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Regard sur l'actualité

Regard sur l'actualité (238)

Financement du G5 Sahel : Eh bien, combattez maintenant !

Le nerf de la guerre est là ! Enfin… pas tout à fait, mais l’on est sur la bonne voie, depuis cette table ronde réputée être celle de la dernière chance qui s’est tenue le 23 février dernier à Bruxelles. Les chefs d’Etat ouest-africains des cinq pays(leMali, le Niger, le Tchad, le Burkina Faso et la Mauritanie) qui composent le G5 Sahel repartent dans leurs pays respectifs avec des intentions de financement estimées à 414 millions d’euros. Pas vraiment très loin des 423 millions nécessaires au fonctionnement d’une année de cette force qui sera composée de 5 000 hommes. Depuis que cette idée généreuse a été émise, elle a toujours buté sur le nerf de la guerre, sans lequel il n’y a pas de guerre. Les réunions ont succédé aux réunions, les sommets aux sommets : Bamako à plusieurs reprises, Paris, Niamey, New York, sans que la cagnotte nécessaire soit bouclée.

Avant la rencontre dans la capitale belge qui se trouve être celle de l’Union européenne, disons que la recherche de financement s’est avérée fructueuse. Le besoin a été comblé. Pour le moment, bien sûr, il ne s’agit que de promesses fermes et supposées définitives. Mais comme promesse de grand n’est pas héritage, il faut espérer que les sommes seront débloquées, et très rapidement, pour permettre à la force G5 Sahel de monter en puissance pour mieux fondre sur les narco-djihadistes, qui se préparent eux aussi de leur côté : ces dernières semaines, le regain de violence avec les engins explosifs par-ci par-là n’est pas fortuit. Et n’oublions pas que la réaction des terroristes pourrait être proportionnelle à l’épaisseur de l’enveloppe qui a été octroyée. Eux aussi écoutent la radio, sont sur le satellite et pourraient mutualiser leurs moyens pour faire face à l’armada des forces coalisées.

Toujours est-il que les politiques et les militaires n’ont plus d’excuse : ils voulaient l’argent, l’argent est maintenant là. Il leur appartient maintenant d’être vaillants pour restaurer la sérénité dans ces zones devenues presque des zones de non-droit. Comme le disait le président français, Emmanuel Macron, lors du déblocage de la première tranche, il faut que les résultats suivent. Mais attention ! Il ne manquerait plus que la cagnotte soit dilapidée. Ce magot ne doit pas servir à loger les généraux dans des hôtels cinq étoiles, à acheter des billets d’avion première classe, servir de frais de mission faramineux ou à faire on ne sait encore quelles autres dépenses somptuaires. Cet argent devra servir sur le  terrain des opérations.

En réalité, on se réjouit beaucoup pour ne pas cracher dans la soupe bruxelloise qui vient de nous être servie. Que représente en effet cette enveloppe dans une guerre qui ne peut pas être gagnée rapidement ? Se pose alors le problème de la pérennisation de cette armée transnationale. Car il ne servirait à rien de faire deux ou trois actions d’éclat et de débander ensuite pour donner le temps à l’ennemi de se réorganiser. C’est dire que les actions doivent s’inscrire dans la durée, en même temps qu’un autre combat, celui pour le développement de régions entières où la pauvreté, voire la misère et, quelquefois, l’indifférence du pouvoir central font immanquablement le lit de l’extrémisme.

 

Issa K. Barry

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RDC : Le combat de la kalach et du missel se poursuit

de trois pour le Comité laïc de coordination (CLC) dans l’organisation de marches dominicales pour dénoncer le pouvoir de Joseph Kabila : ce dimanche 25 février, ils étaient des milliers à descendre dans les rues de Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani et autres villes du pays. Mais le pouvoir Kabila tient bon et l’a fait savoir par une répression systématique des manifestants à la sortie des messes, qui tenaient Bibles, crucifix, chapelets, branchages. La kalachnikov qui réprime le missel, vent debout pour l’alternance et les droits humains, c’est un drame dont seules les républiques bananières peuvent offrir le spectacle. Et tant pis si les actes de cette tragédie s’écrivent à l’encre rouge du sang des innocents : 8 morts le 31 décembre 2017, 6 le 21 janvier et 2 autres ce 25 février.

