie, mais encore très loin d’une solution définitive. En effet, au terme de son séjour à Khartoum, le représentant du Premier ministre éthiopien s’est montré optimiste. Le Comité militaire de transition (CMT) et l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) ont promis de reprendre les discussions pour la mise en place d’une transition consensuelle après la chute d’Omar el-Béchir. Des pourparlers laborieux interrompus par le massacre, le 3 juin dernier, de manifestants pacifiques. Un drame qui fut suivi d’un chapelet d’oukases martiaux : annulation de tous les accords obtenus jusque-là, arrêt des négociations avec les civils, annonce d’un scrutin d’ici 9 mois et formation d’un gouvernement, le tout sous une chape toute militaire. En réponse, les civils brutalement mis sur la touche ont riposté dès le lendemain par une campagne de désobéissance civile, paralysant davantage une capitale qui, depuis des mois déjà, vivait au ralenti.

Ainsi, la médiation éthiopienne aura au moins accompli l’exploit de faire lever le mouvement de désobéissance civile. En contrepartie, les militaires ont accepté de faire libérer tous les prisonniers politiques. Hier mercredi, les Soudanais ont donc été appelés à reprendre le travail. Pour combien de temps ?

S’il faut se féliciter de cet accord, le Soudan est encore loin de la mise en place d’un gouvernement consensuel pour diriger la transition jusqu’aux prochaines élections. En effet, si le médiateur éthiopien a annoncé la reprise prochaine des négociations, les insurgés de Khartoum ne l’entendent pas de cette oreille, eux qui parlent plutôt de reprise des discussions et non de négociations. De plus, ils réclament, entre autres, le rétablissement d’Internet ainsi que le retrait des milices paramilitaires, dont la très redoutée FSR, celle-là même qui n’avait pas hésité à ouvrir le feu sur des manifestants aux mains nues. A ce sujet, les insurgés exigent une enquête indépendante. Mais surtout, ils annoncent pour bientôt la publication de la liste des membres de leur propre instance dirigeante ainsi que le nom d’un Premier ministre. C’est là que le bât risque de blesser, puisque de son côté le CMT, dirigé par le général Abdel Fatah al-Burhan, entend rester maître du Soudan jusqu’à l’organisation de nouvelles élections.

Autant dire qu’on est toujours loin d’une sortie de crise. Les nouvelles négociations, si jamais elles se tiennent, s’annoncent difficiles et il faudra au diplomate éthiopien un surcroît d’entregent pour amener les deux parties à parler le même langage, celui d’une transition consensuelle.

 

H. Marie Ouédraogo

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Election présidentielle en Algérie : Pari perdu pour Gaïd Salah

Il tenait coûte que coûte à une élection présidentielle en Algérie le 4 juillet 2019, Gaïd Salah, le nouvel homme fort du pays. Le projet a fait long feu sous les coups de boutoir d’un peuple déterminé à ne pas déraciner à moitié le régime d’Abdelaziz Bouteflika. Le Conseil constitutionnel, peut-être à son corps défendant, vient de lui donner raison.

 

Après avoir rejeté les deux candidatures qui lui étaient parvenues ce 25 mai parce que incomplètes, l’institution a déclaré qu’il était impossible d’organiser une présidentielle dans un mois. Alors nous reposons à Gaïd Salah, le chef d’état-major des armées algériennes, notre brûlante question  de la semaine dernière : et maintenant on fait quoi, mon général ?

 

Au-delà du général Gaïd Salah, la question s’adresse au reste des caciques du système Bouteflika encore accrochés aux mamelles de l’Etat qui font la sourde oreille à la clameur populaire. Pourtant elle crie fort, la rue algérienne, depuis  trois mois et trois semaines maintenant ! Et il faut le redire, ceux qui voulaient d’une élection illico presto après la démission du président Bouteflika n’ont pas pris la mesure des aspirations démocratiques du peuple algérien. Ce n’est pas seulement d’un changement d’hommes qu’il veut au sommet de l’Etat, mais bien d’une remise en cause totale du système de gouvernance du pays.

 

Cela passe forcément par des états généraux de la nation, matrice d’une constituante de refondation de la république. Comment pourrait-il accepter alors, ce peuple insurgé, une élection présidentielle sans un nouveau Code électoral ni un nouveau recensement des électeurs ni un organe consensuel d’organisation du scrutin ; bref, sans confiance aux institutions en place ?

 

En tout cas, ce que craignait Gaïd Salah depuis la démission forcée du président Bouteflika, le 2 avril dernier, le vide constitutionnel, s’impose de plus en plus. En effet, l’intérim d’Abdelkader Bensalah à la tête de l’Etat devrait prendre fin le 4 juillet prochain. Au-delà, un respect stricto sensu de la Constitution ferait de l’Algérie un pays acéphale, c’est-à- dire sans président ni Premier ministre ni gouvernement.

