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Mali : Obsession électorale dans un climat tendu

 

Où est Soumaïla Cissé, le chef de file de l’opposition malienne ? Qui l’a enlevé en début d’après-midi le mercredi 25 mars ? Que va faire le gouvernement malien pour le retrouver, lui qui déclare que « toutes les dispositions pratiques sont prises » à cet effet ? Voici quelques-unes des questions qui agitent l’opinion publique malienne, encore sous le choc, après la nouvelle de la disparition du principal challenger d’Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) à la dernière présidentielle. Un enlèvement qui a volé la vedette aux premiers cas de contamination au Covid-19 et au discours présidentiel sur les mesures qui s’imposent pour en limiter la propagation. Il confirme cependant, cet enlèvement, que ces élections législatives dont le premier tour est prévu pour ce 29 mars se tiendront dans un contexte sécuritaire et sanitaire tendu dû à la menace terroriste, aux tensions intercommunautaires, aux antagonismes politiques sans oublier la fronde sociale.

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Fermeture des marchés et yaars à Ouaga:Le Burkina à l’épreuve de la discipline collective

De mémoire de Burkinabè, on n’avait jamais vu ça, sauf dans le cas de force majeure qu’a été l’incendie de Rood-Woko, le grand marché de Ouagadougou, il y a 17 ans. Aujourd’hui, c’est pour juguler la propagation du covid-19 que la décision de fermeture des grands marchés et yaars jusqu’au 20 avril a été prise en haut lieu. Selon une liste provisoire, 36 « grands marchés » sur les 85 que compte la capitale sont concernés par cette mesure ; une décision historique qui, parmi tant d’autres, traduit la gravité de la situation : il y a eu la fermeture des établissements scolaires et universitaires, l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes, la fermeture des lieux de culte sans compter l’instauration d’un couvre-feu de 19 h à 5 h du matin. Mais il faut bien reconnaître que, vu la progression exponentielle de la maladie, aucune mesure ne sera de trop pourvu qu’elle contribue à enrayer la progression de la maladie.

Avec la fermeture des marchés, le Burkina vient de franchir un cap dans sa lutte contre le covid-19. La décision, certes, va créer des pertes aux commerçants contraints de baisser le rideau pendant de longues semaines ; et des difficultés d’approvisionnement aux ménages, surtout les plus pauvres. Mais face à la gravité de la situation, aucune mesure ne sera de trop.

Seulement, une chose est de décréter la fermeture des 36 plus grands marchés de la capitale, une autre est de faire en sorte que la mesure soit suivie d’effets. Cela mérite d’être relevé d’autant qu’on sait que l’Etat a de moins en moins d’autorité et que l’incivisme a été érigé en véritable sport national. Il faut aussi espérer que certains esprits malins ne déplaceront pas le problème en transférant l’activité des grands marchés dans les yaars ou en créant des marchés «sauvages». Espérons qu’en prenant ces décisions, nos gouvernants se sont sûrement donné les moyens de les faire respecter, car le moindre relâchement pourrait avoir des conséquences terribles.

Alors après la fermeture des marchés, quelle sera la prochaine étape ? Autrement dit, au regard de l’évolution de la situation, le gouvernement sera-t-il contraint de prendre la mesure la plus drastique qui soit, à savoir le confinement pur et simple de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, comme le préconise le Centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires (Corus) ? La décision finale revient à l’exécutif, pour ne pas dire à la présidence du Faso.

C’est peu de dire que Roch est devant un choix cornélien, lui qui va devoir peser le pour et le contre et surtout anticiper les effets de la moindre de ses ordonnances, d’autant qu’on sait qu’au-delà de la crise sanitaire, c’est une crise économique qui se profile à l’horizon et qui pourrait, croisons les doigts, déboucher sur des remous sociaux.

 

H. Marie Ouédraogo

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Coronavirus au Burkina: L’incivisme, facteur aggravant

Il y a à peine 10 jours, la menace, quoique déjà à nos portes, était encore impalpable. Depuis une semaine, les données ont bien changé. Sept jours exactement après l’annonce officielle des deux premiers cas de coronavirus (le pasteur Mamadou Philippe Karambiri et son épouse), le Burkina a enregistré le premier cas de décès lié au covid-19 en Afrique subsaharienne.

Et quelle victime ! Celle qui vient d’être emportée n’était autre que l’honorable Marie- Rose Compaoré/Konditamdé, députée de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et 2e vice-présidente de l’Assemblée nationale. Un premier décès sur les 27 cas déclarés à la date d’hier dont 1 à Bobo-Dioulasso. Une mort qui vient rappeler, si besoin était, la dangerosité de la pandémie et qui, on l’espère, viendra à bout de l’insouciance avec laquelle beaucoup de nos compatriotes avaient pris les choses.

