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Investiture de George Weah : Good luck, Mr. President (1)

Investiture de George Weah : Good luck, Mr. President (1)

Y avait-il enceinte plus symbolique qu’un stade  pour celui qui en  fut l’un des dieux, écrivant sa légende sur de nombreux terrains de football à travers le monde comme  au « Tonnerre de Yaoundé », à l’AS Monaco, au PSG et à l'AC Milan et qui demeure à ce jour le seul Africain « Ballon d’or » ?

 

En effet, c’est au stade Samuel K. Doe que  George Weah a été investi,  hier lundi 22 janvier 2018, 25e  président du Liberia. Une cérémonie de prestation de serment qui a eu lieu en présence d’une bonne brochette de chefs d’Etat africains, d’anciennes stars du football comme l’Ivoirien Didier Drogba, le Camerounais Samuel Eto’o et les Nigérians Sunday Oliseh et Taribo West et, surtout, d’une impressionnante foule hystérique, à l’image de celles qu’il a su soulever dans les enceintes sportives.

Exception faite du cas Mandela, de nombreux observateurs s’accordent à dire que jamais investiture présidentielle aura été aussi populaire que frénétique.

Cette effervescence généralisée tient sans nul doute à la personnalité de l’impétrant, qui est parvenu à se hisser à la plus haute marche du podium républicain alors que rien, absolument rien, ne prédestinait cet enfant de bidonvilles, sans instruction et élevé par une grand-mère, à un tel exploit.

Elle tient également au fait que c’est la première fois, depuis plus de 70 ans, qu’une transition pacifique s’opère dans ce pays mais aussi à un sentiment d’appartenance socioethnique.

En effet, depuis la création de toutes pièces du Liberia en 1822 pour accueillir d’anciens esclaves noirs affranchis, c’est la deuxième fois qu’un « Native », entendez par là un autochtone, accède à la plus haute charge de l’Etat. La première fois, ce fut avec Samuel K. Doe (1980-1990).

La troisième tentative ayant été la bonne après deux échecs (en 2005 et en 2011), c’est donc un nouveau match qui commence pour ce renard des surfaces dont les coups de reins, les dribbles chaloupés et les accélérations fulgurantes ont donné le tournis à bien des défenseurs.

Pour avoir écrit sa légende dans les stades, « Mister George » est bien placé pour savoir que les supporteurs enfiévrés qui vous portent aux nues aujourd’hui seront les mêmes qui, à la moindre contre-performance, vous destineront au bûcher, comme ce fut le sort de tant d’autres idoles.

Celui qui est allé, la veille de l’ « inauguration day », à la messe dominicale avec la présidente sortante, Ellen Johnson Sirleaf, en compagnie de leurs vice-présidents respectifs, Jewel Howard Taylor et Joseph Boakai, sait également que le Christ a été crucifié à la demande du même peuple qui lui lançait, dévot : « Hosanna, ô fils de David. »

On touche du bois, certes, mais force est de reconnaître que si la partie a commencé sur un terrain connu, elle va tout de suite, et pour les six ans à venir, se jouer sur un autre que l’ancien virtuose du ballon rond maîtrise moins bien, et c’est même un euphémisme.

Ce nouveau pari de George Weah est d’autant plus périlleux qu’il vient d’être porté à la tête d’un pays qui ne s’est pas encore remis du traumatisme consécutif aux quinze ans de guerre civile et aux ravages des deux années d’épidémie d’Ebola.

Alors qu’il vient de prendre l’engagement de se mettre au service de toute la nation, il doit constamment avoir à l’esprit ces chiffres qui en disent long sur l’énormité de la tâche qui l’attend : environ 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et moins de 2% ont accès à l’électricité, 80% des jeunes vivent d’emplois précaires, seulement 25% de la population ont accès à l’eau potable dans ce pays classé 177e/188 suivant l’Indice de développement humain du PNUD.

Et que dire, si on ajoute à ces ratios à vous saper le moral, l’indigence endémique en matière d’infrastructures routières, sanitaires et scolaires ?

Après avoir chaussé des crampons et fait rêver des millions de fans, le moment est donc venu pour George Weah de se retrousser les manches pour ne pas décevoir les très nombreux espoirs nés de son avènement au pouvoir.

Good luck, Mr. President !         

   

Alain Saint Robespierre

 

(1)    « Bonne chance, M. le président », en anglais

Dernière modification lemardi, 23 janvier 2018 21:14

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