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Tourisme au Burkina : «Cette année, c’est une catastrophe… »

Depuis l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, la relative instabilité politique du Burkina Faso a continué de plomber un secteur touristique déjà très affecté par les différents conflits sous-régionaux et l’épidémie de fièvre Ebola. Reportage dans l’Ouest, l’une des zones habituellement les plus fréquentées du pays.

 

L’érosion a progressivement rongé les flancs de grès des dômes de Fabédougou, pour y aménager d’innombrables petits escaliers naturels et permettre d’en atteindre aisément les sommets. Du haut de ces étranges rochers en forme de carapaces de tortues empilées, culminant parfois à plus d’une cinquantaine de mètres, le panorama est imprenable sur les champs de canne à sucre et la végétation surabondante des environs de Banfora. En contrebas, une petite route de latérite ocre serpente entre les blocs sédimentaires, côtoyant de temps à autre deux gigantesques tuyaux qui descendent du barrage voisin pour irriguer les plantations de la plaine.

Comme à contre-courant, un gros 4x4 gris remonte la piste en direction des cascades de Karfiguéla. A son bord, deux expatriés français que nous venons de croiser au pied des dômes. Nous suivons leurs traces jusqu’aux célèbres cataractes, sans toutefois croiser âme qui vive. Près des chutes d’eau, rendues boueuses par les abondantes précipitations des derniers jours, un jeune couple se bécote tandis que quatre vacanciers bobolais inondent leurs appareils de photos souvenirs. Sur le chemin du retour, seul un petit groupe de visiteurs locaux viendra s’ajouter à ce maigre contingent. Bien peu pour un site réputé comme le deuxième plus touristique du pays (1).

 

Des campements désespérément vides

 

A quelques encablures du centre-ville de Banfora, sur la route qui mène à l’usine de la Sofitex, une petite enseigne lumineuse indique un stand à boissons. Légèrement sur la droite, deux fresques attenantes encadrent un grand portail bleu : « Campement de Siakadougou ». Une dizaine de constructions aux murs de banco et aux toits de paille, entrecoupées de toilettes et de douches à ciel ouvert, ceignent une petite cour intérieure. Au milieu, l’ombre d’un manguier dissimule un kiosque en dur et quelques chaises longues.

Mais aussi accueillant que soit l’endroit, l’affluence y est également loin d’être record. « Il n’y a que deux cases sur dix qui sont occupées », se désole Siaka Traoré, propriétaire des lieux depuis dix ans. « Je n’ai encore aucune réservation pour le mois d’août, alors que les années précédentes j’étais souvent contraint de refuser du monde. C’est une catastrophe… » Crâne rasé et muscles saillants, le jeune entrepreneur enchaîne cafés et cigarettes en se demandant s’il va pouvoir payer sa facture d’électricité à la fin du mois.

A une quinzaine de kilomètres à l’ouest de là, près du lac de Tengréla, Seydou Tou attend lui aussi désespérément les clients. Pêcheur de métier, ce père de famille au regard dur et aux larges épaules a bâti de ses propres mains le « Campement du ciel ». En 22 ans, l’homme n’a jamais connu saison aussi blanche : ses 24 cases demeurent irrémédiablement vides. Pour lui, l’impact de la Transition est évident : les classes et les colonies de vacances françaises, qui avaient l’habitude de séjourner chez lui en décembre et en août, ont annulé leur venue à la dernière minute, faute d’autorisation de la part de leur gouvernement. Dans ce climat morose, même les hippopotames que nous espérions apercevoir au lever du soleil semblent avoir déserté les bords du lac.

