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RDC: Silence radio, braquage électoral en cours

Il ne leur suffisait pas de couper Internet en cette période de nouvel an, rendant impossible les échanges de vœux et compliquant un peu plus la transmission des résultats des élections générales du 30 décembre 2018 dans ce pays, grand comme 80 fois la Belgique, il fallait en plus qu’ils s’attaquent aux médias, notamment à Radio France internationale (RFI).

Après la coupure du signal de « La radio mondiale » sur presque toute l’étendue du territoire nationale, de Kinshasa à Mbandaka, en passant par Goma, Bukavu, Lumumbashi, Kisangani et Matadi, c’est l’accréditation de sa correspondante dans le pays, Florence Morice, qui lui a été retirée pour des raisons connues des seules autorités congolaises.

Le tour de vis médiatique, qui en réalité  a toujours été permanent sous l’ère Kabila, se fait donc de plus en plus étouffant trois jours après la tenue de ce scrutin capital pour l’avenir de la RDC et alors que les résultats provisoires sont annoncés pour le 6 janvier 2019.

En bâillonnant les médias, particulièrement RFI, très écoutée dans le plus grand pays francophone du monde avec ses 80 millions d’habitants, Joseph Kabila et ses hommes activent bêtement la bonne vieille méthode, jamais démodée, qui consiste à casser le thermomètre pour faire baisser la fièvre, quitte à se tromper de cible. Car quand bien même dans la profession, les organes de presses foncièrement partisans sont légions, il n’empêche que la plupart ne font que leur métier, qui consiste à informer l’opinion de la manière la plus objective ou, à tout le moins, équitable possible.

Et on a beau accuser à tort ou à raison la radio du 80, rue Camille Desmoulins, dont le ministère de tutelle, il est vrai, est le département des Affaires étrangères, d’être l’arme médiatique de la politique extérieure de l’Hexagone, particulièrement en Afrique, on peut la suspecter de tout, sauf de ne pas être équitable dans le traitement de l’information. N’a-t-elle pas donné la parole à tous les candidats à la présidentielle, à tous les courants politiques, à toutes les composantes de la société civile ainsi qu’à d’autres protagonistes comme les confessions religieuses ?

En vérité, ce qui se passe en ce moment entre en droite ligne de la politique de la « Kabilie », qui n’entend pas voir contrarier l’élection à la magistrature suprême de son poulain, Emmanuel Ramazani Shadary.

En coupant Internet (terreau de contestations), en réduisant au silence la quasi-totalité des émetteurs de RFI, et pour parfaire la tour d’ivoire en retirant son certificat de travail à sa correspondante, on veut sans doute empêcher les « fouille-merde » d’apporter davantage de preuves concrètes du holdup électoral qui est en train de se perpétrer sur les rives du fleuve Congo.  Tout se passe en effet comme si le pouvoir avait choisi de plonger la RDC dans un blackout  total, afin de braquer à l’abri des regards ces élections pour lesquelles les Congolais se sont rendus massivement aux urnes la veille de la Saint-Sylvestre.

Comme on le sait, après deux ans de retard et trois reports, le rendez-vous, dimanche passé, fut un véritable bazar électoral où même une vache n’aurait pas retrouvé son veau, même s’il meuglait. Plus les jours passent et plus remontent à la surface d’autres faits qui viennent porter un coup dur à la sincérité du scrutin : bulletins de vote abandonnés à Bukavu, à Walungu, votes forcés dans le Nord-Kivu et à l’Est en faveur du candidat du pouvoir, contradiction entre les résultats des données électroniques et ceux issus du comptage manuel, notamment à Kisangani,  interdiction faite aux observateurs indépendants d’assister aux dépouillements, pannes constatées des fameuses machines à voter. Et on en oublie certainement. Ajoutés aux 1,2 millions d’électeurs qui n’ont pas pu exercer leur droit de vote, on se demande si on peut parler réellement d’élection pour ce qui s’est passé le 30 décembre.

En vérité, on n’est pas étonné outre mesure puisque l’imbroglio électoral servi par la CENI et son président Corneille Nangaa est à l’image de la gouvernance d’ensemble du pays depuis 20 ans, si on s’en tient au règne des Kabila père et fils.

Au rythme où vont les choses, on ne voit pas comment le pays ne pourrait pas sombrer dans un cycle infernal de violences postélectorales car Emmanuel Ramazani Shadary sera déclaré vainqueur comme on l’imagine. Ils n’ont tout de même pas fait tout ça, toute cette débauche d’énergie, pour ne pas gagner ! Et bien sûr, l’opposition ne l’entendra pas de cette oreille.