 

 

Devant ce vide constitutionnel qui se profile inexorablement à l’horizon, Gaïd Salah et ses stratèges - on n’a pas besoin d’une boule de cristal pour le deviner - ont imaginé une solution pis-aller : pousser le Conseil constitutionnel à statuer ultra petita, c'est-à-dire au-delà de l’objet pour lequel il avait été initialement saisi, la régularité des dossiers de candidature à la présidentielle du 4 juillet. De fait, en décidant qu’il revenait au président intérimaire de convoquer de nouveau le corps des électeurs et de parachever le processus électoral, il donne quitus à Abdelkader Bensalah de rester président de l’Algérie à l’expiration de son intérim et aussi longtemps qu’un nouveau président ne sera pas élu.

 

Quand on sait que Bensalah est le premier des trois « B » que les croquants algériens ne veulent plus voir à aucun poste de responsabilité à la tête de l’Etat, on imagine que la rue n’arrêtera pas de gronder de sitôt à Alger, Constantine, Oran, Annaba, etc.  La faute à des apparatchiks  qui jouent à noyer le poisson de la seconde révolution algérienne dans l’eau du temps gagné à essouffler la contestation populaire. Y parviendront-ils ? L’avenir nous le dira. En attendant, pour une présidentielle le 4 juillet prochain, c’est pari perdu pour Gaïd Salah.

 

La rédaction

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Démission ministre guinéen de la Justice : Cheick Sako ou la mauvaise conscience du professeur Condé

Voici au moins quelqu’un qui a le courage de ses opinions. Dans cette Afrique où la démission n’est pas dans les mœurs politiques par intérêt, par couardise ou toute autre raison, bien de responsables préfèrent avaler des couleuvres jusqu’à l’indigestion que de rendre le tablier quand ils ne sont pas d’accord avec le chef.

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Algérie : Gaïd Salah, l’apparatchik qui joue au Zorro de la République

 

Et de 14 ! Les Algériens devraient à nouveau descendre dans la rue ce vendredi 24 mai pour exiger que le « système Bouteflika dégage ». Ceux qui avaient misé sur le jeûne du Ramadan pour voir s’essouffler la contestation populaire doivent revoir leur copie. Aujourd’hui, c’est le troisième vendredi du mois de jêune musulman qui voit les croquants algériens manifester pacifiquement mais avec détermination pour mettre fin au système qui les aura régis 20 ans durant.

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Massacre de civils en RCA: 3R comme dans terreur

Ils sont arrivés en prétextant vouloir tenir une réunion avec les habitants de Koundjili Djoumjoum dans le nord- ouest de la Centrafrique à quelques encablures de la frontière tchadienne ; et une fois les villageois réunis, ils leur ont tiré dessus à l’aveuglette, faisant ici 12 morts et là 14 sans compter les nombreux blessés. Un massacre de sang-froid donc, une véritable boucherie perpétrée le mardi 22 mai par le groupe armé dit des 3R (retour - réclamation -  réconciliation).

L’accord de paix signé le 6 février à Khartoum entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés n’aura donc tenu que trois mois ; il faut dire qu’ils étaient nombreux les sceptiques après l’accord paraphé dans la capitales soudanaise avant d’être signé à Bangui. Une méfiance nourrie par le fait qu’avant le 6 février 2019, sept autres compromis ont jalonné l’histoire récente du pays. Et invariablement ils ont connu le même sort. Alors par quel prodige le dernier en date aurait-il pu constituer l’exception dans ce vaste pays tourmenté dont les 80% du territoire sont contrôlés par des miliciens qui, au demeurant, ne semblaient pas tenus par les engagements pris par leurs chefs ? C’est peut-être d’ailleurs ce qui explique les exécutions sommaires de mardi dernier, puisque le chef des 3R, Bi Sidi Souleymane, alias Sidiki, a été nommé le 25 mars conseiller spécial militaire auprès du chef du gouvernement chargé de la mise en place des unités mixtes, composées d’éléments des forces armées centrafricaines et d’ex-miliciens. Il faut croire qu’ayant été propulsé au sommet de l’Etat, l’ex-chef rebelle ne contrôle plus vraiment ses hommes, à moins qu’il ne s’adonne à un double jeu aux conséquences catastrophique. En tout cas les autorités centrafricaines ne sont pas passées par quatre chemins pour exiger justice. « Le gouvernement s’associe à la Minusca pour exiger de monsieur Sidiki l’arrestation et la remise des auteurs de ces massacres aux autorités dans les 72 heures sous peine d’en être tenu personnellement responsable et de répondre de ces actes. Le même délai est donné au mouvement 3R pour démanteler ses bases et barrières illégales faute de quoi la Minusca et le gouvernement prendront les mesures qui s’imposent », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Ange-Maxime Kazagui.

