Terre d'asile pour migrants déboutés : Une hypocrisie bien organisée
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Il aura suffi d’une visite officielle de Bola Tinubu au Royaume-Uni pour que resurgisse, le temps de quelques poignées de main et de déclarations bien calibrées, la question des migrants africains déboutés du droit d’asile. Une cause entendue, dit-on. Vraiment ? Car pendant que les discours diplomatiques s’enchaînent, la réalité, elle, ne change pas : l’Occident ne veut plus de ces migrants, mais ne sait plus comment se débarrasser d’eux sans entacher son image.
Il y a bien eu, en 2024, cette décision de la Cour suprême du Royaume-Uni, venue rappeler que l’on ne déporte pas des êtres humains vers des pays jugés non sûrs comme on expédie des colis encombrants. Un rappel à l’ordre juridique, certes, mais certainement pas un changement de fond. Car en dépit des principes affichés, les stratégies demeurent : externaliser, contourner, déplacer le problème. Toujours ailleurs. Jamais chez soi.
Et voilà que surgit l’accord du 19 mars à Londres : on parle désormais de “retour digne”. L’expression est belle. Presque rassurante. Mais elle sonne aussi comme un aveu. Celui que, jusqu’ici, ces retours ne l’étaient pas. On célèbre une avancée diplomatique. En réalité, on maquille une évidence : quand on ne peut plus expulser n’importe comment, on s’organise pour le faire proprement.
Dans ce grand théâtre migratoire, le Rwanda a longtemps joué le rôle du partenaire modèle. Accueillir des migrants refoulés d’Europe contre compensation financière : une équation aussi simple que dérangeante. Une sorte de sous-traitance de l’asile, où la solidarité se négocie à coups de millions. Mais, même ce modèle a fini par faire grincer des dents. Le projet avec Londres a capoté, laissant place à un bras de fer financier. Comme si, au fond, tout cela n’avait jamais été qu’une affaire de contrats — et non de vies humaines. Et c’est bien là que le malaise s’installe.
Car derrière les mots policés — “accueil”, “réinstallation”, “coopération” — se cache une vérité beaucoup moins reluisante : le migrant n’a, dans cette histoire, pratiquement jamais voix au chapitre. On décide pour lui, sans lui. On choisit sa destination, son avenir, parfois même son retour. On lui explique qu’il sera “mieux” ailleurs. Mais depuis quand choisit-on à la place de quelqu’un l’endroit où il devra reconstruire sa vie ?
À force de vouloir gérer les migrations comme un problème logistique, les États finissent par franchir une ligne dangereuse : celle où l’humain devient secondaire, presque accessoire. Alors oui, on peut continuer à signer des accords, à parler de dignité retrouvée, à se féliciter de solutions “équilibrées”. Mais tant que le principal concerné restera absent de l’équation, ces politiques auront un goût amer : celui d’une hypocrisie bien organisée.
Issa K. Barry
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