Quand ils ne croient pas à certains fake news comme l’idée selon laquelle le virus ne résiste pas à notre chaleur tropicale, ils propagent des remèdes douteux sur les réseaux sociaux allant des recettes de grand-mère qui soulagent bien des douleurs, sans pour autant parvenir à vaincre le mal, aux poudres de perlimpinpin distillées par des marchands d’illusions qui se sucrent sur le malheur des gens ; quant aux précautions édictées par les autorités politiques et sanitaires, on en fait fi, rusant avec la mort et mettant les autres en danger.

Or la guerre contre ce fléau relève à la fois d’une responsabilité collective et individuelle qui devrait nous imposer une nouvelle façon de vivre ensemble.

Mais sommes-nous seulement capables de ce sursaut salvateur dans ce Burkina Faso post-insurrection ? Dans un pays où l’on ne respecte pas les règles élémentaires du Code de la route ; dans nos villes où on est obligé d’assigner aux carrefours des policiers en armes et des VADS (volontaires adjoints de sécurité) pour faire respecter des feux tricolores qui fonctionnent ; dans un pays où l’on se mouche et crache n’importe quand, n’importe comment et même en pleine circulation… l’incivisme ambiant constitue à n’en pas douter un facteur aggravant de propagation du virus.

Et que dire de ceux qui souffrent du syndrome de la persécution, à l’image des syndicalistes qui pensent qu’en interdisant les grands rassemblements, c’est moins contre le covid-19 que le gouvernement lutte que pour les brider, eux ?

On avait d’ailleurs pensé que, dans un sursaut de patriotisme, en ces moments difficiles, les syndicats allaient surseoir à leur mot d’ordre de grève et aux différentes actions engagées contre l’extension de l’IUTS aux primes et indemnités. Mais c’est manifestement trop demander à ceux qui, selon la formule consacrée, « luttent pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail » et pour qui, sans doute, le covid-19 n’est pas une raison suffisante pour décréter une trêve sociale.

 

H. Marie Ouédraogo

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Enième report des élections guinéennes: Le temps, principal ennemi d’Alpha Condé

En décidant in extremis de reporter les élections législatives et référendaires qui devaient se tenir le 1er mars dernier, le président guinéen, même s’il n’avait pas donné de nouvelle date, avait néanmoins fixé le léger report à deux semaines. C’est donc en principe le dimanche 15 mars prochain que le double scrutin va avoir lieu. A l’évidence, on s’acheminait vers un report autrement plus important. La nouvelle date était en effet suspendue aux travaux des experts commis par la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) pour auditer le fichier électoral guinéen. Et on ne voyait pas trop comment ces fins limiers de l’information, qui ont débarqué à Conakry le 3 mars dernier, pouvaient en si peu de temps examiner le document à problèmes  et permettre l’organisation d’élections crédibles et transparentes.

C’est donc maintenant officiel : les électeurs guinéens devront encore attendre pour se rendre aux urnes, dans ce qui ressemble à un véritable tâtonnement où on vole de report en report, d’improvisation en improvisation. « Tout ce que je peux dire, c’est que les élections n’auront pas lieu dimanche », a en effet annoncé le patron de la CENI (Commission électorale nationale indépendante), Amadou Salifou Kebé. Si la mission des experts de l’organisation sous-régionale, conduite par son commissaire aux Affaires politiques, Paix et Sécurité, le général Francis Béhanzin, n’a pas encore formellement terminé le scannage du fichier de tous les problèmes, elle a néanmoins rendu ses premières conclusions-synthèses assorties de recommandations  adressées à la CENI et au ministère des Affaires étrangères.

Le nœud gordien à trancher, on le sait, ce sont les 2,5 millions d’électeurs dits « problématiques » recensés sans le moindre document d’identité et parmi lesquels figurent pêle-mêle des doublons, des mineurs et des cadavres et dont les missi dominici de la CEDEAO demandent purement et simplement le retrait. A ceux-là s’ajoutent deux autres millions d’électeurs qui ont présenté des attestations contresignées, 12 000 ayant présenté une carte d’étudiant, sans oublier les anomalies sur les dates de naissance, les enregistrements multiples, etc.

C’est donc un véritable travail d’essorage du fichier corrompu, qui en réalité devrait nécessiter une véritable remise à plat pour assainir le document avant de convoquer les électeurs, qui attend les experts de la CEDEAO. Une entreprise  qui va forcément nécessiter et de l’argent et du temps. Or le temps, c’est tout ce dont Alpha ne dispose pas, engagé comme il est dans une marche forcée pour la révision de la Constitution qui devrait lui permettre de s’ouvrir la voie à un 3e mandat  au palais de Sékoutoureya.

