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Jean-Pierre Bemba : Le SDF qui veut emménager à la Présidence

 

Comme à une course d’obstacles, les opposants congolais qui avaient quitté le pays pour cause d’ennuis judiciaires doivent braver moult handicaps pour leur retour. Jean- Pierre Bemba et Moïse Katumbi, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, entre entraves administratives, méfiance policière et affaires judiciaires, sont ballottés par un pouvoir frileux et grincheux face à leur volonté de se porter candidats à la présidentielle du 23 décembre prochain.

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Zimbabwe: Les premières victimes du Crocodile

L’affaire était pourtant bien engagée. Pour des élections historiques, les premières depuis 1980 sans Robert Mugabe, l’opposition avait pu battre campagne normalement. Et si on excepte l’attentat dont le candidat du parti au pouvoir, Emerson Mnangagwa, a été victime, on peut dire que les joutes ont été pour le moins civilisées, contrairement aux précédentes de 2008 et 2013. On revoit le candidat Morgan Tsvangirai, alors leader de l’opposition, le portrait refait, la tête contusionnée, l’œil au beurre noir, des stigmates faits par les sicaires du régime, qui n’entendaient pas qu’on défie leur héros.

Cette année, rien de tel. Et la journée électorale, pour reprendre l’expression consacrée, s’est déroulée dans le calme et la sérénité, malgré les inévitables irrégularités dont nos pays sont si coutumiers. Pourtant, c’était le calme avant la tempête. Un volcan couvert de neige est brutalement entré en éruption hier mercredi. Depuis la veille, en réalité, il y avait un signe perceptible que les esprits s’échauffaient, car chaque camp avait commencé à revendiquer la victoire dès mardi. Jusqu’à ce que ça dégénère le lendemain quand la commission électorale a commencé à annoncer les premiers résultats partiels ; lesquels donnaient la ZANU-PF d’ores et déjà majoritaire à l’Assemblée nationale.

Les militants de l’opposition ont, de ce fait, crié tout de suite à la fraude et se sont massés devant le bureau de dépouillement  où la police d’abord, l’armée ensuite, ont chargé. Bilan : trois manifestants tués et de nombreux blessés. Et la tension qui n’était pas près de retomber. Retour donc des vieux démons zimbabwéens, qui en réalité n’étaient jamais vraiment partis, puisque c’est la même armée, c’est la même ZANU-PF et ce sont les mêmes dirigeants, à commencer par celui qui était, ne l’oublions pas, vice-président de Papy Bob, après avoir été tour à tour ministre de la Justice, de la Sécurité d’Etat, des Finances, du Développement rural et même président de l’Assemblée nationale.

Et ce n’est pas à 76 ans que celui qui était surnommé le Crocodile va se refaire et redevenir subitement l’agneau qu’il n’a jamais été. Cette répression montre donc à souhait qu’au fond, rien n’a changé dans les mœurs politiques zimbabwéennes et que celui qui prétendait, pendant sa campagne électorale, incarner la rupture et le changement n’était en réalité qu’un digne héritier de son ancien mentor.

Alors qu’en pareilles circonstances on se serait attendu à ce que celui qui est le premier magistrat du pays ait des mots de compassion à l’endroit des familles des victimes et des blessés, il n’a pas trouvé mieux à faire que d’imputer la responsabilité des troubles, des décès, des blessés et de la destruction de biens au MDC. Il ne faut donc pas qu’on s’attende à ce qu’il appelle ses éléments à la retenue. Dans ces conditions, il n’est pas sûr qu’il entende les appels à la retenue lancés de partout, notamment de l’ambassade des Etats-Unis à Harare.

Oui, c’est sûr : la nature du régime n’a pas fondamentalement changé. Car, sauf cas exceptionnel, on ne voit pas ce que des militaires lourdement armés ont à faire dans une opération de maintien de l’ordre.  Ce qu’il faut craindre est qu’après cette répression, on entre dans un cycle de violences post-électorales alors qu’on pensait que tout cela n’appartenait plus qu’au passé.

Issa K. Barry

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Présidentielle Zimbabwe : Papy a la rancune tenace

C’est censé être l’élection-césure, la première véritablement libre et démocratique qui devrait tourner la page de l’ère Mugabe.  Depuis que l’ex-Rhodésie du Sud est devenue  Zimbabwe, que Robert Mugabe en a été d’abord le Premier ministre, puis le président jusqu’à ce que démission forcée s’ensuive, c’est en effet la première fois qu’un scrutin présidentiel se tient sans  comrad Bob.  En novembre dernier,  l’armée, son armée à lui, et  la ZANU-PF, son parti, lui avaient asséné le coup de Grace magistral  suite aux multiples frasques sociopolitiques de son épouse qui rêvait désormais à voix haute de devenir calife à la place de son calife de mari.

