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Année 2017-2018 : Comme si elle nous avait surpris !

S'il y a un secteur qui a connu l'accalmie, une année sans les grèves tous azimuts et qualifiées même de sauvages par certains observateurs, c'est bien celui de l'enseignement. Les communautés éducative et scientifique vont-elles renouveler cet exploit face aux nouveaux défis ? Rien n'est moins sûr. En effet, à peine les premiers coups de cloche ont-ils été donnés ce matin que les syndicats menacent déjà de passer à l'offensive. Les autorités, elles, souhaitent privilégier le dialogue pendant que parents et élèves subissent de plein fouet le marasme économique qui se moque visiblement des dépenses incompressibles de cette rentrée. Dans ce tour d'horizon des acteurs, une vue panoramique nous est donnée sur les défis de la rentrée des classes de cette année.

 

"Elle a toujours surpris les gens. C'est comme les fêtes. C'est à la veille ou même le jour J qu’on se met dans une course folle pour faire le nécessaire", nous dit un parent d'élève à propos de la rentrée scolaire. Et un autre de tempérer : "Elle ne nous surprend pas. On la voit venir avec angoisse mais comment s'y préparer lorsqu'on doit faire face quotidiennement aux urgences ?"

Qui des deux a raison ? On ne saurait le dire mais le fait est là :   à quelques jours de la rentrée scolaire et académique, les parents vivent au rythme des insomnies et des pertes d’appétit, car angoissés par la scolarité de leur progéniture. Comment payer la scolarité ? Comment trouver les fournitures et un moyen de déplacement pour son enfant ? Que dire de l'essence et de l'argent de poche ? La solution pour les parents bancarisés est souvent le prêt scolaire.

"J’ai fait un prêt, mais le hic c'est que ça ne va pas couvrir mes besoins pour la rentrée. Je comprends maintenant pourquoi on nous invite à faire moins d'enfants. De nos jours, l'enfant coûte très cher", nous confie Binta Ouattara au sortir d'une banque de la place. Comme cette institutrice, beaucoup de parents ont appris cette réalité à leurs dépens. C’est le sentiment général qui prévaut devant les librairies ce 29 septembre 2017.

Devant la librairie « Jeunesse d’Afrique », non loin de la Cathédrale, il y a une procession de parents d’élèves. Certains, comme Harouna Compaoré, en sont toujours à la prospection. "Je fais le tour pour voir où je peux acheter moins cher. C'est pourquoi je ressors les mains vides", explique-t-il. D'autres par contre en ressortent les mains chargées. Est de ceux-là Michel Samba qui après une longue file d'attente a pu faire ses "achats complémentaires".  

Pourquoi avoir attendu à la dernière minute pour acheter les fournitures de son enfant ? Oumou Ouédraogo veut faire bonne figure. "La rentrée scolaire ne s’improvise pas. Je m'y suis préparé pour mes enfants. Si je suis un peu en retard dans les achats, c'est parce que je n'ai pas eu à temps la liste des fournitures". Son voisin, qui a en charge ses cinq enfants, n'a qu'une seule prière : que l’Etat subventionne les librairies pour leur faciliter l’achat des manuels scolaires et que la location des livres pratiquée dans les établissements publics s’étende à toutes les structures éducatives  privées.

Autre lieu, même engouement, même récrimination. A la librairie Diacfa, un parent d’élève, faute de moyens pour honorer sa facture, a esquissé, dans une amertume non dissimulée, un "je reviens" avant de disparaître peut-être à la recherche de boutique "low cost".

A la librairie du vieux Mahamadi Ouédraogo, jouxtant le mur du lycée Philippe Zinda, madame Adama Tankaono, cliente, pense que les librairies sont pour les nantis, si bien que bon nombre de parents ont recours aux « librairies par terre » qui, selon eux, sont moins onéreuses. Quant aux retards dans les achats, son avis est sans concession : « Les temps sont difficiles. De plus, les dépenses quotidiennes nous empêchent de faire des économies », souligne-t-elle.

Les libraires devraient se frotter les mains en cette période de l'année, mais "l’activité est morose. Les gens se plaignent du manque d'argent et pour ne rien arranger, notre secteur souffre de son inorganisation, tout le monde s'improvise libraire, instaurant une concurrence déloyale. Quant à certaines écoles, elles ne trouvent pas mieux à faire que d’intégrer dans leur scolarité, la prise en charge les fournitures et nous coupe l'herbe sous les pieds".

 

Abdou Karim Sawadogo

Hugues Richard Sama

Assiata Savadogo 

Samiratou Pitroipa (Stagiaire) 

 

 

Encadré 1

Regards croisés de syndicalistes

 

Quelle appréciation faites-vous de l’année scolaire précédente et dans quel état d'esprit abordez-vous celle que nous entamons ? A cette question des leaders syndicaux du monde de l'éducation donnent dans les lignes qui suivent leurs réponses. Il en ressort que l'accalmie constatée jusque-là pourrait vite se transformer en mouvements sociaux comme constaté dans d'autres secteurs.