Non, ne vous y trompez pas ! Un mort pour une manifestation pacifique, c’est un mort de trop, qui pis est, les chiffres en baisse des victimes de la répression sont inversement proportionnels à la cristallisation des positions antagoniques en RDC : en effet, pour le Comité laïc de coordination et ses parrains de la Conférence épiscopale de la RDC (CENCO), aucune institution en RDC n’est légitime. Toutes sont hors et sans mandat. Elles agissent par défi en toute illégalité et impunité. Joseph Kabila est un dictateur qui n’a plus aucune légitimité pour diriger le pays ; pour le pouvoir de Kinshasa, la CENCO et son épouvantail du Comité laïc sont des agitateurs subversifs en rupture de banc avec la République et même l’enseignement biblique. On se souvient que, lors de sa dernière conférence de presse, le président Kabila avait tancé les évêques de son pays, les renvoyant à leur catéchisme avec des dérisions du genre « Jésus Christ n’a jamais présidé une commission électorale. » Le président de la CENCO lui avait rétorqué que l’Eglise congolaise agissait en conformité avec la doctrine sociale du catholicisme tout en rappelant la sacralité de la parole donnée. Parole donnée par la signature des accords de la Saint-Sylvestre 2016 aux termes desquels une présidentielle devrait être organisée avant le 31 décembre 2017 en RDC sans  la candidature de Joseph Kabila. Près de 14 mois après, l’élection présidentielle est encore projetée à décembre 2018 sans que Kabila renonce officiellement à s’y présenter. Au contraire, dans une stratégie de fourbe, il ruse avec  les institutions de la République, notamment la commission électorale, et les partis de l’opposition minés par des querelles intestines suscitées ou encouragées par le camp présidentiel pour que les élections ne se tiennent pas à cette date.

C’est une RDC à la dérive, ballottée par un pouvoir prédateur de l’Etat, avec  des partis politiques sans grande crédibilité parce que sans projet de société ni stratégie cohérente de lutte pour l’alternance qui interpelle les démocrates du monde entier, en commençant par ceux du Congo. En inscrivant son combat dans cette perspective d’alternative démocratique dans le pays, le Comité laïc de coordination prolonge le rôle historique de l’Eglise catholique de la RDC qui, par l’entremise du cardinal Monsengwo, avait présidé la conférence nationale souveraine prélude à la chute de Mobutu mais aussi les négociations entre les partis politiques du pays ayant abouti aux accords de la Saint- Sylvestre 2016. Que ce comité se retrouve aujourd’hui en première ligne dans la lutte pour le changement démocratique et le respect des droits de l’homme en RDC n’est donc pas une surprise en soi. Il joue au supplétif d’une opposition sans leadership depuis la disparition d’Etienne Tshisekedi et porte la voix de tous les patriotes et démocrates congolais au-delà des religions. Joseph Kabila aurait alors tort de le réduire à un groupuscule de lecteurs égarés du missel à soumettre par la kalachnikov.

 

La rédaction

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Elections municipales en Guinée Conakry : Revue générale des troupes avant la présidentielle de 2020

Suspense total en Guinée quant aux résultats des élections municipales qui se sont déroulées ce dimanche 04 février. En l’absence de statistiques officielles, les observations sur l’affluence des électeurs aux bureaux de vote donnent à  penser que les Guinéens se sont moyennement déplacés aux urnes. En tout cas la bonne tenue du scrutin est un bon point pour la démocratie en construction. Au demeurant, pouvait-il en être autrement quand on sait que les dernières municipales ont eu lieu il y a de cela 13 ans et surtout que tous les ténors de la scène politique ont jeté leurs poids dans la campagne ? La raison de cela : Le président  Alpha Condé et son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), Cellou Dalein Diallo de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) ou Sidya Touré de l’Union des forces  républicaines(UFR), pour ne citer que les leaders des partis les plus en vue, savent que le contrôle des exécutifs locaux  est un atout pour aller à la conquête du pouvoir  d’Etat.

Voilà, entre autres, ce qui explique pourquoi l’opposition était vent debout contre la lenteur du gouvernement à organiser ces élections, refusant de se satisfaire des délégations spéciales instaurées  par le fait du prince à la direction des municipalités. Il ne faut pas être un expert en science po pour savoir que le pouvoir d’Alpha Condé traînait les pieds à organiser  ces élections municipales pour  éviter que la mainmise du Parti de l’unité du peuple (PUP), l’ancien parti au pouvoir, sur les exécutifs locaux se poursuive. On se rappelle, en effet, qu’aux municipales de 2005, dans les conditions d’une démocratie balbutiante, le PUP avait raflé 80% des sièges des conseillers municipaux. Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, le PUP, après le décès de son président, Lassana  Conté, et la perte du pouvoir en 2010, est devenu l’ombre de lui-même.

Le RDG au pouvoir a des adversaires autrement plus incisifs dans l’arène politique guinéenne et a joué sur le calendrier de ces municipales pour renforcer la toile de son implantation  afin de se donner plus de chances de les remporter. On attend de voir si cette stratégie de l’araignée du RDG a fonctionné et si, malgré l’épreuve du pouvoir, il a conservé sa force électorale de 2010 et 2015 qui lui avait permis de gagner les élections présidentielles.

A l’opposé, les partis adverses, notamment l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, à l’occasion de ces municipales, vont mesurer  leurs progrès dans la conquête de l’électorat. C’est dire qu’il s’est donc joué en Guinée, ce dimanche, un air d’élection présidentielle avant l’heure : test de popularité pour les uns, d’implantation pour les autres, de crédibilité pour tous, ces élections municipales, au-delà des enjeux locaux, constituent  pour les partis en présence une revue des troupes avant la présidentielle de 2020. Dans cette logique, leurs résultats pourraient s’interpréter comme ceux  d’un référendum pour ou contre le pouvoir d’Alpha Condé. C’est pourquoi ce dernier et l’ensemble de ses ministres se sont grandement investis dans la campagne, chacun dans sa région, pour soutenir les têtes de listes.

