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Procès du 28-Septembre : Ce n’est pas un prétoire mais un foutoir

Suspendu le 21 décembre dernier, le procès du 28-Septembre, en référence au massacre du 28 septembre 2009 à Conakry, « au stade du même nom », pour emprunter une expression en vogue au sein du tribunal criminel de Dixinn, a repris hier lundi 9 janvier 2023.

 

A la barre, toujours l’ancien chef de la junte militaire, Moussa Dadis Camara, qui comparaît pour la sixième fois devant le président Ibrahima Sory  Tounkara.

Poursuivi pour « complicité d’assassinats, de meurtres, coups et blessures volontaires, viols, incendies volontaires, pillages, enlèvements et séquestrations », le vibrionnant capitaine est resté droit dans ses bottes : rien à voir avec la répression sanglante qui a fait 157 morts, selon le bilan officiel, auquel s’ajoutent des cas de viols et de pillages.

En attendant la comparution des trois derniers prévenus, tous les neuf autres qui se sont présentés à la barre ont plaidé non coupables.

Du sous-officier à l’officier supérieur, personne n’a donné l’ordre de tirer sur la foule rassemblée pour s’opposer à la candidature de Moussa Dadis Camara à la présidentielle qui se profilait. Personne non plus n’a tiré sur les manifestants. Personne encore n’a donné l’ordre de soustraire des corps pour aller les ensevelir dans une fosse commune.

Jusque-là, les occupants du box des accusés nous ont gratifiés d’un navrant spectacle au cours duquel les acteurs s’accusent mutuellement de tous les péchés du CNDD, l’organe dirigeant de la junte, le tout  sur fond de complot, de jalousie, de considérations ethniques et de pouvoirs mystiques.

Dans ce véritable jeu de massacre entre co-accusés, le tribunal, les avocats de la partie civile comme de la défense, en prennent pour leurs toges ou leurs robes.

La solennité, qui a toujours été le propre de toute audience criminelle, est bafouée par des accusés sans le moindre respect de la mémoire des victimes ni une once de compassion pour les familles endeuillées.

A ce sujet, s’il fallait décerner le bonnet d’âne des convenances devant le prétoire, Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba et Moussa Dadis Camara en seraient les deux grands prétendants. 

L’un comme l’autre, à coups de mépris, de pitrerie, de bravade, d’arrogance, d’amour-propre, de références coraniques ou bibliques, ont fini par transformer le prétoire en un véritable foutoir.

Au grand dam des familles des victimes qui ont pendant longtemps attendu la tenue  du procès dans l’espoir d’obtenir la lumière sur les événements de ce lundi noir.

Dans cette tragi-comédie où des prévenus se piquent à apostropher des avocats, dont certains en rajoutent à un show déjà peu ragoûtant, et un président du tribunal à la peine pour asseoir son autorité dans une cohue indescriptible, oui dans ce méli-mélo aux allures de discussions sous l’arbre à palabre, la vérité du tribunal sera-t-elle celle de l’histoire ?

La question mérite d’être posée quand on sait qu’au cours des enquêtes, du moins ce qui en tient lieu, aucune autopsie des corps n’a été pratiquée. Par conséquent, ni le parquet, ni la partie civile ne disposent de preuves balistiques, en ce qui concerne les victimes par balles, ou de tout autre moyen scientifique pour soutenir les accusations.

Or selon les principes du droit,  le jugement pénal est fondé sur la présentation de preuves irréfutables.

 

Alain Saint Robespierre

Dernière modification lemardi, 10 janvier 2023 22:37

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