Reste à savoir ce que Faustin Archange Touadéra compte bien faire à l’issue de cet ultimatum, lui qui règne sur une portion congrue de son pays. En tout cas avec ce coup de canif ou plutôt cette décharge de chevrotine dans le contrat de Khartoum et la lame de fond communautaire qui pourrait l’expliquer, puisque les 3R prétendent défendre les Peuls, on s’achemine vers une affreuse déchirure programmée du précieux parchemin péniblement acquis après deux ans d’interminables tractations. Mais la vérité est que certains des protagonistes de ce drame sont tellement habitués à cette guerre de rapine qu’il leur est difficile de se reconvertir en remisant leurs armes au placard pour entamer une nouvelle vie d’honnêtes hommes.

 

H. Marie Ouédraogo

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Sylvestre Ilunga Ilukamba, nouveau PM RDC : Un dinosaure pour incarner le renouveau

Ça devait être exclusivement la journée de Moïse Katumbi après trois ans d’exil forcé : l’ancien gouverneur du Katanga est en effet rentré triomphalement hier dans son fief de Lubumbashi où l’attendait une immense foule en délire, tant et si bien que son cortège aurait mis pas moins de cinq heures de l’aéroport à sa résidence.

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G5 Sahel: Frau Merkel s'en va-t-en guerre

C’est un ange qui est venu à Ouagadougou pour tenir un conseil de guerre. La chancelière Angela Merkel est en effet arrivée hier dans l’après-midi à l’aéroport international de Ouagadougou pour une rencontre bilatérale entre la République Fédérale d’Allemagne et le Burkina Faso, suivie dans la foulée d’un sommet extraordinaire avec les chefs d’Etat membres du G5 Sahel. C’est la première visite d’un chancelier, depuis le début des relations diplomatiques entre l’Allemagne et la Haute Volta en 1961.

Après Ouagadougou, Frau Merkel se rendra au Mali, notamment à Gao, pour rencontrer les soldats de la Bundeswehr en poste dans le cadre de la Mission de maintien de la paix des Nations unies (Minusma). Elle achèvera sa tournée sahélienne par Niamey au Niger où elle visitera l’EUCAP, la mission de l’Union européenne chargée de former les forces de sécurité nigériennes, à laquelle l’Allemagne est partie prenante aux côtés de 11 autres pays du vieux continent.

C’est donc une tournée au pas de charge frappée du sceau sécuritaire qu’Angela Merkel effectue pour « exprimer l’engagement de l’Allemagne en faveur de la stabilité et de la coopération pour le développement dans la région et pour soutenir la lutte de ces pays contre l’extrémisme ». Et cela, alors que la force commune aux cinq pays de la ligne de front peine à prendre corps sur le terrain, engluée qu’elle est dans d’inextricables difficultés, notamment pécuniaires. Le nerf de la guerre manque, malgré les nombreuses promesses faites tambour battant par les pays européens et bien d’autres partenaires comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine et les monarchies du Golfe. Des engagements que la table ronde des bailleurs de fonds tenue à Bruxelles en février 2018 a largement suscités, mais qui hélas ne seront pas toujours suivis d’effets. Tant et si bien qu’avec un besoin de financement chiffré à plus de 420 millions d’euros pour le lancement de ses opérations, la force conjointe, de quelque 5000 hommes, est aujourd’hui une armure vide sans existence réelle sur le théâtre des opérations.

Du coup, on en vient à se demander, au-delà des habituels vœux pieux et des déclarations d’intentions des dirigeants, à quoi pourra bien servir le conclave de Kosyam dont le locataire assure depuis février dernier la présidence en exercice du G5 Sahel. A dire vrai, on redoute qu’il ne s’agisse que d’une rencontre de plus alors que la machine, qui toussote depuis maintenant trois années, a besoin de carburant pour avancer. Et elle en a d’autant plus que jamais besoin que la situation s’est particulièrement détériorée dans certains pays comme le Mali et le Burkina où aux actes terroristes habituels se sont greffées des violences intercommunautaires qui ont fait des centaines de morts.

Alors, il faudra bien plus que le séjour de la femme la plus puissante d’Europe pour redonner espoir à des populations qui semblent livrées à elles-mêmes et qui se demandent si cette force censée les protéger existe vraiment.

 

H. Marie Ouédraogo

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