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«Jii Ko ou la reconquête de l’eau» : L’art au service de la mobilisation sociale

Dans le cadre de la célébration de la journée mondiale de l’Eau, une représentation théâtrale a été offerte dans l’enceinte de l’Ecole primaire de Nianaba (commune de Toussiana) par l’équipe théâtrale de Projet Eau dan le bassin de la Haute-Comoé (PEHC) sous la direction de l’espace culturel Gambidi. Un spectacle multidisciplinaire participatif intégrant harmonieusement chants, danses, musiques, cirque (acrobaties, jongleries) et qui fut suivi de débats. Tout cela pour susciter la prise de conscience du public de la nécessité de protéger la ressource hydrique.

 Il fait une nuit d’encre, aucune étoile dans le ciel. Dans la cour de l’école primaire de Nianaba, l’équipe de spectacle  a érigé une petite scène  éclairée par quelques projecteurs alimentés par un groupe électrogène dont le ronron envahit la cour. Des enceintes crachent des chansons à la mode pour rameuter les spectateurs. Rapidement, un public jeune constitué majoritairement d’écoliers du primaire et de jeunes collégiens s’est formé. Et tandis que la nuit avance, ce public grossit tel un fleuve en crue avec la venue d’autres groupes socioprofessionnels. Il y a les femmes dont la plupart portent des bébés au dos qui viennent après avoir fini les travaux ménagers, munies de leurs torches qui dansent dans la nuit comme des lucioles. Ensuite, quelques hommes viennent y faire  un tour et repartent. Quelques-uns, cependant, pris par le spectacle, restent.
Et puis, débute le spectacle «Jii Ko ou la reconquête de l’eau». Il met en scène un village dont les rivières sont polluées et l’eau rare. Un homme décide, avec l’aide des esprits de la brousse, d’amener les villageois à adhérer à une charte de bonne conduite de la communauté pour mieux gérer les ressources hydriques.
Le public suit le spectacle, il le vit. Ce public rit, danse au son de la musique, commente. Les plus jeunes réagissent plus vivement quand les marionnettes du caïman et de l’hippopotame apparaissent sur  scène. Les femmes poussent des youyous quand Mami Wata, la sirène à l’abondante chevelure, est éconduite par le personnage principal malgré tous les artifices de la séduction dont elle use. Les propos des comédiens sont commentés à chaud, soit acceptés par de forts acquiescements ou contestés avec bruyance.
Ce spectacle touche le public parce qu’il aborde un problème qu’il vit au quotidien : le manque d’eau. En effet, la commune de Toussiana connaît des pénuries d’eau potable malgré le fait que la région soit très boisée. Gabriel Ouattara, un quinquagénaire qui enseigne au collège catholique des Frères et qui a vécu son enfance dans cette localité se souvient que l’eau était abondante et la pénurie inconnue des populations : « A mon adolescence, l’eau était abondante et on ne connaissait pas la pénurie. L’accroissement de la population et la nécessité d’aller chercher l’eau en profondeur font que l’eau n’est accessible qu’en  forant jusqu’au delà de 100 mètres.»
Issa Ouattara, un élève de 16 ans du Lycée Déborah évoque les souffrances des élèves pendant la saison sèche ; ils souffrent de manque d’eau pour se doucher et même pour se désaltérer. Et dans ces conditions, la classe devient un étouffoir.
Trois fillettes d’une dizaine d’années ont suivi la pièce avec beaucoup d’intérêt. Pan Madeleine Coulibaly, Pan Odile Ouattara et la mutine Elisabeth, toutes élèves en classe de CM2 ont bien compris que la pièce aborde le problème de l’eau. Elles trouvent que les neuf mesures que la pièce conseille d’appliquer pour avoir une eau de qualité sont justifiées.
Quant à Fatimata Ouattara, une sexagénaire qui a installé son commerce à côté de la scène et qui vend de la friture de patate aux spectateurs, ses petits fils juchés sur ses cuisses, elle témoigne des difficultés à se constituer des réserves d’eau. Il y a certains quartiers de Toussiana où la faiblesse du débit de la fontaine rallonge le temps de la corvée d’eau et exacerbe les nerfs de femmes qui souvent en viennent aux mains. Elle raconte avec force détails les empoignades, les insultes et les seaux que les guerrières s’envoient dans le visage.
Antoine Koné, élève de 4e au collège Déborah a un regard très critique sur le spectacle. Il a aimé que la pièce mette une femme comme chef de village, ce qui montre que la femme peut occuper toutes les fonctions ; il est cependant moins enthousiaste de voir des génies se mêler des problèmes des hommes. «Ce sont les hommes qui polluent l’environnement, c’est à eux de se battre pour assainir leur cadre de vie ; les génies, je n’y crois pas». Mais, philosophe, l’adolescent admet que beaucoup de personnes dans le public croient aux esprits et aux génies.
Après le spectacle, une séance de débat a eu lieu avec le public. A travers les échanges, on revient sur certaines parties, on éclaircit des passages et on discute des solutions. Il est évident que le spectacle de théâtre n’est pas une baguette de fée, il ne peut transformer les habitus en une nuit. Il permet cependant de déclencher le conflit cognitif, en montrant les enjeux, et cela est déjà beaucoup.
Le spectacle «Jii Ko ou la reconquête de l’eau» a mis en branle un processus de réflexion chez chaque spectateur. Du plus jeune au plus âgé. C’est par conséquent une dynamique qui est enclenchée. C’est un petit pas dans le long processus de changement de comportement. Mais comme l’a écrit Amadou Bourou au fronton de son théâtre : «Un pas reste un pas. Qu’il soit d’une fourmi ou d’un éléphant».

Saïdou Alcény Barry

 

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