Conférence sur la rémunération des fonctionnaires : Une nouvelle pomme de discorde, selon l’opposition
- Écrit par Webmaster Obs
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La conférence sur la réforme du système de rémunération des agents publics de l’Etat, qui s’est achevée le 14 juin dernier, a été le principal sujet du point de presse de l’opposition de ce mardi 19 juin 2018. Jean-Hubert Bazié du parti Espoir et Yumanli Lompo, le président du Parti national des démocrates sociaux (PNDS), les deux responsables qui se sont présentés devant la presse, ont à cette occasion dit tout le mal qu’ils pensaient de cette grand-messe de la Fonction publique qui, selon eux, n’aura pas tenu ses promesses.
Pour endiguer la fièvre des revendications qui s’est emparée de l’administration publique depuis un certain temps, le gouvernement a sorti de son chapeau la conférence sur la rationalisation du système de rémunération des agents de la Fonction publique, qui a eu lieu du 12 au 14 juin 2018. Si à l’issue des travaux ses initiateurs en ont dressé un bilan satisfaisant avec la ferme promesse que ce rendez-vous va marquer un nouveau départ pour la Fonction publique burkinabè, cette lecture des plus optimistes n’est pas partagée par tous, notamment par l’opposition politique qui, elle, fait un bilan mitigé de ce conclave.
Joignant sa parole à celle des syndicats qui ont refusé de s’asseoir à la table des discussions, le CFOP, dans sa déclaration liminaire lue par Jean-Hubert Bazié, estime que certains participants à ce rendez-vous n’y avaient pas leur place : « Les agents publics sont liés à leur employeur (l’Etat) par un contrat. On ne voit pas les raisons qui militent en faveur de la présence de certaines forces vives, sauf à les instrumentaliser dans le sens d’une confrontation entre les travailleurs ». Au contraire, l’opposition politique pointe l’absence de certains syndicats, « les plus concernés », faisant que l’épineuse question du fonds commun a été discutée par des personnes qui avaient des « opinions très tranchées ». Les conférenciers du jour notent à ce propos que la nouvelle formule du fonds commun (plafonnement à 25% des salaires et indexation sur les pénalités et amendes) risque de radicaliser les agents concernés et serait par ailleurs contestable du fait du principe de la non-affectation des recettes aux dépenses, principe au nom duquel il est interdit à l’Etat de déterminer des recettes particulières du budget pour les affecter à des dépenses particulières. Par ailleurs, soutiennent les opposants, les textes communautaires, notamment la directive UEMOA de 2009, disposent que le FC est désormais indexé à un seuil maximum, 7% des recettes propres et 3% de la trésorerie nette et non pas sur les amendes et pénalités ou sur autre chose.
La suppression préconisée de certaines institutions comme le médiateur du Faso ou le CES, qui a été présentée comme une idée nouvelle, n’en est pas une selon le CFOP qui souligne que la même proposition avait été faite sous la Transition à travers l’adoption d’une batterie de mesures tendant à réduire le train de vie de l’Etat.
L’opposition politique dénonce également « la confusion, peut-être entretenue, entre les déclarations de certains participants et le contenu du rapport synthétique de la conférence ». En effet, alors que certains annoncent une augmentation de salaire pour 80% des travailleurs, il n’en est fait aucune mention dans le rapport final. Idem pour l’annonce faite par le Premier ministre et le ministre de l’Economie sur le fait que même les rémunérations des hauts responsables de l’Etat sont concernées par la mise à plat. L’opposition critique d’ailleurs le fait que tous les travailleurs ne soient pas concernés, ceux qui bénéficient de statut particulier n’ayant pas été touchés par ce grand ménage.
Par ailleurs, l’opposition constate que les propositions ne sont pas chiffrées, ce qui dénote à son avis une impréparation de la conférence qui n’est d’ailleurs qu’une conférence de plus qui crée une autre pomme de discorde entre le gouvernement et certains partenaires sociaux.
Appel à la dissolution des OSC politiques
La tournée effectuée par le député Abdoulaye Mossé du MPP dans les régions pour tenir des meetings de soutien des OSC au PNDES a donné l’occasion à l’opposition de dénoncer une politisation des OSC par le pouvoir en vue de « diviser pour mieux régner ». « Cette manipulation est une violation des lois de la République, car une association n’a pas vocation à faire de la politique, encore moins à chanter les louanges d’un quelconque régime ». Elle appelle par conséquent à la dissolution des OSC politiques.
L’arrestation de l’activiste Naïm Touré pour avoir publié sur un réseau social des propos susceptibles d’appeler à la révolte au sein des FDS s’est invitée sur la table. L’opposition dit comprendre le trublion qui ne faisait que dénoncer le laxisme des autorités face au besoin d’évacuation d’un gendarme blessé pendant l’assaut contre une cellule terroriste à Rayongo le 22 mai.
Hugues Richard Sama
