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Université de Ouagadougou : Quel cours magistral Jupiter va-t-il dispenser ?

Emmanuel Macron est donc  arrivé.

Annoncé à grand renfort de com. et de manifestations hostiles, le président français a foulé le sol de la capitale burkinabè dans la nuit du lundi 27 novembre 2017 peu avant 23 heures.  

Un atterrissage en catimini, s’il en est, puisque, selon l’usage, un hôte aussi prestigieux qu’un locataire de l’Elysée est d’ordinaire accueilli avant la tombée de l’astre du jour afin que tous les honneurs (militaires) dus à son rang lui soient rendus. Contraintes de calendrier à Paris où manœuvre d’évitement du comité d’accueil spécial qui attendait « Jupiter » de pied ferme à Ouaga ?  

C’est donc dans une ambiance contrastée que le huitième président de la Cinquième République française effectue une visite officielle à Ouagadougou, contrairement à ses lointains prédécesseurs que furent  François Mitterrand en 1986 et Jacques Chirac en  1996, respectivement lors du Sommet France/Afrique et en 2004 à l’occasion  du Sommet de la Francophonie.

Treize ans après notre ami « Chirac l’Africain », voici    Emmanuel Macron, celui-là même qui a créé la surprise en devenant à 39 ans le plus jeune chef d’Etat français alors que personne n’aurait parié sur sa candidature une année avant son sacre élyséen.

Le point d’orgue de cette visite de quarante-huit heures au Pays des hommes intègres sera le discours urbi et orbi,  si vous préférez, l’appel au Burkina et à l’Afrique, que prononcera  l’homme à la pensée trop complexe pour se prêter au jeu de questions réponses avec des journalistes.

Quelle cible mieux que la jeunesse, l’élite de demain, pour écouter cet exposé sur « une vision personnelle du rapport de la France avec le continent africain » ?

  Quel  endroit mieux que l’université, temple du savoir, pour abriter ce rendez-vous supposément fondateur d’un nouveau type de relation entre l’Hexagone et ses anciennes colonies ?

Côté symboles, on ne pouvait trouver mieux.

Si ce serait faire preuve de politique-fiction que d’épiloguer sur le contenu du cours que le professeur Macron  donnera ex cathedra, on peut néanmoins se demander si le «Discours de Ouagadougou» sera entendu par les pensionnaires de Zogona, échantillon assez représentatif d’une jeunesse africaine déboussolée, démoralisée, livrée à elle-même, en proie au chômage endémique ; une jeunesse désœuvrée dont les rêves d’Eldorado européen se terminent par la mort dans la  Méditerranée ou dans l’immensité sablonneuse du désert, quand elle  ne prête  pas une oreille attentive  au discours des groupes terroristes qui écument le continent noir de la bande sahélo-saharienne à la Corne de l’Afrique.

Quels mots suffisamment forts et assez entraînants le président Macron va-t-il trouver pour convaincre  la jeunesse de sa volonté de rompre avec cette honnie « Françafrique » ?

Quelle politique africaine suffisamment efficace et assez pertinente pourra-t-il concocter pour panser les maux de nos Etats en proie aux affres de l’insécurité, du chômage et de l’immigration clandestine ?

Cette allocution du président français est, dit-on, très attendue. Mais par qui ?

C’est vrai, rien ne sera laissé au hasard. Les mots seront sélectionnés, pesés et soupesés, par les huiles,  les spin doctors, les plumes et les conseillers spéciaux de l’Elysée.  

«Jupiter», lui, y apportera sa touche personnelle et finale. Pas question de fausse note ou d’expression qui froisse la susceptibilité.

Mais au-delà de tous ces soins sémantiques et syntaxiques, que faut-il attendre de particulier de ce « discours fondateur » ?

Rien de bien différent des promesses non tenues d’une nouvelle ère dans les relations franco-africaines.

Les locataires se succèdent 55, rue Faubourg Saint-Honoré, les engagements de rupture avec un certain passé se multiplient, le vieil ordre politique demeure.

Ainsi du discours de la Baule en 1990 avec François Mitterrand. Un quart de siècle  après cette injonction faite aux Africains de s’ouvrir au vent de l’Etat de droit  sous peine de sanctions, certes il y a eu des avancées démocratiques sous nos cieux, mais des satrapes continuent de s’accrocher au pouvoir, parfois avec la complicité de la « Patrie des droits de l’homme ». Particulièrement en Afrique francophone avec les Paul Biya, Idriss Deby, Denis Sassou N’Guesso, Ali Bongo et autres Faure Gnassingbé.

Ainsi du discours de Dakar en 2007 de Nicolas Sarkozy.  Un numéro de charme tenu à l’université Cheikh Anta Diop, mais qui a fini par virer à la réprobation générale avec ce mémorable dérapage présidentiel : «L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. »

Notre hôte du jour n’était pas loin de cette attitude méprisante et condescendante façon Sarko quand il affirmait en juin 2017 : « Le kwassa-kwassa (1) pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent » ou encore tout récemment : « Le défi de l’Afrique est civilisationnel… Quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. »

Sur ce dernier point, dans le fond, le successeur de Hollande avait raison, comme nous l’avons d’ailleurs reconnu dans un de nos éditos. Mais même si les vérités qu’on n’aime pas entendre sont celles qu’on gagnerait à méditer, les balancer comme cela à la figure des Nègres, présentés comme de chauds lapins, est une attitude insultante.

Aura-t-il le courage de s’amender et de faire son mea culpa ?

En attendant d’en savoir davantage, pourquoi Ouagadougou pour s’adresser au reste de l’Afrique ?

Comme nombre d’observateurs, on peut voir dans ce choix une sorte de prime à la démocratie et  à un événement politique qui a valeur d’exemple sur le continent noir, puisque coup sur coup, en l’espace d’une année, le peuple burkinabè, particulièrement sa frange jeune, est venu à bout de  la volonté d’un chef d’Etat de s’accrocher au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle avant de faire pièce en septembre 2015 à un putsch contre le gouvernement de la Transition.

Deux actes héroïques couronnés par des élections libres et transparentes à l’issue desquelles le perdant, dans une élégance démocratique peu connue sous les cieux africains, s’est rendu au siège de son adversaire pour le féliciter. Et cela bien avant la proclamation officielle des résultats.

C’est peut-être cette expérience burkinabè que Macron voudrait voir s’étendre à toute l’Afrique.

 

Alain Saint Robespierre

   

 

       

    

 

  • Embarcation de fortune

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