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Crise sécuritaire à l’Est : «Je ne suis ni terroriste ni complice des terroristes… »(Amadou Bandé, cheikh de Tanwalbougou)

Crise sécuritaire à l’Est : «Je ne suis ni terroriste ni complice des terroristes… »(Amadou Bandé, cheikh de Tanwalbougou)

Le cheik de Tanwalbougou, localité située à environ 50 km de Fada, est sorti de son silence le 24 juillet 2020 à son domicile de Ouaga. Dans une déclaration, Amadou Bandé, sur qui pèsent des soupçons d’accointances avec les terroristes, a livré sa part de vérité. « Je ne suis ni terroriste, ni complice des terroristes, ni un bras financier du terrorisme », a déclaré le guide religieux de 68 ans, qui semble être dans le viseur des forces de l’ordre. Après avoir été brièvement interpellé le 14 mars 2019 puis relâché avec des excuses, le 29 juin 2020 son quartier à Tanwalbougou a été l’objet d’une opération  de fouille des FDS. Nous vous proposons in extenso sa déclaration, lue par un porte-parole, l’intéressé ne s’exprimant qu’en fulfuldé.

 

 

Bismillahi wal hamdullahi wa sallahou ala imam moursalina.

 

Chers journalistes, avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais me présenter pour me faire  connaître.  Je m'appelle Amadou, fils de Boubakari, petit-fils de Barke, arrière-petit-fils d'Ousmane, arrière-arrière-petit-fils de Belko Bandé, tous des Burkinabè. Je suis plus connu par le surnom Tokora Mobbo, Cheikh de Tanwalbougou.

Ma famille appartient au clan Ba des Peulhs, elle vécut longtemps dans la ville de Ouagadougou, ex-quartier Bilbambili. Le clan des Ba est une famille maraboutique, et celui des Diallo une famille princière.

Elle entretenait des relations privilégiées avec la cour du Moro Naaba. Mon aïeul Belko fut un des conseillers de Naaba Boukari Koutou. Belko Bandé fut aussi l'Imam de la mosquée alors située au sein de la gare du train et les vestiges de cette mosquée sont toujours présents.

A cette époque, trois grandes familles peulhs étaient en relation avec la cour royale de Ouagadougou : ce sont les familles Diallo de Barkoundouba, de Boudtenga et la nôtre, la famille Bandé de Bilbambili.

Ma mère s'appelait Mariam Guidado Barry, fille de Lobourou Boulhabou Derra et originaire du Yagha. Ma grand-mère est d'ethnie yarga et originaire de Zitenga dans la région du Plateau central.

Je fais ce tracé généalogique de ma famille pour vous dire que je suis Burkinabè, que le Burkina Faso est ma chère patrie et que je ne la trahirai jamais,  car comme le dit le hadith du prophète Mohamed S.A.W, « l'amour de la patrie est un acte de foi ». Le patriotisme est une chose requise en islam et je suis un patriote burkinabè.

Le peuplement et l'urbanisation de Ouagadougou ont amené mes parents à quitter le quartier Bilibambili pour le quartier Yaaka puis pour Kourougou dans le Ganzourgou, et enfin  pour le Gourma. Je suis né en 1952 à Dipienga dans la province de la Gnagna.

S'agissant de mon cursus spirituel, j'ai étudié le Coran pendant 21 ans et mon premier maître fut le Cheikh Baba, fils de Baba Sidi de Mansila.

C'est le père de mon maître qui m'a élevé au rang de guide religieux dans la confrérie Tidjania. Du reste, je suis et demeure un maître coranique d'obédience Tidjani.

Dans la vie courante, je suis promoteur d'école franco-arabe, éleveur,  transporteur et membre d'une association d'éleveurs et agriculteurs.

Je réside depuis 36 ans à Tanwalbougou. En tant que guide religieux, je m'attache au respect des principales finalités de notre religion l'islam. Elles sont au nombre de six et consistent à préserver :

1- La foi;

2- La vie;

3- L'honneur;

4- La raison;

5- Les biens;

6- La liberté.