 

François De Salle Yaméogo, secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de l’éducation de base

"Une nouvelle année avec des pincements au cœur"

 

La coordination des organisations syndicales de l’éducation de base a élaboré une plateforme globale et minimale que nous avons déposée auprès du gouvernement depuis le 5 octobre 2016. Le travail s’est poursuivi et nous allons le poursuivre jusqu’à dégager des actions fortes sur le terrain. C’est cela qui sera visible par le citoyen lambda ; de ce fait, pour qu’il y ait de l’action, il faut naturellement une préparation.

Nous entamons cette nouvelle année avec des pincements au cœur parce que nous estimons que tout le temps que nous avons mis à interpeller les autorités sur les questions essentielles et pressantes du monde de l’éducation est resté vain. Aussi, nous l’abordons avec beaucoup de préoccupations, notamment la question de l’insécurité des élèves et des enseignants sur leur lieu de travail.

Notre plateforme, déposée depuis bientôt 3 ans n’a pas connu, de traitement diligent et sérieux. Aussi, nous nous préparons une fois de plus à interpeller le ministère comme nous l’avons déjà fait à travers le message de rentrée. S’il n’y a pas d’écho favorable, nous serons obligés à notre corps défendant d’organiser des actions sur le terrain.

Concernant la situation au Sahel, malgré le fait que nous soyons dans un état d’esprit qui n’est pas celui des beaux jours, des enseignants rejoignent leur poste de travail pour donner le meilleur d’eux-mêmes au bénéfice des enfants du Burkina."

 

 

Wend-Yam Zongo, coordonnateur national des syndicats de l’éducation

"Condition d’une rentrée apaisée"

 

Durant l’année scolaire précédente, nous avons rencontré des difficultés que nous avons essayé de résoudre au niveau de la coordination avec les autorités. Comme problèmes, il y avait, entre autres, les questions de mandatements, de corrections, d’indemnités et de prise en charge aux examens. Nous avons signé un protocole d’accord qui a été appliqué et se poursuit jusqu’en 2018.

Les 16 syndicats de la coordination se sont réunis et ont trouvé une plateforme minimale que nous avons déposée auprès du gouvernement. Au cours de l’année, les réponses des autorités n'ont pas été satisfaisantes. Nous avons voulu leur laisser un peu de temps, c'est pour cette raison que nous sommes restés  silencieux.

Notre plate-forme concerne de façon générale la revalorisation du personnel de l’éducation. Elle ne se focalise pas sur les besoins des travailleurs mais prend également en compte les besoins de la population.

Les écoles sous paillote, les classes pléthoriques, des enseignants non payés, l’insécurité ; ce sont là quelques problèmes qui ne présagent pas un avenir heureux pour le secteur.

Cette année, la rentrée s’annonce avec également beaucoup de difficultés comme le non-paiement total des frais de vacation, le fait que près de 1 800 enseignants ne sont pas encore mandatés ainsi que la promotion du personnel d’administration et de gestion sorti de l’ENAM en 2016 et   attendant d'être reclassé dans de nouvelles catégories. Ils n’ont donc pu corriger leurs indemnités comme s’ils étaient toujours à l’école alors qu’ils sont sur le terrain, vivant les contraintes du métier.

Il faut surtout que le gouvernement examine minutieusement notre plateforme. C’est la seule condition d’une rentée apaisée. On nous avait assuré que des mesures sont prises pour garantir la sécurité du personnel éducatif dans le Sahel, mais malheureusement, le constat est tout autre. Avec l'intensification des attaques perpétrées, le corps enseignant dans cette zone se pose de multiples questions qui restent sans réponses.

 

Souleymane Badiel, SGA de la Fédération des Syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-SYNTER)

"Nous entamons cette rentrée avec un esprit offensif"

 

La F-SYNTER est membre fondateur de la CGTB qui couvre le secteur de l’éducation. Nous sommes au MENA et au ministère de l’Enseignement supérieur. Ce n’est pas un syndicat des enseignants seulement mais de l’ensemble des travailleurs de l’éducation et de la recherche. L’année scolaire 2016-2017 s’est déroulée avec les problèmes récurrents qu’on connaît dans le secteur de l’éducation, à savoir le manque d’infrastructures, l’insuffisance de personnel, les difficiles conditions de vie et de travail aussi bien des enseignants que des autres acteurs que sont les élèves et le personnel d’appui. Au cours de l’année, nos syndicats ont travaillé dans le sens de prendre en charge un certain nombre de préoccupations. Cela a été le cas de la question de l’organigramme. C’est quand même un outil important du pilotage du ministère étant entendu qu’on a eu une nouvelle configuration du ministère. Pour la première fois, je crois, les syndicats ont dénoncé un organigramme et ont obligé l’autorité à le réajuster. Le nouvel organigramme n’est pas véritablement parfait, mais il a intégré un certain nombre de données qui prennent en compte un tant soit peu les différentes spécificités du secteur de l’éducation. Si on ne tenait pas compte de ces spécificités, le ministère, tel que configuré, ne pourrait pas fonctionner convenablement.

Nous avons aussi travaillé sur la question de l’amélioration des conditions de vie surtout après le reversement dans la loi 081 au cours duquel il y a eu des luttes, notamment autour de l’encadrement pédagogique et il y a eu une évolution à ce niveau-là.

