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Grille de lecture

Grille de lecture (59)

Financement G5 Sahel: L’artillerie lourde de l’Arabie saoudite

Convoquée par le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, la réunion du G5 Sahel s’est tenue à Paris et s’est achevée sur une note de satisfaction générale. En effet, les cinq chefs d’Etat de cette task force que sont Ibrahima Boubacar Kéita (Mali), Mahamadou Issoufou (Niger), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso), Idrisss Déby (Tchad) et Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie) regagnent leurs pays respectifs, plus que jamais chargés de belles promesses de financement. C’était au-delà de leurs espérances. Sur un besoin de financement estimé à 250 millions d’euros, le moins que l’on puisse dire est qu’à l’issue de ce mini-sommet dans la capitale française, c’est le nerf de la guerre qui manquera le moins.

Dès le départ, l’Union européenne avait promis 50 millions d’euros, la France 8 millions (surtout du matériel), chacun des cinq pays de la ligne de front a accepté de casquer 10 millions, les Etats-Unis 60 millions de dollars et l’Arabie saoudite avait annoncé un soutien de 100 millions de dollars. Soit dit en passant, le dernier pays cité se rachète une bonne conscience, lui qui est suspecté de financer le djihadisme à travers des organisations dites caritatives. Aujourd’hui, ce sont les Emirats arabes unis qui entrent en scène avec une promesse de 30 millions de dollars. A cela ajoutons la rallonge de l’UE dont l’écôte passe de 50 à 80 millions d’euros. Si l’on fait une petite opération arithmétique, l’on peut estimer que le combat sur le front financier est déjà en théorie gagné. En tous les cas, la rencontre de France a donné un véritable coup d’accélérateur à ce qui passait pour bien des observateurs, à commencer par le président américain Trump, pour une machine poussive qui peinerait à démarrer.

Néanmoins, si on peut se réjouir de tous ces engagements de financements, il faut surtout espérer que le mécanisme de décaissement, généralement lourd et lent, ne viendra pas briser ce formidable élan. Car il y a vraiment urgence sur cette étendue sablonneuse où les groupes terroristes continuent de dicter leur loi, multipliant les attaques chaque jour qu’Allah fait. Mais si l’on s’en tient au calendrier des prochaines rencontres, tout semble indiquer que les engagements seront tenus - pour emprunter au jargon militaire - wassa-wassa-, puisqu’en mi-janvier, les ministres de la Défense des cinq pays concernés devraient se retrouver pour aborder le sujet et, fin février, les partenaires financiers se rencontreront pour faire le point des décaissements.

Et comme pour mieux huiler la machine, au besoin de financement qui vient d’être comblé viendront s’ajouter des appuis stratégiques comme l’aide tactique sur le plan opérationnel et le renseignement de la part de la force Barkhane et des Etats-Unis, sans oublier le ravitaillement, pour ce qui concerne les interventions en territoire malien, par la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali) dans des domaines aussi vitaux  pour une armée que le ravitaillement en carburant, en eau, en ration alimentaire, ainsi qu’en matière d’évacuations médicales. Si tout se passait comme prévu donc, 2018 devrait être le début d’une période éminemment critique pour les forces djihadistes qui écument le Sahel, y semant la mort et la désolation.

Malgré tout, un proverbe bien de chez nous conseille que si quelqu’un te lave le dos, tu te dois de te laver tout au moins le visage. Il appartiendra alors aux Etats du G5 Sahel de jouer leur partition, en commençant par respecter leur engagement de participer à hauteur de 10 millions d’euros pour chacun, et surtout de jouer à fond la carte de la nécessaire collaboration dans le renseignement et dans la mutualisation des forces.  Des ingrédients sans lesquels cette force conjointe ne pourra produire ses premiers résultats, attendus pour le premier semestre 2018, selon Emmanuel Macron, le véritable général en chef qui a poussé à la roue cette force sahélienne sur laquelle peu de gens pariaient le moindre euro.

 

Issa K. Barry

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Anniversaire de la Révolution tunisienne : Le cœur n’est pas à la fête

On avait craint une journée chaude ce dimanche 14 janvier, jour anniversaire de la Révolution du jasmin en Tunisie : en effet, la semaine écoulée, le mercure social a pris l’ascenseur  avec des manifestations émaillées de vandalisme, traduisant un mécontentement grandissant de la population. « Le peuple veut faire tomber la loi des finances », a-t-on entendu, entre autres slogans, en échos  au « peuple veut faire tomber le régime » scandé par les insurgés  de janvier 2011. 7 ans après, la rue a de nouveau parlé à Tunis, Sfax, Carthage et dans d’autres villes du pays, posant cette lancinante question aux Tunisiens : qu’est-il advenu de la Révolution ?

Un demi-échec que cette révolution, écrivions-nous dans notre parution du vendredi dernier, car, si la démocratie a pris ses quartiers dans le pays, les transformations économiques susceptibles d’apporter les solutions aux nombreuses  demandes sociales se font attendre. Pire, pour beaucoup de Tunisiens, leurs conditions de vie se sont détériorées, et  la loi de finances 2018, parce qu’elle en ajoute à l’austérité et à la vie chère, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de mécontentement. En une semaine, le Mouvement  Fech Nestannew, traduisez «qu’est-ce qu’on attend », sous-entendu « pour protester », a donné des sueurs froides au gouvernement de Youssef Chahed. On a senti flotter comme une odeur de jasmin, c’est-à-dire les prémices d’une seconde révolution, obligeant les autorités à user du bâton et de la carotte pour endiguer la contestation sociale.