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Présidentielle malienne : Le défi sécuritaire comme première victoire

Cinq ans après la phase éruptive d’une crise où s’entremêlent djihadisme, séparatisme et conflits communautaires, le Mali cherche encore l’introuvable paix intérieure. Les 24 candidats au poste de premier magistrat du pays avaient donc un thème de campagne tout trouvé : le retour de la sécurité pour tous les Maliens.

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Dépôt candidatures en RDC: Une équation à deux inconnues

C’est donc parti pour le dépôt des candidatures à la présidentielle du 23 décembre 2018 en République démocratique du Congo. Depuis hier en effet, les prétendants à la magistrature suprême peuvent faire acte de candidature au siège de la Commission électorale chaque jour, de 8h à 16h30. Et ils ont jusqu’au 8 août prochain pour le faire. Le compte à rebours a donc commencé avec cette étape pour laquelle la CENI promet chaque jour une liste actualisée de ceux qui auront déposé leur dossier. Comme il fallait s’y attendre, les agents du bureau d’enregistrement se sont tourné les pouces ce premier jour et il faudra attendre les derniers moments pour que les prétendants ou les tiers qu’ils auront délégués se bousculent au portillon.

En attendant, on a affaire à une équation à deux inconnues.

La première est posée par le duo Jean-Pierre Bemba/ Moïse Katumbi. Tous deux ont déjà fait des annonces quant à leurs intentions respectives. Mais voilà précisément ceux qui auront le plus de difficultés à faire acte de candidature et Dieu seul sait qu’il y a loin de la parole à l’acte… et pour maintes raisons. D’abord, puisqu’ils n’ont  pas été enrôlés sur les listes électorales, leur présence physique est requise lors du dépôt. Et c’est là que le bât blesse, surtout pour l’ancien gouverneur du Katanga  qui fait l’objet de plusieurs poursuites judiciaires dans son pays. Et si après son acquittement par la CPI, Jean-Pierre Bemba a obtenu son passeport diplomatique en un tour de main, c’est une fin de non-recevoir qui a jusque-là été réservée à la demande d’établissement du précieux document de voyage formulée par le citoyen Katumbi. Et Kinshasa avait même ajouté que si jamais il revenait, ce serait pour aller du tarmac à la prison. Alors l’opposant est-il prêt à courir ce risque ? On a bien peur que ses ambitions ne soient contrariées comme pourraient l’être celles du président du MLC, qui n’en a pas tout à fait terminé avec le procureur de la CPI puisque son procès pour subornation de témoins est loin d’être clos.

L’autre inconnue de cette course à la candidature, pour ne pas dire l’autre mystère, c’est le cas Joseph Kabila Kabengué. Théoriquement, il n’a plus droit à un troisième mandat et jure la main sur le cœur qu’il respectera la Constitution sans jusque-là convaincre grand monde. En réalité, en bonne démocratie la question ne se poserait même pas et un président en fin de mandat n’est pas censé annoncer ou confirmer son départ si la Constitution l’y contraint déjà. Mais quand on sait que dans nos démocratures les puissants du moment peuvent faire dire à la loi ce qui les arrange, on peut s’attendre à tout. Oui, à tout. Et même, pourquoi pas, à la grande surprise du chef Kabila qui pourrait clouer le bec à tous ses contempteurs en ne se présentant pas.

C’est sûr. Lui sait déjà ce qu’il va faire. Pour nous, il faudra attendre le 8 août pour être fixés une fois pour toutes.

 

H. Marie Ouédraogo

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Centenaire de Mandela: Un anniversaire au goût amer

Il lui aura manqué cinq petites années pour fêter son centième anniversaire. Né le 17 juillet 1918, Nelson Mandela est en effet décédé le 5 décembre 2013. Il aurait donc eu cent ans ce mardi 17 juillet si le grand âge n’avait pas eu raison du géant qu’il était devenu.

Et si la tradition est perpétuée depuis 2008, c’est un Mandela day particulier qui a été commémoré en Afrique du Sud en l’absence du principal concerné certes, mais rarement un absent aura été aussi présent. « Les morts ne sont pas morts », a écrit l’auteur sénégalais Biraogo Diop, qui plus est quand le défunt a marqué l’histoire de son pays et son temps. On a pu parler du siècle de Périclès, peut-être un jour parlera-t-on du siècle de Mandela.