L’opposition n’est pas en reste dans ces joutes électorales. Chacun pourrait lire dans les résultats obtenus par les 30 000 candidats lors du scrutin de dimanche son avenir politique. C’est  ce que résume bien l’opposant Cellou Dalein Diallo quand il déclare : « Les partis souhaitent vraiment gagner ces élections locales parce que, lorsque vous avez, pour un parti, un réseau d’élus locaux solide, c’est très facile d’aller à la conquête du pouvoir exécutif ou même du pouvoir législatif. » Tout est dit et bien dit.

 

Zéphirin Kpoda

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Dialogue intertogolais : Petite recréation avant la lutte finale ?

Combien étaient-ils le samedi 3 février 2018 dans les rues de Lomé ? Plus d’un  million, c’est-à-dire les deux tiers des habitants de la capitale,  comme l’affirme  Jean-Pierre Fabre ? Sans doute beaucoup moins  mais qu’ils fussent un million, cinq cent mille ou deux cent cinquante mille, c’est toujours avec la même foi qui peut déplacer les montagnes que les contempteurs du président Faure Essozimna Gnassingbé ont battu le pavé. Une ferveur  d’autant plus accrue que c’était la dernière des manifestations de rue avant l’ouverture du dialogue intertogolais,  prévue pour le 15 février prochain.

L’annonce en a été faite  vendredi par le Ghanéen Albert Kan Dapaah et le Guinéen Tibou Camara, les deux  émissaires mandatés par les présidents Nana Akuffo Addo et Alpha Condé pour ce qui s’annonce être tout sauf une partie de plaisir tant les lignes de fracture  qui séparent opposition et pouvoir togolais  sont si profondes qu’on se demande  comment elles pourraient être résorbées si ce n’est , il faut le craindre hélas, dans la douleur, les larmes et le sang.

Les données du problème sont , on ne le sait que trop, très claires. Au motif que les différentes parties n’arrivent pas à s’accorder, la majorité présidentielle a en effet décidé de recourir « au peuple souverain » pour les départager lors d’un référendum qui porterait notamment sur le plafonnement  à deux du nombre de mandats présidentiels (aujourd’hui illimités) et  l’adoption du mode de  scrutin à deux tours pour la course à la magistrature suprême en lieu et place du « un coup K.-O. » en vigueur actuellement.  Des propositions qui recoupent pour l’essentiel  les  revendications matricielles des adversaires du régime, sauf que pour ceux-ci, ce serait une façon pour le chef de l’Etat, qui a hérité du fauteuil  de papa  depuis la mort de ce dernier  en 2005,  de remettre son compteur présidentiel à zéro pour se taper deux nouveaux baux  sous l’emprise de la nouvelle loi. Et ils n’ont  cessé de réclamer son départ pur et simple par la promesse solennelle qu’il ne se représenterait pas à la prochaine élection.

Dans ces conditions, des desseins aussi contraires peuvent-ils trouver le plus petit dénominateur politique commun pour que le dialogue projeté se tienne et soit efficient ? Nonobstant les craintes légitimes, la Coalition de l’opposition a promis d’être autour de la table le jour J .  Si et seulement si les mesures d’apaisement qu’elle réclame  sont prises d’ici là . Car, prévient le chef de file de l’opposition, « si l’évaluation n’est pas concluante, nous ne continuerons pas les discussions tant que les mesures d’apaisement n’ont pas été achevées ».   

Faure sait donc ce qu’il lui reste à faire : entre autres décisions, élargir les sept personnes détenues dans le cadre des incendies des marchés de Kara et de Lomé ainsi que celles interpellées suite aux manifestations de l’opposition qui se succèdent depuis le 19 août 2017 mais que le gouvernement entend prendre « dans le cadre des procédures judiciaires en cours ».

 En fait, l’opposition est un peu piégée par ces pourparlers  . Elle sait sans doute pertinemment  qu’ils  ne mèneront à rien ou en tout cas pas à grand-chose  mais qu’elle  n’y  aille pas  et on dira qu’elle est intransigeante, irrédentiste, voire antidémocratique, puisqu’il n’y a aucune raison pour des gens qui se disent démocrates de ne pas vouloir donner la parole au peuple. Sauf que  les dés sont toujours pipés dans ces démocratures où le bon peuple dont on se réclame tant répète ce qu’on veut bien lui dire.

On se demande donc  si ce dialogue ne sera pas une petite récréation-diversion  avant que  la lutte (finale ?) reprenne  de plus belle. Mais il faut d’abord et déjà qu’il se tienne à bonne date quand on sait que depuis quelques semaines les différents protagonistes tergiversent à n’en pas finir.

 

La Rédaction

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