Pour ce qui est du bâton, entre 500 et 800 manifestants, selon les sources, ont été arrêtés et seront traduits en justice d’après les autorités. Diabolisés en « casseurs, pilleurs », ces manifestants risquent des peines de prison et de lourdes amendes. Concernant la carotte, le gouvernement multiplie les effets d’annonce en mettant en avant des mesures en faveur des Tunisiens les plus pauvres, notamment une augmentation des allocations sociales, la mise en œuvre d’un plan logement, d’une couverture maladie universelle et  la fixation d’une pension minimale de retraite. Côté politique, on envisage sérieusement la formation d’un gouvernement ouvert à l’opposition qui verrait l’entrée en son sein du Front populaire, lequel ne fait pas mystère de son soutien aux manifestations de ces derniers jours.

On le voit bien, le gouvernement s’échine à parer au plus pressé, mesurant sur le tard l’impact négatif de la dernière loi de finances sur l’opinion tunisienne. Pourquoi n’a-t-il fait sienne la vérité assénée par l’adage : « gouverner c’est prévoir » ? Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir été prévenu des risques de troubles sociaux dont  le projet de budget 2018 était porteur. En cela le gouvernement Youssef Chahed n’a pas le monopole de la bêtise d’attendre que le front social bouillonne pour penser aux couches les plus vulnérables de la population. Il y a comme de l’infantilisme chez nos gouvernants à ignorer la grogne des populations jusqu’à ce qu’une quelconque étincelle mette le feu aux poudres. Et les voilà en pompiers qui imaginent des dissolvants pour éteindre l’incendie. Pour quels résultats ?

Pour l’heure, le président Beji Caïd El Sebsi et son gouvernement semblent avoir contenu la grogne sociale en Tunisie, mais pour combien de temps ? En tout cas, en ce 7e anniversaire  de la Révolution du jasmin, le cœur n’est pas à la fête sur l’avenue Bourguiba. Le plus puissant des syndicats du pays, l’Union générale des travailleurs de Tunisie (UGTT), et  le parti d’opposition Front populaire ont appelé à une marche dans une mobilisation massive et patriotique pour crier la colère des Tunisiens devant le Parlement  le 20 courant. On attend de voir.

 

Zéphirin Kpoda

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Indépendance Soudan du Sud : Tout ça pour ça !

C’est visiblement avec beaucoup de peine que la communauté internationale assiste à l’effondrement du plus jeune Etat de la planète. Indépendant depuis seulement le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud sombre inexorablement dans la guerre civile du fait du choc des égo  de deux personnalités  de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS), le parti issu de la lutte de libération : depuis la mi-décembre dernier, Salva  Kiir, le président, et Riek Machar, son ex-vice-président, sont engagés dans un combat sans merci sur fond d’antagonisme  ethnique entre Dinkas et Muers.

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Tunisie : Le cadavre qui réveille les vieux démons

Chokri Belaïd a été froidement assassiné de plusieurs balles, mercredi 6 février, alors qu'il sortait de son domicile tunisien ; un meurtre de plus et sans doute le meurtre de trop, dans une Tunisie encore trop volatile et pas encore vraiment remise des tourments que lui imposa une révolution du jasmin, à la mode à une certaine époque, dont on se demande légitimement aujourd'hui si elle aura au final fait plus de bien que de mal ou vice versa.

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Crise centrafricaine : Un gouvernement d’union pour taire les armes

Ouf ! Le président centrafricain, François Bozizé, peut enfin souffler. Il y a quelques jours, en effet, une coalition de mouvements rebelles menaçait son pouvoir en menant des offensives terrestres jusqu’aux portes de Bangui. N’eût été l’intervention des soldats tchadiens et l’interposition des forces armées des Etats de l’Afrique centrale, le chef suprême de l’armée centrafricaine serait un exilé politique dans un pays ami, s’il n’avait pas été sans doute, à l’heure qu’il est, simplement fait prisonnier.

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Déclaration des biens de Macky Sall : Attention à l'effet papillon !

Celui que les Sénégalais ont oint le 25 mars 2012 a déclaré ses biens mobiliers et immobiliers ; une première, sauf erreur ou omission, puisque la loi ne l'y contraint pas et que ses devanciers ne l'ont pas fait. On se rappelle seulement qu'en mars 2010, Kalifa Sall, le nouveau maire de Dakar, avait fait de même pour montrer que la bonne gouvernance et la transparence lui tenaient à cœur. Le président Macky Sall a-t-il cédé, de guerre lasse, à la rumeur et aux écrits de certains journaux, qui faisaient étant de l'énormité de ses biens ?

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Nord Mali : Rébellions tous Azimuts

Amadou Toumani Touré (ATT) a-t-il été victime de ses propres turpitudes ? Chaque jour qui passe semble indiquer que, peu ou prou, l'irrédentisme version 2012 du Nord Mali n'a pas totalement surpris l'homme du 26-Mars, sauf qu'il n'avait sans doute pas prévu que cet énième accès séparatiste touareg allait contribuer à sa chute.

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Arrestation d’Abdallah Al Sanoussi : Un trophée, trois acheteurs

Le Guide de la Jamahirya libyenne a peut-être soldé ses comptes depuis le 20 octobre 2011 avec la justice des hommes, mais pas ses proches parents et fidèles, qui, un à un, sont en train de tomber dans la nasse judiciaire.
Après Seif el Islam, le fils et dauphin de Kadhafi, appréhendé à Zentane par un groupe d’insurgés, c’est au tour de l’ancien chef  du renseignement de l’ère Kadhafi d’être arrêté ce 17 mars en Mauritanie.

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