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El Béchir à la prison de Kober: La distance entre Khartoum et La Haye se réduit

« Il y a loin de Khartoum à la Haye ». Ainsi avions-nous titré notre éditorial du 5 mars 2009, après le lancement par la CPI de deux mandats d’arrêt internationaux contre Omar El Béchir, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité qui auraient fait plus de 300 000 morts notamment au Darfour. Il entrait ainsi dans l’histoire, si l’on peut dire, en tant que premier chef d’Etat en exercice à « avoir le glaive de la justice internationale sous la gorge ». Pour autant, l’homme fort de Khartoum n’avait pas à s’en inquiéter outre mesure puisqu’il continuait de voyager, soutenu par l’Union africaine et de nombreux autres Etats qui ont toujours instruit un procès en suspicion légitime contre la Cour pénale internationale. Dix ans après l’émission de ces mandats d’arrêt, on a bien peur que la distance entre la capitale soudanaise et La Haye se soit dramatiquement réduite pour celui qui avait sans doute mérité l’horrible sobriquet de « boucher du Darfour ».

D’abord gardé en résidence surveillée depuis sa destitution par l’armée le 11 avril dernier, il est depuis ce mardi le prestigieux pensionnaire de la célèbre prison de Kober.  Sans doute que même dans ses cauchemars les plus traumatisants n’avait-il pas imaginé devoir un jour emménager dans l’une des cellules de ce bagne où les prisonniers politiques dorment à même le sol et sous la menace permanente de matons pour qui le respect des droits de l’homme est le cadet des soucis.

Certes, le nouveau pensionnaire de Kober a peu de chances d’être soumis au même régime stalinien que ses codétenus, mais le symbole est fort et il a quand même du souci à se faire. En effet, en l’expédiant dans ce goulag soudanais, les militaires qui dirigent pour le moment le pays ne sont pas loin de lui signifier que les portes de l’enfer sont en train de s’ouvrir pour lui. Surtout que ce durcissement du régime carcéral  s’accompagne d’un changement de ton, car après avoir exclu l’éventualité de livrer le président déchu à la justice internationale, le conseil militaire laisse entendre que cette décision importante sera prise par le prochain gouvernement.

Autant dire que son sort est presque scellé et que l’épée de Fatou Bensouda, qui pendait depuis une décennie dans le vide, se rapproche dangereusement de sa tête. Et si c’est un nouveau pouvoir civil qui doit désormais en décider, on ne voit pas pourquoi ceux que la main de fer d’Omar El Béchir a martyrisés pendant 30 ans se priveraient, une fois au pouvoir, de lui faire goûter aux délices de la justice internationale.

En réalité on comprend pourquoi ses frères d’armes ne veulent pas se risquer à envoyer l’ancien chef d’Etat à la prison de Scheveningen puisque tous, et à des degrés divers,  pourraient être aussi comptables de l’effroyable bilan de la présidence El Béchir en matière de droits de l’homme.

 

H. Marie Ouédraogo

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Présidentielle algérienne: Le tout n’est pas de fixer une date

Ce sera donc le 4 juillet. Ainsi en a décidé la présidence intérimaire algérienne qui a fixé l’élection présidentielle à cette date.

Initialement prévu pour le 18 avril, le scrutin devait permettre au président Abdelaziz Bouteflika - 82 ans dont 20 passés au pouvoir et 6 en fauteuil roulant pour cause d’AVC - de s’offrir un cinquième mandat. On sait depuis, ce qu’il est advenu de cette ambition déraisonnable. Contraint et forcé d’abord par la rue puis par l’armée, l’ex-locataire du palais d’El Mouradia avait tour à tour renoncé au mandat de la discorde, reporté sine die la tenue de l’élection avant de rendre tout simplement le tablier pour céder la place à Abdelkader Bensalah, ci-devant président du Conseil de la nation pour un intérim de 90 jours au cours desquels la course à la magistrature suprême aura lieu. C’est donc pour tenir ce délai que la nouvelle date a été fixée, puisque l’interrègne s’achève à la fin de la première décade de juillet… si elle se tient !

Les manifestants, qui sont parvenus à chasser Bouteflika n’entendent pas, on le sait, que la transition soit dirigée par les éminences grises du régime qu’ils ne veulent plus voir même en peinture. Et ils l’ont fait savoir tout de suite à l’indésirable intérimaire. Le tout n’est donc pas de fixer une date pour le scrutin, il suffit d’avoir un calendrier sous les yeux. Reste à savoir, la rue ne voulant pas entendre parler de Bensalah et de ses semblables, qui va organiser cette présidentielle de la discorde et dans quelles conditions.

La sincérité d’une élection commençant par un fichier vertueux et des textes électoraux équitables, les indispensables réformes politiques et institutionnelles pourront-elles se faire en moins de 3 mois ?