 

Un contexte sous-régional perturbé

 

Du côté de l’Observatoire national du tourisme, on diagnostique un malaise plus profond. « Le secteur a commencé à chuter en 2008 avec le début de la récession économique en France, de loin notre premier pourvoyeur de visiteurs étrangers », explique le directeur de l’Observatoire, Irénée Sawadogo. « La crise sociale de 2011 a également joué négativement, puis il y a eu le début de la guerre au Mali, l’émergence de la secte islamiste Boko Haram et l’épidémie de fièvre Ebola… »

Ce contexte sous-régional perturbé a notamment entraîné l’annulation, l’an dernier, de plusieurs manifestations d’envergure internationale - Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), Tour du Faso, Salon international du tourisme et de l’hôtellerie (SITHO)… Or, depuis plusieurs années, ces événements, et de façon plus générale les déplacements professionnels, sont devenus le premier motif d’entrée au Burkina Faso -représentant plus de 70% des arrivées, bien loin devant les séjours de vacances (11,8%), les visites à des parents ou amis (8,2%) ou bien les safaris et la chasse (3,1%) (2). La légère reprise de l’activité hôtelière observée au premier trimestre 2015 s’explique donc essentiellement par le succès du Festival panafricain du cinéma et de la télévision (Fespaco), et non par le retour des touristes dits « de loisirs ». Bien au contraire.

 

Un tourisme national qui n’arrive pas à compenser le manque-à-gagner

 

Il est 10h ce mercredi matin devant la mosquée de Dioulasso-Bâ, et le fils de l’imam n’a pas encore vendu un seul ticket d’entrée. Soudain, un petit groupe de Françaises apparaît. Les premières voyageuses étrangères de notre séjour dans l’Ouest. « On ne vous a pas déconseillé de venir au Burkina? » « Oh que si! » s’exclament les trois irréductibles quinquagénaires, casquettes sur la tête et chaussures de randonnée aux pieds. « Les gens ont toujours en mémoire les images qu’ils ont vues à la télé, et se livrent à une espèce de surenchère pour vous dissuader de partir. Pour eux, on est ici dans un pays en guerre avec plein de maladies », poursuit Chantal, leur chef de file, avec le regard désabusé de celle qui passe ses vacances depuis 10 ans en Mauritanie.

Conséquence de ce climat anxiogène entretenu par les médias occidentaux : les Burkinabè sont aujourd’hui plus nombreux à visiter leur pays que les étrangers (3). Couplé à l’augmentation du niveau de vie local et l’explosion de l’offre touristique à destination du public national, le nombre total de touristes continue donc de croître chaque année. Mais, dans le même temps, leur pouvoir d’achat s’affaiblit. Pour remédier à cela et inciter les voyageurs internationaux à revenir au Burkina, Ouagadougou accueillera le 27 septembre prochain la Journée mondiale du tourisme, sous le thème « un milliard de touristes, un milliard d’opportunités ». Le but, selon Irénée Sawadogo : « Montrer au monde que le pays des hommes intègres est une terre paisible, un havre de paix au coeur de l’Afrique de l’Ouest. »

 

Thibault Bluy

 

(1) après les sculptures sur granit de Laongo -9 304 visiteurs contre 6 200 en 2014.

(2) chiffres au premier trimestre 2015.

(3) en 2012, le nombre de touristes burkinabé (245 513) a dépassé pour la première fois celui des visiteurs étrangers (237 457).

Commentaires   

0 #4 Passy 21-08-2015 13:36
Koro Yamayele, tu parle si bien souvent que je suis curieux. Who are you exactly? lol
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0 #3 Kôrô Yamyélé 19-08-2015 16:31
- J'espère au moins que le chat-là et ses chattons sont vaccinnés contre la rage et déparasités ? Parce qu'il ne faut pas qu'un jour ils contaminent des touristes là-bas, eux dont certains aiment ces bêtes !

Par Kôrô Yamyélé
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0 #2 Kôrô Yamyélé 19-08-2015 16:28
- MEGD, tu as raison. Moi j'ai connu dans le temps un projet qui faisait du très bon travail vers la province de la KOMPIENGA où je partais pour me reposer chaque année dans les campements de chasse. Mais ce projet si efficace a plié bagages un beau jour sans crier gare malgré les supplications des autorités. Ils ont dit qu'ils ne peuvent pas travailler dans cette zone sans sécurité, amener les populations à prendre des initiatives, développer des activités économiques, gagner de l'argent et être détroussées ou même tuées par des brigands souvent en plein midi. Ils ont dit qu'ils se sentiraient un peu responsable. Donc ils préfèrent s'en aller car ils pensent que les gens ne veulent pas sécuriser la zone.