 

Hugues Richard Sama

 

 

 

 

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Elections en RDC : Forte mobilisation des électeurs malgré le désordre organisationnel

Deux ans d’attente, de multiples manifestations de protestation, des morts par dizaines, des blessés par centaines, trois reports et enfin le jour J : ce 30 décembre était jour d’élections en RDC. Environ 39 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour désigner leurs conseillers provinciaux, leurs députés et leur président de la République.

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RDC: Des élections à géographie variable

On aura tout vu dans cette République démocratique du Congo et l’on n’est peut-être pas au bout de nos surprises. Alors que les élections générales qui devaient se tenir le 23 décembre dernier ont été reportées au dimanche 30 pour des raisons à la fois sécuritaires, sanitaires et logistiques, la CENI vient de nouveau de faire une annonce tonitruante : le report au mois de mars du scrutin à Beni et Butembo, dans le nord-est du pays, ainsi qu’à Yumbi dans la province du Maï-Ndombe, dans le sud-est pour les motifs qui avaient déjà été invoqués pour retarder le vote d’une semaine. Un délai supplémentaire dont on se demande toujours s’il suffira pour lever les obstacles insurmontables énumérés par Corneille Nangaa.

On assistera donc à des élections à géométrie, pour ne pas dire à géographie, variable dont les conséquences sur les résultats du scrutin sont pour le moins évidentes. Ce sont en effet 1,2 million d’électeurs, sur la quarantaine de millions inscrits, qui vont voter en différé. Ce qui n’empêche pas la CENI de programmer les résultats provisoires et définitifs, respectivement pour les 6 et 15 janvier 2019.

Passe encore pour les législatives, même si la future Assemblée nationale sera amputée de 15 de ses députés, ce qui n’empêchera pas l’institution de fonctionner normalement. Il n’est pas rare, en effet, de voir lors de circonstances exceptionnelles des élections partielles se tenir, même des mois après le jour-J. Mais pour la présidentielle qui déchaîne toutes les passions, ce report prend une dimension dramatique puisque le choix des électeurs de ces trois départements ne sera pas pris en compte, ce qui peut poser un problème de légitimité au futur élu quand on sait qu’un million et deux cent mille voix peuvent suffire à faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

On aurait voulu dire à ces populations laissées sur le bas-côté du processus électoral qu’elles n’ont pas voix au chapitre qu’on ne s’y serait pas pris autrement. On comprend dès lors que certains, comme les évêques de la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo), y voient les indices de l’existence d’un agenda caché visant à vicier un processus sur lequel n’a cessé de planer un halo de suspicion.

Quand on pense que ces élections devaient se tenir il y a deux ans, à la fin de l’ultime mandat de Joseph Kabila,  et qu’elles ont été reportées au moins à deux reprises … on finit de se convaincre que la RDC est un vrai laboratoire démocratique sur lequel pourraient se pencher des étudiants de science politique.

En tout cas, tout semble indiquer que quelque part il y a quelqu’un qui ne veut pas de ces élections. Suivez notre regard.

 

H. Marie Ouédraogo

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RDC : Les yankees fuient le navire en perdition

Voici qui ne va pas contribuer à rassurer les Congolais : le gouvernement américain a en effet décidé de rapatrier le personnel non essentiel de son ambassade à Kinshasa, exhortant par ailleurs ses ressortissants à profiter des vols commerciaux réguliers pour quitter le pays. Habituel instinct de survie des rats qui désertent un navire en perdition ? On peut le penser quand on sait que les pays occidentaux, d’une manière générale, et l’Oncle Sam, en particulier avec son  fameux «Big Brother», sont, plus que nous-mêmes, informés de tout ce qui se passe dans les moindres coins et recoins de nos pays.

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Liberté provisoire Gbagbo : Douche froide après une euphorie surchauffée

Une décision de la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI) sur une possible liberté provisoire à accorder à Laurent Gbagbo et à Charles Blé Goudé était attendue vendredi dernier. En lieu et place de ce verdict de la CPI, des proches de l’ancien président ont créé le buzz et sur les réseaux sociaux et dans les rues de Yopougon, l’un des quartiers populaires d’Abidjan, en annonçant cette libération. Ce n’était qu’une rumeur mal fondée sur les débats qui ont eu lieu au tribunal.