Autre problème : si de guerre lasse le vieux moudjahid a dû jeter l’éponge, le système qu’il a généré, lui, est toujours là et bien en place. Et si à la manœuvre ce sont les mêmes qui invariablement lui octroyaient des scores soviétiques, les Algériens  risquent fort de se rendre compte que la jacquerie du 22 février n’aurait strictement servi à rien. Car il ne serait pas étonnant qu’à l’issue de ces 90 jours de transition, le FLN, chassé par la rue, revienne le plus démocratiquement du monde et par la voie royale des urnes.

Surtout que le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major, vice-ministre de la Défense et véritable homme fort du pays, dans une nouvelle sortie, a demandé à ses compatriotes qui veulent coûte que coûte dessoucher toute la nomenklatura de faire preuve de patience. Il a par ailleurs déploré « l’apparition de tentatives de la part de certaines parties étrangères, partant de leurs antécédents historiques avec notre pays ». Pour le chef de l’armée populaire, ces mains extérieures « ont poussé certains individus au-devant de la scène en les imposant comme représentants du peuple en vue de conduire la phase de transition ». Qui tousse du côté de Paris ?

 

H. Marie Ouédraogo

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An 25 génocide rwandais : Puissions-nous tirer des leçons de ces 100 Affreuses !

Ce 6 avril 1994 de sinistre mémoire, qui a tiré deux missiles sur l’avion du président Juvénal Habyarimana qui transportait également son homologue burundais Cyprien Ntaryamira ? Les extrémistes hutus qui ne voulaient pas entendre parler du plan de partage du pouvoir avec la minorité tutsie qui avait été conclu à Arusha en Tanzanie et que le président ramenait de Dar-es-Salam dans ses bagages ? Les éléments du Front patriotique rwandais de Paul Kagame sur qui ont toujours pesé de lourds soupçons ?

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Imbabazi (Le Pardon) de Joël Karekezi : Comment revivre ensemble après le génocide

Le 7 avril 1994, débutait au Rwanda le génocide des Tutsi qui fera entre huit cent mille et un million de morts. C’est ainsi qu’au 20e siècle finissant, sous les yeux du monde, se perpétrait le génocide d’une communauté par une autre. 25 ans après, le Rwanda a réussi à se reconstruire et à retisser le tissu du vivre-ensemble entre victimes et bourreaux. Imbabazi, le premier long métrage de Joël Karekezi, sorti en 2011, s’intéresse à cette difficile équation de la vie après le génocide.

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Démission de Bouteflika: Ce qu’en pense Mohamed Doumi, le plus Burkinabè des Algériens

A n’en pas douter, c’est le plus Burkinabè des Algériens vivant dans notre pays. Expulsé de France vers le Burkina un jour d’août 1994 en même temps que d’autres islamistes présumés de Folembray, Mohamed Doumi a acquis depuis la nationalité burkinabè après avoir épousé une femme du pays.

Intégration plus que réussie donc pour celui qui est aujourd’hui connu comme le loup blanc.

Au lendemain de la démission du président Abdelaziz Bouteflika après six semaines de manifestations quasi quotidiennes, nous avons rencontré celui qui revendique son appartenance au Front de libération nationale.

Entre deux clients sereins dans son restaurant « La paix au Faso » qui jouxte le ministère de l’Environnement, il nous donne sa lecture des vicissitudes sociopolitiques de son pays.

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Rejet de l’impeachment en Algérie: Et pourtant il faut sortir de l'impasse !

« Non, non et encore non ! » Après la déclaration du général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, qui proposait la mise en branle de l’article 102 de la Constitution pour une sortie de crise, l’Algérie est toujours dans l’impasse. L’opposition, la société civile et surtout la rue ont rejeté l’option d’un impeachment à l’algérienne. Autrement dit, beaucoup sont peu favorables au fait que le Conseil constitutionnel se réunisse de plein droit pour vérifier l’incapacité du président à exercer sa fonction et qu’il propose au Parlement de déclarer l’état d’empêchement. L’article 102 aurait pourtant permis d’éviter au pays de sombrer dans l’anarchie que les fins de règne aussi calamiteuses entraînent souvent.

Mais il faut dire, à la décharge des contempteurs du régime, que le profil du porteur de cette proposition est loin d’être innocent. Quand bien même le général Gaïd Salah aurait changé son fusil d’épaule en prétendant que l’armée est aux côtés du peuple, on se demande par quel prodige le faucon qu’il a toujours été s’est subitement transformé en colombe…

N’est-ce pas lui qui, au début du mouvement du 22 février, tenait un discours martial, tirant des coups de semonce sur ceux qui, selon lui, voulaient instaurer le chaos et mettant en garde ses compatriotes contre les « appels douteux » qui poussent des Algériens « égarés » vers des « sentiers peu sûrs » ? A l’en croire, certains de ses compatriotes chercheraient à provoquer le retour aux « années de douleur » de la décennie 90. N’était-il pas le 11 mars dernier au palais d’El Mouradia en compagnie de l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, du nouveau chef du gouvernement, Noureddine Bedoui (alors ministre de l’Intérieur), du tout aussi nouveau vice-Premier ministre Ramtane Lamamra, de Saïd Bouteflika (Monsieur frère) et de la plume du président, Benamor Zerhouni ? Là, ils ont tenu un conclave pour échafauder un plan de sauvetage du régime qui sera par la suite présenté au grabataire de la Zeralda rentré la veille d’une hospitalisation de 15 jours à Genève.