Jeune avocat noir dans une Afrique du Sud raciste, il devient le leader du Congrès national africain (ANC). Après plusieurs années de lutte contre l'Apartheid, d'arrestations et de procès, Nelson Mandela est condamné en 1964 avec sept de ses compagnons à la prison à vie pour sabotage, trahison et complot. Il passera 27 ans et demi derrière les barreaux, notamment dans le bagne de Roben Island. Durant toute sa captivité, il refusera d'être libéré contre le renoncement public à la lutte contre le système raciste. Libéré en 1990, il prendra quelques années plus tard la tête de son pays, « une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde ». Ce qui a contribué à forger la légende du prix Nobel de la paix, c’est sa capacité à pardonner et à tendre la main à ses bourreaux au point même d’être incompris par son propre peuple assoiffé de vengeance  après la fin de l’apartheid. « Je n’étais pas un messie, mais un homme ordinaire qui était devenu un leader en raison de circonstances extraordinaires », a confié un jour celui qui à l’issue d’un seul et unique mandat presque de transition, a cédé le fauteuil présidentiel  à son successeur Thabo Mbeki, là où d’autres auraient fait rebelote et se seraient même vissés jusqu’à ce que mort s’ensuive.

C’est ce Mandela qui est célébré depuis plusieurs jours, notamment avec le discours mémorable de l’ancien président Barack Obama et les très symbolique « 67 minutes de solidarité » en souvenir des 67 ans du combat mené par l’icône de la lutte antiapartheid. Il s’agit de donner un peu de son temps pour une noble cause.

Mais pendant que ce qui est censé être la nation arc-en-ciel fête les cent ans du grand homme, force est de constater que Blancs, Noirs et Indiens se côtoient sans vraiment se fréquenter et que le racisme n’a pas totalement disparu du paysage sud-africain. Et surtout, les inégalités sociales sont toujours aussi criantes entre la minorité blanche et l’écrasante majorité noire. Pire, les nouveaux dirigeants noirs du pays n’ont pas toujours été à la hauteur après Mandela, s’enlisant dans la corruption et la prévarication, au point que les deux successeurs Thabo MBeki et Jacob Zuma n’ont pu terminer leur second mandat.

C’est donc plus que jamais une Afrique du Sud à la croisée des chemins qui noie ses misères dans les effusions populaires du Mandela day. Qui sait ! De là où il est, c’est sans doute  avec un peu d’amertume que Madiba jette un regard compatissant sur ce qu’est devenu son héritage.

 

H. Marie Ouédraogo

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Cameroun/ Boko Haram: Ces soldats-là n’auront pas fait le buzz

Non ! Ils n’ont pas pu faire ça ! On n’ose pas croire que les images qui circulent en boucle sur les réseaux sociaux sont véridiques et authentiques. Comment croire, en effet, que des soldats de l’armée régulière camerounaise aient abattu de sang-froid deux femmes et deux enfants en bas âge dont un bébé ; qu’ils ont pris un malin plaisir à filmer ces atrocités pour les balancer ensuite sur le Net. C’est pourtant le contenu innommable de cette vidéo qui circule depuis deux jours

On y voit une scène d’une atrocité incroyable. Après avoir rudoyé leurs pauvres captifs, les soldats en uniforme de l’armée et kalach au poing les conduisent vers un tertre. L’une des suppliciées tient sa fillette par la main et sa compagne d’infortune porte son bébé au dos. Parvenus à destination, après avoir bandé leurs yeux et mis un tee-shirt sur la tête de la fillette, ces hommes les mettent à genoux et leur tirent une vingtaine de projectiles dans le dos. Le tout à grand renfort de commentaires et de gros plans sur les quatre corps inertes gisant sur le sol dans une mare de sang.

