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Procès putsch manqué : Tous soulagés !

Procès putsch manqué : Tous soulagés !

S’il fallait trouver un mot pour résumer  le sentiment le mieux partagé aujourd’hui 27 février 2018 au Burkina Faso, ce serait celui-ci : soulagement ! 

 

Soulagement d’abord pour le général Gilbert Diendéré et ses quatre-vingt-trois coaccusés qui ont enfin l’occasion de s’expliquer publiquement  sur les faits qui leur sont reprochés ;

Soulagement aussi du côté des parents des victimes (morts et blessés) qui, depuis plus de deux ans,  attendent ce moment de vérité qui devrait permettre de savoir, entre autres, qui a ordonné quoi et qui a fait quoi dans ce qui est arrivé à leurs proches ;

Soulagement ensuite pour la justice militaire d’être enfin sortie de la tumultueuse et laborieuse phase d’instruction au cours de laquelle elle n’a pas toujours donné l’image d’une institution indépendante et  rompue à la tâche.

Ce procès sera, in fine,  le sien puisque  sa crédibilité y est en jeu.

Soulagement enfin pour l’opinion publique nationale qui a hâte de connaître le fin mot de cette affaire à la fois claire et obscure :

«claire» puisqu’il s’agit d’un coup d’Etat assumé par l’ancien chef d’état-major de la présidence ;

«obscure», car jusque-là on ignore le (ou les) commanditaire(s) du pronunciamiento du 16 septembre 2015 et on ne sait toujours  pas grand-chose des degrés de complicité de certains officiers de la haute hiérarchie militaire au moment des faits.

S’il est certain que ce procès tiendra tout le pays en haleine, nombreux étaient pourtant ceux qui, avant l’audience de confirmation des charges débutée fin octobre 2017,   ne croyaient pas à sa tenue effective :

d’abord parce que, pour certains, faire parler la boîte noire du régime de Blaise Compaoré, c’est prendre le risque de remuer de la merde qui pourrait entacher  bien des tenants du pouvoir actuel, voire des personnalités religieuses et coutumières.

D’ailleurs, le général Diendéré, puisque c’est de lui qu’il s’agit ici, n’a-t-il pas dans un premier temps exigé l’inculpation de bien des chefs militaires avant de se résoudre à les citer comme ses  témoins, parmi lesquels on compte le chef de l’Etat en personne,  le Moro Naaba, chef des Mossi,  les anciens ambassadeurs de France Gilles Thibault et des USA  Tulinabo Mushingi   pour ne citer que ceux-là ?

Ensuite, parce que pour d’autres, le dossier étant politique par essence, il serait géré mouta-mouta. Ne dit-on pas que quand la politique entre au prétoire, la justice en sort ? 

On peut donc se féliciter de l’effectivité du procès tant attendu et dont on espère qu’il jettera une lumière crue sur cette période sombre de notre histoire récente.

Mais au-delà de l’événement même, c’est la conduite des débats qui sera déterminante dans la manifestation de la vérité, dans un dossier où chacun a sa vérité, ses coupables et ses sanctions.

Il faudra donc au tribunal, qui ne le sait que trop, et à l’opinion publique,  beaucoup de patience pour permettre aux quatre-vingt-quatre accusés de s’expliquer longuement, s’exprimer largement, quitte à faire dans la digression comme cela se passe dans tout procès digne de ce nom.

Autre facteur indispensable à la manifestation de la vérité : la sérénité du juge. 

Et là, rien n’est gagné d’avance.

En effet, depuis quelques semaines, la classe politique et le monde des OSC sont de nouveau à cran. Aux déclarations à charge ou à décharge répondent  les conférences de presse pour réclamer des têtes toutes désignées ou dénoncer un procès politique.

De part et d’autre, les différents camps fourbissent leurs armes :

d’un côté,  on lève des bataillons de supporters à Réo, Nouna et Yako qui vont débarquer à  Ouagadougou  à grand renfort de posters géants ; 

de l’autre, le MPP, pour ne pas le citer, a lui aussi sonné le rassemblement de ses troupes pour prendre d’assaut la salle des banquets afin de se faire entendre.  

Tous ces agissements s’ajoutent aux pressions de toutes sortes qui s’exercent déjà sur les juges et ne sont pas de nature à favoriser la manifestation de la vérité.  

Pour tout dire, s’il y a quelqu’un à plaindre, c’est  bien le président de la Cour, Seydou Ouédraogo.  

A l’obligation quasi surhumaine de rester insensible et imperturbable face à toutes ces tentatives d’intimidation s’ajoute cette mission traditionnelle de « rendre la justice au nom du peuple » comme le lui impose la Constitution.

Mais comment,  sur ce dossier précis,  rendre la justice au nom d’un peuple divisé contre lui-même ?     

 

Alain Saint Robespierre

Dernière modification lemardi, 27 février 2018 22:09

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