Qu’une telle personnalité, véritable pilier du régime et qui, à elle seule, symbolise le vieux monde que les manifestants du vendredi veulent balayer, devienne subitement un repenti, ça a quelque chose d’incongru. Pour autant, on aurait tort de déconsidérer sa proposition de sortie de crise, car sauf à vouloir un coup d’Etat en bonne et due forme, il faudra bien encadrer juridiquement cette transition qui se profile pour éviter de tomber dans un vide constitutionnel après la fin du mandat de Bouteflika dans un mois.

Après avoir déjà dit non, et à juste titre, aux différentes mesures proposées par le pouvoir (renonciation à un cinquième mandat, report des élections, transition, conférence nationale…) qui sonnaient comme autant de manœuvres dilatoires pour sauver ce qui pouvait encore l’être, les contempteurs du président sortant vont-ils s’obstiner et rejeter en bloc tout ce qui vient du camp adverse ? Or, sauf à vouloir s’installer durablement dans l’impasse, il faudra bien à un moment ou à un autre dire « oui ». Et le plus tôt serait le mieux.

 

H. Marie Ouédraogo

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Massacre au centre du Mali : L’impunité, l’autre insécurité

Au-delà de la mine d’enterrement, des propos de circonstance  pour réconforter les rescapés ainsi que des vivres et des médicaments apportés pour parer au plus urgent, Ibrahim Boubacar Keïta a-t-il enfin pris la mesure, toute la mesure, de ce mal  qui est en train de ronger insidieusement le tissu social malien depuis maintenant de nombreuses années ?

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Crise centrafricaine: Un plan de partage du pouvoir esquissé à Addis-Abeba

Il aura fallu un nouveau tour de table pour polir les inévitables aspérités. A peine 45 jours après la signature à Khartoum du énième accord de paix entre le gouvernement centrafricain et la quinzaine de groupes armés qui ont mis le pays sous coupe réglée, les différents protagonistes étaient une fois de plus en pourparlers. Cette fois au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba. Une session de rattrapage entamée en début de semaine et rendue nécessaire par les multiples désaccords apparus sitôt le document paraphé à Khartoum et signé à Bangui. Des divergences qui n’ont guère surpris les observateurs de la scène politique centrafricaine, qui en ont vu bien d’autres, car avant Khartoum, il y avait eu sept accords du même genre, dont un sous l’égide de la communauté Sant’Egidio à Rome, pour autant d’échecs. Et si même la ville éternelle n’a pu accomplir le miracle tant espéré par les Centrafricains, on est en droit de se demander d’où peut encore venir le salut.

Il faut dire que pour ne rien arranger, les clauses contractuelles rédigées à Khartoum avaient été tenues secrètes, qu’il se soit agi du partage du pouvoir, du DDR, de l’amnistie ou de l’intégration des rebelles dans les rangs de l’armée régulière, on se demandait quelle serait la réaction des maquisards quand ces dispositions viendraient à être connues.

Des grincements de dents dont les échos se sont fait entendre jusqu’au siège de l’Union africaine. Et il aura fallu marcher sur des œufs pour essayer de rapprocher des positions souvent tranchées. Principale pomme de discorde cette fois, la nouvelle équipe gouvernementale qui ne serait pas suffisamment inclusive, de l’avis de 11 des 14 signataires de l’accord de Khartoum qui ont même réclamé la démission de Firmin Ngrebada, nommé fin février par le président Faustin Archange Touadéra.

Il aura donc fallu des trésors de diplomatie au commissaire paix et sécurité de l’Union africaine, Smaïl Chergui, pour renouer les fils du dialogue et faire renaître l’espoir.  Finalement, le nouveau Premier ministre sera parvenu à sauver sa tête après trois jours d’âpres négociations, à charge pour lui d’opérer un remaniement ministériel pour mieux coller aux desiderata des groupes armés.

Mais voilà qu’au-delà des raisons avouées, on a le sentiment qu’il s’est agi en fait d’un vulgaire partage du gâteau, pour ne pas dire du butin. Les nombreux seigneurs de guerre qui se payaient sur la bête et s’étaient accoutumés à cette guerre de rapine voulant s’assurer des subsides royaux une fois les armes déposées. Et le drame, c’est que ces arrangements d’appareil n’engagent souvent que les chefs et si les troufions se sentent toujours exclus, aucun remaniement, fût-il inclusif, ne pourra véritablement sortir le pays de l’ornière. C’est couru d’avance.

H. Marie Ouédraogo

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