Mutinerie à Bobo : «Nous sommes venus vous demander pardon pour le sang versé»
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La vie est en train de reprendre peu à peu son cours normal à Bobo-Dioulasso trois jours après cette descente musclée du RSP, des parachutistes commando de Dédougou et de la gendarmerie sur le camp Ouezzin-Coulibaly ; une intervention salutaire pour bon nombre des habitants de Sya et qui aura surtout permis de rétablir l’ordre et la sécurité dans une ville qui était en proie à une mutinerie de jeunes soldats. Une mission gouvernementale est arrivée hier à Sya pour rencontrer les autorités religieuses et coutumières mais aussi pour constater l’ampleur des dégâts occasionnés au cours de cette mutinerie.
La ville de Sya vit actuellement un ballet incessant d'autorités politiques et militaires quelques jours après cette action gouvernementale menée par des éléments des forces de défense et de sécurité qui aura permis de mettre fin à cette mutinerie qui troublait la quiétude des populations. Après la haute hiérarchie militaire, conduite par le chef d’état-major général des armées samedi, c’est une délégation gouvernementale qui était hier à Bobo-Dioulasso.
Conduite par le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la sécurité en présence du chef d’état-major particulier de la présidence du Faso, le général Gilbert Diendéré, la mission a eu à rencontrer des personnes-ressources de la ville, des victimes, des blessés et à mesurer l’ampleur des dégâts en certains endroits. Les notabilités coutumières constitueront les premières destinations de la délégation gouvernementale.
A Dioulasso Ba comme à Dagasso, le message livré a été le même de la part des émissaires du président du Faso et du Premier ministre. Dans son intervention, le chef de la délégation, le ministre Jérôme Bougouma, a d’abord tenu à situer cette mission, qui consistait à «exprimer les regrets du président du Faso et du gouvernement pour cette malheureuse situation de mutinerie vécue au cours de la semaine dernière mais aussi pour la mort de militaires et de la jeune fille dans le cadre des actions menées par l’Etat pour le rétablissement de l’ordre et de la sécurité dans la ville».
Plus d'un milliard de francs CFA parti en fumée à l’intendance militaire
Cette rencontre avec les autorités coutumières a été l’occasion pour le ministre Bougouma de rappeler les multiples démarches entreprises par le gouvernement pour, dit-il, «éviter l’usage de la force» dans la résolution de ces mutineries qui affectent depuis un certain temps les casernes au Burkina. Mais il a surtout déploré le fait que, contrairement à la plupart des autres régions où les mutins ont manifesté dans leur caserne, à Bobo les populations étaient prises en otage par des soldats qui continuaient à troubler leur quiétude, à piller et à saccager.
Face donc à l’ampleur du mouvement et aux conséquences qui en découlaient, l’option militaire n’était pas à écarter. Et le ministre de l’Administration territoriale a exprimé ses profonds regrets aux chefs coutumiers pour ce qui est arrivé vendredi à Bobo avant de livrer la quintessence du message gouvernemental en ces termes : «Nous sommes venus vous demander pardon pour le sang versé sur la terre sacrée de Bobo». Une démarche hautement appréciée par la chefferie coutumière mais aussi par les autorités religieuses qui ont également eu des échanges avec la délégation gouvernementale.
La mission conduite par le ministre Jérôme Bougouma est allée à Kuinima présenter ses condoléances à la famille de la jeune Djénéba Sanou, fauchée par une balle perdue, à l’hôpital Souro Sanou voir les blessés et surtout au camp Ouezzin Coulibaly pour mesurer l’ampleur les dégâts. L’intendance militaire a été l’une des principales cibles des mutins : ici, le spectacle était tout simplement désolant avec le magasin de stockage qui a été littéralement détruit par des flammes provoquées par un tir de roquette ; plus de 500 tonnes de riz ont été pillées ou brûlées de même que toute la réserve nationale en équipements militaires dont le montant est estimé à plus d’un milliard de nos francs.
Le moins que l’on puisse dire est que la déception était véritablement à son comble avec ces dégâts occasionnés par les soldats mutins. Des membres de la délégation se sont demandés ce qui a bien pu pousser les vandales à une telle extrémité. Ce qui est sûr cette action des mutins laissera au sein de la deuxième région militaire et même de l’armée nationale des plaies difficiles à cicatriser. Mais dans tout ça, qui va payer la note ? Encore et toujours les pauvres contribuables.
Jonas Apollinaire Kaboré