Plus que ses adversaires du Front national pour la défense de la démocratie, qui battent le pavé guinéen depuis des mois pour faire pièce à sa tentation monarchique, le véritable ennemi du premier magistrat guinéen n’est autre que le chrono :  car en vertu de la Charte de l’UA (Union africaine) et de celle de la CEDEAO, qui proscrivent toutes deux la révision des textes fondamentaux (Constitution, Code électoral), Alpha Conté a jusqu’au 21 avril au plus tard pour fourguer son machin constitutionnel ou… renoncer. Comme vient de le faire du reste son homologue et voisin ivoirien Alassane Dramane Ouattara, sur les pas desquels Kôrô Alpha devrait marcher. S’il lui reste un minimum de sagesse. Il sortirait ainsi par la grande porte en devenant le premier président à passer démocratiquement la main à son successeur élu, au lieu de courir inutilement le risque de mettre son pays à feu et à sang en raison d’un insensé  désir de s’éterniser au palais.

 

Issa K. Barry

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Les Humeurs de Barry : Coronavirus, je t’emmerde !

Une actualité en chasse une autre. Aujourd’hui, la mode est au Coronavirus. Pour combien de temps encore ? Et après, à qui out à quoi le tour ? A l’heure de l’actualité 2.0, vous ne tarderez pas à le savoir. Mais que de psychose autour de ce qui nous arrive, depuis l’apparition d’Internet, notamment la montée en puissance des réseaux sociaux !

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ADO ne briguera pas de 3e mandat : Si seulement ça pouvait inspirer Alpha Condé !

 

Rarement discours aura été autant attendu sur les bords de la lagune Ebrié. Et il y avait de quoi ! Le président Alassane Dramane Ouattara a en effet prononcé hier devant les deux chambres du Parlement, réunies en congrès à Yamoussoukro, une importante allocution annoncée depuis plusieurs jours. Une quarantaine de minutes de plaidoyer pro domo et d’autocongratulation sur les acquis, voire le miracle économique et les avancées démocratiques  enregistrés au cours de ses deux mandats qui s’achèvent dans quelque huit mois.

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PM malien à Kidal: Visite en terrain pas encore conquis

C’est toujours un événement quand un Premier ministre se rend à Kidal. C’est tout juste s’il ne s’agit pas d’une visite à l’étranger, dans cette grande métropole du Nord-Mali qui, bien que faisant partie du territoire, n’est hélas plus sous le contrôle de Bamako depuis de longues années. La dernière fois qu’un locataire de la primature s’y est rendu, c’était le 23 mars 2018, quand Soumeylou Boubeye Maïga y avait débarqué au lendemain de l’attaque d’une base de la Minusma.

Cette fois, c’est son successeur Boubou Cissé qui a effectué le déplacement. Il est en effet arrivé hier à Kidal, bastion de la rébellion, principale étape d’une visite dans le Grand Nord qui l’a d’abord conduit à Tessalit.

En deux ans, les choses ont bien changé et le chef du gouvernement arrive quelque 3 semaines après l’installation d’un contingent de l’armée malienne constitué de 200 soldats de l’armée traditionnelle, de 200 soldats de la coordination des mouvements de l’Azawad et 200 autres combattants des mouvements de la Plateforme du 14 juin, issus du processus de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR). Au total, 600 hommes sont arrivés le 13 février dernier à Kidal sous escorte des Casques bleus de la Minusma.

C’est donc dans une ville relativement pacifiée que le chef du gouvernement met les pieds. Il se rendra au camp des FAMa reconstituées et sera reçu par les chefs de la CMA qui tiennent toujours la ville, puisque près d’un mois après leur arrivée, les nouveaux venus sont toujours confinés dans leur camp et n’ont pas effectué la moindre mission en dehors de l’enceinte sécurisée. C’est donc, pour le moment, un retour au petit trot, de l’armée malienne à Kidal, comme si elle tâtait le terrain avant de poser le moindre acte. Et il y a de quoi d’autant plus qu’on se rappelle que Kidal fut le Waterloo des FAMa, là où après de durs combats les militaires maliens avaient été contraints de plier bagages. C’est donc la politique des petits pas qui prévaut dans cette reconquête militaire et politico-administrative de la ville, en espérant que la greffe prenne dans tout le septentrion malien.

La visite de Boubou Cissé sera aussi marquée du sceau socio-économique puisqu’il va annoncer le financement de plusieurs projets et programmes de développement en faveur des habitants de Kidal et de ses environs, sans doute pour répondre à une complainte lancinante des populations de cette contrée qui se sont toujours senties laissées sur le bas-côté du développement.

C’est donc une démarche hautement symbolique pour marquer le rétablissement de la souveraineté étatique sur l’ensemble du territoire qu’effectue l’hôte de marque de Kidal, même s’il faut véritablement attendre les mois à venir pour voir s’il y a quelque chose de concret au-delà du symbole.

 

H. Marie Ouédraogo

 

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