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

J'ai tenu aujourd'hui à rompre le silence que m'imposent mes lourdes charges de guide religieux pour m'exprimer sur le drame humain que vivent les habitants de Tanwalbougou et singulièrement les événements tragiques survenus le 29 juin 2020 qui ont causé la mort de 07 personnes et fait plusieurs blessés et déplacés.

Je souhaiterais ne pas me prononcer sur le volet judiciaire de la situation, mais donner ma lecture des évènements. Ma position sur le terrorisme est claire: Je ne suis ni terroriste, ni complice des terroristes, ni un bras financier du terrorisme. Je rejette toute forme d'extrémisme violent. J'ai la conscience tranquille et j'ai fait de mon mieux pour sensibiliser aux méfaits de l'extrémisme violent. Mes prêches sont constamment contre l'extrémisme violent et je ne cesse d'exhorter mes fidèles à ne jamais soutenir les terroristes, car « leur action est haram ».

Sur le plan politique, je suis neutre ; je ne milite pas dans un parti politique.

De ce qui précède, il va sans dire que nous soutenons la lutte engagée par notre armée nationale contre le terrorisme et contre toutes les forces du Mal dans notre pays. Dans cette lutte légitime, nous avons vécu des dérives que nous dénonçons. 

Cette lutte contre le terrorisme doit être menée avec beaucoup de discernement pour ne pas verser du sang innocent. Je ne protège aucun de ceux qui ont porté des armes contre notre pays, soit-il mon propre fils. Mais il faut agir sur la base d'informations crédibles, vérifiables et respecter la présomption d’innocence afin de préserver le socle social du vivre-ensemble hérité de nos ancêtres.

Il faut impliquer les notabilités de toutes les communautés dans cette lutte. Car le revers de la médaille de toute lutte contre le terrorisme qui ne fédère pas l'ensemble des communautés du Burkina Faso, c’est immanquablement le renforcement des terroristes. Le recrutement devient alors facile malheureusement.

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Qu'est-ce qui s'est passe le 29 juin à Tanwalbougou ?

Lundi vers 6 h du matin et pendant 3 h, mon quartier a reçu la visite surprise des FDS avec une douzaine de véhicules, une trentaine de motos et un char de combat. Ils ont ordonné que toutes les maisons soient ouvertes pour des fouilles. Toutes les maisons ont été ainsi fouillées de fond en comble sans qu'on n'y découvre le moindre objet suspect. Même les poulaillers ont été fouillés. Rien n'a été trouvé, et rien n'y sera jamais trouvé, car nous n'avons aucune sympathie pour les terroristes. Il en sera toujours ainsi.

Des pièces d'identité ont été retirées et emportées, mes proches violentées et 12 personnes embarquées Manu militari. Informé de cela,  j'en ai saisi les autorités dont le gouverneur.

Le 30 juin, j'ai été informé que cinq des 12 enlevés sont abandonnés en piteux état vers Matiacoali.

Ce sont les rescapés qui nous ont informés de la mort des 7 autres. Le communiqué ministériel confirme qu'ils ont été tués par balles. Les demandes d’identification des corps et d’inhumation a été faite aux autorités. La récente «Journée de dialogue intercommunautaire pour la paix (JDIP) de Fada,  du 14 au 15 juillet 2020, a pris une résolution sur la nécessité d'offrir une sépulture aux restes des 7 tués, dont les corps ont été abandonnés aux charognards et aux chiens.

A ce jour, nous avons tous quitté la localité, fermant ainsi mosquée et école de plus de 140 élèves. Cet événement a causé le déplacement de plus de 500 personnes dans notre quartier seulement. Et d'autres s'y affairent encore.

En rappel, le 14 mars 2019 déjà à Fada, mon domicile avait été fouillé manu militari, les portes forcées sans que rien de suspect ait été trouvé et 24 autres personnes et moi avons été interpellés puis relâchés quelques heures après.