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Mort de manifestants au Togo : Qui a tiré la chevrotine sur «le gibier» de Sokodé ?

 

Après Lomé ce week-end, Sokodé. Même manifestations, même nombre de morts. Le 8 décembre, dès le premier jour de la contre-campagne de l’opposition qui rejette les législatives du 20 décembre prochain, deux manifestants dont un mineur de 17 ans étaient tombés dans une capitale en état de siège et littéralement quadrillée par des policiers, gendarmes et militaires à grands renforts de blindés légers.

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Législatives togolaises : Ça commence mal

C’est un week-end tendu et endeuillé qu’ont vécu les Togolais, particulièrement les populations de Lomé, ce 8 décembre. Les manifestations interdites de l’opposition ont été réprimées dans le sang avec à la clef deux morts dont un garçonnet de 8 ans. S’il en est ainsi du premier jour de la campagne de boycott de ces élections législatives, lancée par l’opposition, l’inquiétude est grande que les choses aillent de mal en pis, et concernant la tenue de ce scrutin, prévue pour le 20 décembre prochain, et concernant la paix sociale dans le pays en général.

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Des chefs d’Etat à l’investiture de Macky Sall : Des soutiens politiquement incorrects

10 000 militants et sympathisants, 4 chefs d’Etat, un décor de luxe, le palais des Congrès de Dakar a refusé du monde samedi dernier lors de l’investiture de Macky Sall, candidat de la coalition Benno Bokk Yakaar à l’élection présidentielle du 24 février prochain.

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Second tour présidentielle malgache: Le duel des ex

C’est désormais officiel. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle malgache portent  depuis hier le sceau définitif de la Haute Cour constitutionnelle. Et la juridiction suprême a confirmé à la virgule près les chiffres provisoires proclamés le 17 novembre dernier par la commission électorale indépendante (Ceni). Le second tour opposera donc Andry Rajoelina (39,2% des voix) et Marc Ravalomanana (35,3% des suffrages exprimés).

Ces résultats définitifs ont quelque part valeur de réhabilitation pour la Ceni, attaquée de toutes parts après la proclamation provisoire et cible de manifestations quotidiennes. Plusieurs requêtes avaient d’ailleurs été déposées auprès de la Haute Cour pour contester les résultats, notamment par le président sortant, Ery Rajaonarimampianina, et un collectif de candidats qui demandaient l’annulation pure et simple du premier tour en raison de nombreuses irrégularités et fraudes qui l’auraient émaillé. Même TGV qui, si l’on peut dire, était arrivé naturellement en tête, avait lui aussi contesté les données provisoires, estimant qu’on lui avait volé plusieurs milliers de voix, avant de se raviser « par souci d’apaisement ». Drôle de scrutin où même le favori des urnes se plaint !

Avec ce verdict sans appel des grands juges qui ont, soit dit en passant, rejeté toutes les requêtes déposées, il faut espérer que les différents candidats et leurs troupes s’inclineront devant l’autorité de la chose jugée et que le second tour, prévu pour le 19 décembre prochain, se déroulera sans encombre. A charge pour la Ceni qui a tout de même eu l’humilité de faire sa propre critique, de corriger les failles et insuffisances constatées lors du premier tour : retard dans l’acheminement du matériel électoral, démission de certains membres de bureau de vote la veille du scrutin,  confusion entre bulletins blanc et nul lors du dépouillement… Ce sont là, en effet, quelques problèmes que les organisateurs ont eux-mêmes reconnus, même si, pour reprendre l’expression consacrée, «elles n’étaient pas susceptibles d’entacher la sincérité du scrutin».

Place donc à une finale aux allures de revanche entre les deux ex et ennemis jurés dont la rivalité avait mené la Grande Ile à la dérive, la laissant glisser dans les affres d’une crise politico-institutionnelle dont elle n’est  pas encore sortie. Pourvu seulement que cette haine recuite et les désirs de revanche plus ou moins légitimes ne polluent pas davantage le climat déjà bien délétère et que les deux hommes aient suffisamment mûri pour mettre l’intérêt supérieur de la nation malgache au-dessus de toute autre considération, notamment de leurs ambitions personnelles ; car si le feu qui couve sous la cendre devait se raviver, ce serait cette fois-ci pour que s’ouvrent les portes de l’enfer pour ce pays pourtant paradisiaque.

 

H. Marie Ouédraogo

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