Par Kôrô Yamyélé
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0 #1 Megd 19-08-2015 07:46
Il faut diviser la poire en deux voire en trois.

Dans un premier temps, il y a ce problème sécuritaire (braquage, coupeurs de route, etc...). Je l'avais évoqué récemment dans vos colonnes que sur les sites des ministères des affaires étrangères de la plupart des pays européens, le Burkina est une destination à éviter non pas à cause de l'instabilité politique, mais surtout à cause de la sécurité physique des personnes. L'axe Ouaga-Bobo est primordial, mais non seulement cet axe est généralement en réfection, mais on apprend toujours qu'il y a des braquages.
L'Est du Burkina peut être aussi une destination touristique, mais là aussi, c'est le problème de l'insécurité. Bref, ce n'est que la partie visible de l'iceberg car notre économie en pâtira par manque d'investisseurs . Le RSP, au lieu de vouloir bander ses muscles contre la transition, il ferait mieux de les bander contre les bandits du pays.

Dans un deuxième temps, il y a le manque de professionnalis me de notre structure qui s'occupe du tourisme dans ce pays. Il ne suffit pas d'effectuer des voyages coûteux à l'extérieur pour présenter les potentialités touristiques du pays, mais de prendre des mesures idoines pour professionnalis er ce secteur. Dans votre reportage, vous parlez de personnes qui sont propriétaires de Guest houses. J'aimerais savoir si elles ont les autorisations nécessaires qui respectent l'hygiène et surtout le sécurité des clients? Je n'en crois pas. Il faut permettre à ce secteur de se mettre en regroupement comme les ONG pour mieux se structurer et non pas laisser chacun faire comme il l'entend.
Nous sommes dans un monde 2.0 et il suffit d'un seul clic pour être au courant de tout ce qui dans ce monde. Qu'est-ce que nous faisons dans ce domaine pour mieux vendre le Burkina?
Au lieu d'inonder nos représentations diplomatiques de personnels inutiles, il faut créer une structure qui s'occupe du volet tourisme pour mieux vendre le Burkina.

Enfin, il y a le manque de considération pour notre diaspora. Nous sommes un pays qui compte de nombreux expatriés à travers le monde, mais nous ne faisons rien pour leur permettre un investissement sécurisé dans ce pays. Le Mali s'occupe très bien de sa diaspora en leur facilitant l'accès à des parcelles pour ériger des bâtiments de haut standing. Au Burkina, aucune structure, même les banques ne s'impliquent pas avec des produits pour la diaspora. Vous rentrez au pays pour vos vacances et aimeriez ouvrir un compte local, on vous demande des papiers comme facture d'électricité et Onea, mais vous allez les trouver où?

Bref, ce troisième volet est à partager avec la justice du Burkina. Notre justice est corrompu et c'est très grave. Lorsque vous avez un problème avec un tiers surtout en affaire, même si vous êtes dans votre droit, vous risquez de vous retrouver en prison parce que ce dernier connait un juge.

En conclusion, l'insécurité est présente dans presque tous les pays au monde, mais à géométrie variable. Il suffit de savoir vendre positivement l'image de notre pays à commencer par les taxis verts en très mauvais états garés à l'aéroport. C'est la première image que l'on se fait de ce pays lorsque l'on finit se récupérer ses bagages.
Toujours à l'aéroport, il faut mettre de l'ordre non seulement au niveau des formalités policières, mais aussi au niveau du tapis roulant pour bagage.

Privilégions le tourisme interne en famille avant de nous rendre au bord des mers car le Burkina regorge de richesse culturelle dont nos enfants ignores et c'est dommage.

Mes excuses d'avoir été si long.
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