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Intelligence africaine de la foi: Les oubliés de l’histoire !

«Damnés de la terre», les Noirs ont été aussi les oubliés de l’histoire. Pendant de nombreux siècles, les «grandes nations» comme on les appelle – mais l’ont-elles vraiment été quand elles ont été capables du pire ? - ont fait preuve d’une sordide émulation dans le commerce des esclaves. Cet odieux commerce a été désigné sous le nom de «commerce triangulaire». Ils sont nombreux, ceux qui aujourd’hui ne veulent pas qu’on évoque ce passé. Ils disent, comme Nicolas Sarkozy lors de son discours à Dakar, le 26 juillet 2007, de ne pas «ressasser le passé», mais de se contenter de tirer seulement les leçons de l’histoire afin de regarder ensemble vers l'avenir. On oublie ainsi que le mal n’est pas seulement dans le «faire», mais aussi souvent dans le «ne pas faire» et «ne pas dire». Si nous n’en parlons pas, nous aurons donc tort ! Du reste, dans le catalogue des manquements à ses préceptes, l’Eglise réserve une place de choix au péché d’omission. Faisons donc tout pour ne pas tomber dans ce péché et n’ayons pas peur d’évoquer ce que fut la «longue nuit de l’esclavage». Victimes désignées pour être sacrifiées sur l’autel du Nouveau Monde, on pense qu’ils sont entre six et seize millions d’Africains à avoir été transportés via l’océan Atlantique pour être esclaves en Europe, dans les Amériques et dans beaucoup d’autres endroits du monde atlantique. Ils ont connu toutes les humiliations possibles. Il est presque impossible d’écouter le prophète Isaïe dans le chant du Serviteur souffrant sans penser à la souffrance des esclaves noirs : «Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien» (Is 53, 3). Ces mots, qui préfigurent les souffrances du Christ, peuvent être appliqués à chaque esclave noir dont le corps a été réduit à une marchandise. Et - paradoxe de l’histoire - c’est au moment même où la servitude disparaissait en Europe qu’elle s’installait dans le Nouveau Monde avec les Espagnols, les Portugais, qui seront rejoints par les Anglais et les Français. Les Anglais fondent même, en 1672, la première compagnie anglaise de commerce d’esclaves (la Royal African Co.,). Et nous pouvons continuer à nous interroger : comment se fait-il que les Noirs seuls aient été l’objet de cette discrimination ?  de ce crime ? Il semble bien que la réponse ne se trouve pas seulement dans les conditions économiques du Nouveau Monde, mais qu’elle soit aussi dans le rapport que l’Europe a établi avec le Noir. De fait, les hommes qui ont subi les affres de l’esclavage étaient noirs. Or, dans l’anglais du 16e siècle, le terme « black » est synonyme de bassesse et de saleté, pour ne pas dire de péché.  Si le blanc est symbole de la beauté humaine parfaite, le noir est l’image réussie de la complète perversion et la « noirceur » ne peut être qu’une malédiction divine. Au demeurant, circulaient déjà, à l’époque, tous les clichés possibles sur les Noirs : ils sont païens, sans religion, et ont des pratiques abominables. On les voit plutôt proches des animaux. Le puritanisme britannique ne supporte pas cela et «l’homme blanc avait besoin de se distancer de ce miroir déformé pour mieux saisir sa grandeur, sa qualité morale, sa vocation divine» (Bruno Chenu). Il a donc fait subir au peuple noir ce qu’on n’avait jamais fait subir à aucun autre peuple : l’esclavage à vie. Préjugés racistes et besoins économiques se sont rencontrés pour écraser le peuple noir. Pour les colons britanniques, être chrétien signifiait être tout à la fois civilisé, anglais et blanc. Et le christianisme, comme l’écrira Bruno Chenu, «symbolisait leur race plus que leur religion». En tout cas, arraché à son univers familier et réduit au statut d’objet de commerce, on peut imaginer le traumatisme vécu par l’Africain dans son long voyage au bout de la nuit sous la baguette magique du sorcier blanc. Oui vraiment ! Il ne faut pas l’oublier, il y a eu un moment, dans l’histoire où «les droits du Noir ont été sacrifiés sur l’autel de l’expansionnisme religieux» (Bruno Chenu).

 

P. Jean-Paul Sagadou

Assomptionniste

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