Il faut avoir le cœur bien accroché pour parvenir à supporter ces images insoutenables et d’une cruauté inouïe. Ces bourreaux de femmes et d’enfants qui se présentent comme le caporal chef tsho-tsho, le soldat de 2e classe cobra et leur complice, cinéaste de l’horreur, font-ils réellement partie des effectifs de la Grande Muette ? Et leurs quatre victimes étaient-elles des « BH » ? Comprenez des « Boko Haram » comme on peut l’entendre dans le film…

Ce sont là des questions qu’on ne peut que se poser quand on sait qu’avec les technologies de l’information et de la communication, les montages de tous genres, les fake news, l’intox et la falsification de l’information sont devenus monnaie courante. Pour autant on aurait tort de crier tout de suite à la cabale pour salir l’image des militaires camerounais. Cela d’autant plus que, pour les spécialistes, aussi bien la tenue des soldats que le français qu’ils utilisent renvoient à l’armée camerounaise, sans oublier le paysage qu’on aperçoit en arrière-plan et qui s’apparenterait à celui de l’extrême nord du Cameroun où justement les troupes de Paul Biya ont maille à partir avec la secte islamiste. Qui pis est, la soldatesque camerounaise serait coutumière de ce genre de faits, que ce soit dans cette région-ci ou dans l’ouest anglophone où elle sévit « sans état d’âme »contre les sécessionnistes d’Ambazonie.

Il faut donc espérer que l’enquête ouverte par les autorités camerounaises pour établir d’abord l’authenticité de la vidéo et prendre le cas échéant les mesures idoines soit vite bouclée, car des soldats de quelque armée qu’ils soient ne sauraient se comporter comme des barbares d’un autre âge. Quand bien même ces femmes et ces enfants lâchement assassinés auraient été de vrais « BH », était-ce une raison suffisante pour les exécuter froidement ?

H. Marie Ouédraogo

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Dissolution gouvernement ivoirien: Le gnaga a commencé

C’était assez prévisible. L’affaire était en effet dans les tuyaux depuis le congrès extraordinaire du RDR qui avait entériné la création d’un parti unifié regroupant toutes les branches de la famille houphouëtiste et la constitution d’un gouvernement à son image. Ça devenait encore plus évident après la décision du bureau politique du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de reporter après 2020 son 13e congrès ordinaire, celui-là même qui devait accepter ou refuser la fusion voulue par le RDR. Ainsi, le parti de l’Eléphant a choisi de présenter son propre candidat à la présidentielle. Tout cela contre l’avis d’Alassane Ouattara, pour qui la fusion devait aboutir à l’organisation de primaires au sein de la nouvelle formation pour désigner un seul porte-drapeau.

Cette décision du PDCI-RDA, qui intervenait après de longs mois d’un duel à fleuret moucheté entre Henri Konan Bédié et son petit frère « Ouattara », était pour ainsi dire une déclaration de guerre à laquelle le chef de l’Etat ivoirien vient donc de répondre. Il a en effet remercié ce mercredi 4 juillet 2018 le gouvernement et son chef, Amadou Gon Coulibaly, avant de reconduire sans surprise ce dernier.

Il revient à celui qu’on surnomme le Lion dans sa région de Korhogo de proposer une nouvelle équipe gouvernementale au sujet de laquelle les supputations vont bon train.

Si l’on s’en tient à la promesse faite lors de ce fameux congrès, on devrait voir dans cette nouvelle équipe, sous réserve de confirmation, des représentants de « particules » houphouëtistes comme le BIT, le MFA ou L’UDPCI.

Dans la même logique, les 13 ministres du désormais ancien gouvernement devraient faire les frais du « gnaga », la bagarre en argot nouchi, entre les alliés d’hier. Une déchirure d’autant plus profonde qu’elle s’associe à une fracture, puisque pas plus tard que le 3 juillet, la veille donc de la dissolution du gouvernement, six ministres PDCI  avaient tourné casaque, se désolidarisant du Sphinx de Daoukro pour créer leur mouvement dissident, favorable à l’idée d’un parti unifié. Est-ce par conviction profonde ou juste pour conserver leur maroquin et les avantages qui vont avec ? On saura très vite s’ils ont eu une juste récompense pour ce que leurs anciens camarades considèrent comme une hérésie. Rien n’est moins sûr, quand on sait que l’ingratitude est le propre des princes…

Quoi qu’il en soit, la nouvelle carte politique qui se dessine à deux ans de la présidentielle aura au moins le mérite d’être bien plus lisible. Entre le parti houphouëtiste bâti autour du RDR ; le PDCI, même amputé de ses apostats, et la galaxie Gbagbo, « on saura qui est garçon », comme on dit à Abidjan. Et que dire d’une des grandes inconnues de cette joute présidentielle… Guillaume Soro dont on se demande si à l’heure du choix il ralliera l’une des familles en compétition ou s’il préférera jouer sa propre carte?

 

H. Marie Ouédraogo

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