L’autorité m'avait présenté ses excuses que j'avais alors acceptées.

Que me reproche-t-on? Deux choses :

Premier reproche, pourquoi les terroristes ne m'ont pas encore attaqué?

Deuxième reproche, si je ne suis pas attaqué, c'est parce que je fais un «double jeu ».

Depuis le début des actes terroristes en 2015, plus de 100 mosquées Tidjanies ont été fermées par les terroristes parmi lesquelles celle de mon Cheikh dont le tombeau fut profané.

Tout musulman doit savoir que le lien qui existe entre le Cheikh et son disciple est plus fort que celui entre un fils et son père biologique, en islam soufi.

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Maintenant une question : qui parmi vous peut collaborer avec celui qui a profané la tombe de son père? Certainement aucun je pense.

Cette calomnie du «double jeu »voudrait dire que je suis responsable de la profanation du tombeau de mon Cheikh et de la fermeture des mosquées. Soubhan Allah. Soubhan Allah, Soubhan Allah.

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Soyez tous témoins encore : je ne suis pas   un terroriste et je ne collabore pas avec les terroristes ni hier ni aujourd'hui ni demain. Ce sont ceux qui ignorent l'islam qui vous diront cela. Le terrorisme, c'est d’abord une foi altérée, l'oisiveté et le manque d'éducation.

Soyez témoins encore : je dis ceux qui m'accusent sont soit induits en erreur ou de mauvaise foi •••

Le 29 juin pendant les fouilles de mon domicile, un des soldats disaient en langue mooré : seul un terroriste peut avoir une telle réalisation immobilière en pleine campagne.

Pour l'histoire, retenez que je fais partie de ceux qui ont mené les démarches pour implanter le poste de gendarmerie de Tanwalbougou. Ma communauté et moi avons contribué à sa construction.

Et à la demande des gendarmes  j'ai personnellement équipé le poste en éclairage solaire et en poste de télévision. Nous avons pendant longtemps entretenu de bonnes relations avec les équipes des gendarmes qui se sont succédé à ce poste.

Ceux qui connaissent un peu l'islam savent que nous, Tidjanes, ne partageons pas la même doctrine que les terroristes. La violence, sans raison légitime, est exclue en islam. Je n'exige pas de couper les pantalons, de porter un voile intégral et de laisser pousser la barbe. Je ne contrains personne ni par la parole ni par les armes de devenir musulman. C'est illicite en islam. Nul contrainte en religion, nous enseigne le Saint-Coran.

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Pour finir, aux FDS je souhaite du courage et du succès dans leur combat contre ce mal qui endeuille quotidiennement nos familles. Qu'Allah réconforte les familles endeuillées.

Je voudrais aussi remercier toutes les structures nationales et internationales qui oeuvrent dans la protection des droits de l'homme et des citoyens.

Que la paix revienne au Burkina, que le vivre-ensemble qu'ont connu nos ancêtres et nos pères nous revienne, que les stigmatisations cessent et que le terrorisme soit bouté hors de nos frontières. Amina. 

Vive le burkinlim

Vive le Burkina Faso

Wa salam.

 

Ouagadougou, le 24/07/2020

 

 

 

Encadré

«Seul Dieu me protège»

 

La déclaration du dignitaire religieux n’était pas suivie de questions, mais nous avons saisi une petite occasion pour poser deux questions au dignitaire controversé : confirmez-vous que votre domicile de Tanwalbougou est gardé par des hommes en armes ?  Est-il vrai que vous avez réuni des responsables de village pour leur demander de s’opposer à la présence des VDP dans la localité ? « Mon domicile n’est pas gardé par des hommes armés. Je n’en ai pas besoin. Seul Dieu me protège, et je fais confiance aux FDS », « je suis prêt à travailler avec les FDS et avec les VDP à condition qu’ils agissent sur la base de renseignements clairs et qu’ils évitent la stigmatisation », répond-il successivement.

 

H.R.S.

 

Dernière modification lelundi, 27 juillet 2020 22:50

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