Evacuations sanitaires par l’Etat : Le Niger nous montre la voie
- Écrit par Webmaster Obs
L’annonce a provoqué un concert d’approbations dans le ciel clair nigérien, même si on imagine qu’en pareille circonstance, elle fait aussi des sceptiques : le gouvernement nigérien vient de décider, et en Conseil des ministres, que tout dossier médical d’évacuation sanitaire serait désormais soumis à l’avis préalable de l’Hôpital général de référence, qui indiquera la nécessité ou pas de faire recours aux hôpitaux à l’étranger.
La nouvelle a été donnée par le président lui-même, qui a précisé : « Pour montrer le bon exemple, il a été décidé que, désormais, les ministres et les députés ne feraient l’objet d’évacuation aux frais de l’Etat que dans la mesure où les prestations concernées ne peuvent être fournies par l’Hôpital général de référence.» D’un coût global de 44 milliards de francs CFA et sis sur un espace de 16 hectares, ce centre sanitaire dispose d’une trentaine de spécialités. Cerise sur le gâteau, il a aussi une piste d’atterrissage d’avions.
Une fois n’est pas coutume : voilà remise sur la table, pardon, sur le brancard, la délicate question de l’évacuation des agents et personnalités de l’Etat sous nos tropiques. En effet, pas un mois ne passe sans qu’on apprenne par les canaux officiels ou officieux qu’un bonze de l’Etat est parti dans tel pays, la plupart du temps occidental, pour se soigner ou pour, excusez du peu, un check-up, entendez par là un bilan de santé. Et aux frais du contribuable !
Même pour un simple rhume des foins, on s’envole pour une consultation outre-Méditerranée. Si le besoin de soins ignore les frontières, il n’en demeure pas moins que, pour une certaine opinion, cette frénésie dénoterait le peu de confiance de nos gouvernants en nos structures sanitaires, qu’ils ont pourtant la responsabilité de développer et de promouvoir.
Il nous revient en mémoire l’évacuation du vice-président du Ghana, Mahamudu Bawumia, au Royaume-Uni, qui n’a visiblement pas été du goût de ses compatriotes, lesquels ont trouvé que ce n’était ni plus ni moins qu’une preuve de l’échec de la politique sanitaire.
Le gouvernement ghanéen, face à la grogne, s’est vu obligé de s’expliquer et a brandi cet argument, spécieux avouons-le : son transfert viserait à lui assurer un bon repos en l’éloignant des nombreuses visites, qui pourraient le gêner pendant sa convalescence. Le contre-exemple à pareille façon de faire est la belle image d’un président tanzanien (John Pombe Magufuli) au chevet de son épouse hospitalisée dans un hôpital public de Nairobi et qui en a même profité pour rendre visite à d’autres malades.
Irons-nous, pour autant, tous à l’école du Niger et du président de la patrie de Julius Nyerere ? Notre voisin de l’Est réussira-t-il sa mue et son exemple fera-t-il tache d’huile dans les autres pays de la sous-région ? Rien n’est moins sûr ! On pourra bien appliquer la mesure au pauvre petit fonctionnaire insuffisant rénal du côté de Yalgado, mais en fera-t-on de même concernant un président d’institution ou un responsable de société d’Etat dont le porte-monnaie se confond souvent au budget du service ? Attendons de voir.
Et comme on ne peut applaudir d’une main, applaudissons des deux pour accueillir cette singulière décision des autorités nigériennes en espérant que les nôtres en prendront aussi de la graine, ne serait-ce qu’en pensant à ériger un centre de santé de même qualité. Et basta la fausse modestie !
Issa K. Barry