L'insécurité au Sahel nous a amenés à organiser une marche afin que des mesures fortes et concrètes soient prises pour permettre à l’éducation de se dérouler dans cette partie de notre pays.

Quand les syndicats sont dans un processus de négociation, ils donnent le temps aux autorités de montrer leur bonne foi.  Nous étions conscients que s’il y avait des avancées essentielles sur la question des statuts, d’énormes problèmes qui se posent dans l’éducation trouveraient leurs solutions.

Nous avions donné le meilleur de nous-mêmes dans les commissions qui ont travaillé sur cette question. C’est l’une des raisons qui ont fait qu’on n’a pas vu de mouvements d’ampleur générale mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de mouvements.

Nous entamons cette rentrée avec un esprit offensif parce que comme je l’ai dit tout à l’heure, nous avons cru en la bonne foi des autorités depuis l’année dernière en nous engageant avec elles dans l’élaboration d’un nouveau statut des personnels. Nous avons espéré qu’il y aurait une avancée et qu’à cette rentrée, ces questions seraient réglées.

Malheureusement, nous  faisons le constat que c’est comme s’il y a eu du dilatoire sur ces questions-là. De ce point de vuelà, nous venons dans le cadre de la Coordination nationale des syndicats de l’éducation d’élaborer une plateforme minimale en quatre points. Et ça va être l’élément autour duquel la mobilisation se fera en cette rentrée scolaire. Ce sont :

- les questions de statuts. On a fini l’élaboration des textes. On va lutter pour l’adoption de statuts valorisants  pour le personnel de l’éducation ;

- l’accès à l’éducation. Nous ne nous battons pas seulement pour des questions économiques, nous nous battons pour que l’ensemble des enfants de notre pays ait accès à l’école et  à une école de qualité ;

- l'amélioration des conditions de vie et de travail ;

- la gouvernance du ministère.

Si dans les semaines à venir, nous faisons le constat qu’il y a des avancées sur les quatre points minima, on avisera, si ce n’est pas le cas aussi, on avisera.

L’année dernière, il y a eu des recrutements sur mesures nouvelles. Environ 1 800 enseignants ont été envoyés sur le terrain. On leur a promis que leurs mandatements seraient faits en juin. A l’heure actuelle, on leur demande de repartir sur le terrain après les vacances sans avoir eu leurs mandatements. C’est impossible. Beaucoup d’entre eux sont dans l’incapacité matérielle de rejoindre leur poste à l’heure actuelle. C’est inconcevable qu’on envoie des enseignants sur le terrain faire plus de 6 mois sans avoir de quoi vivre. Imaginez l’image que ça donne de l’enseignant burkinabè quand il est obligé d’aller demander un crédit de 500 F aux  paysans pour vivre.

Au sujet de la situation au Sahel, nous ne pouvons pas  dire si les enseignants vont rejoindre leur poste ou pas. Tout va dépendre de ce qui va prévaloir sur le terrain. Notre souhait, c’est que les autorités en charge de l’éducation et celles en charge de la sécurité prennent toutes les mesures nécessaires pour que nos collègues puissent rejoindre leur poste et donner l’éducation à tous les enfants sur l’ensemble de notre territoire.

 

Propos recueillis par

A.K.S. ; H.R.S. ; A.S.

& S.P. (Stagiaire)

 

Encadré 2

 

"Les résultats au Sahel ne sont pas en dessous de ceux de l’année dernière"

(Jean Martin Coulibaly, ministre de l'Education nationale)

 

Le ministre de l'Education nationale et de l'Alphabétisation, Jean Martin Coulibaly, s'est félicité de l'esprit de dialogue qui a prévalu au cours de l'année précédente entre lui et les syndicats. Ce qui a permis de boucler l'année scolaire passée dans la sérénité. Il caresse l'espoir que cette dynamique sera gardée comme il nous le confie à travers ce court entretien.

 

Sous quel signe placez-vous cette nouvelle année scolaire ?

 

Nous la plaçons sous le signe de l'engagement, de la détermination et du travail. La question de l'éducation, comme j'aime à le dire, est le socle et la base de tout. Chacun doit faire le maximum avec les moyens mis à sa disposition. C'est connu que dans notre pays, le manque de moyens nous fait travailler dans des conditions difficiles. Avec le sens du sacrifice, on peut surmonter les problèmes et engranger de bons résultats au profit de la Nation.

 

L'an passé, contrairement à ce qu’il a été donné de constater dans d'autres secteurs où il y a eu beaucoup de mouvements sociaux, il y a une accalmie au sein de votre département. Quels ont été vos rapports avec les partenaires sociaux ?

 

Je dois dire que nos rapports sont empreints de respect mutuel même si parfois à mes propres yeux l'administration est lente pour rendre compte à ses partenaires de ce qu'elle fait. Nous avons convenu des rencontres périodiques trimestrielles pour faire le point de la santé du ministère. Cela nous a amenés à regarder dans la même direction même si l'application du protocole d'accord n'est toujours pas à cent pour cent. Nos partenaires ont bien compris notre engagement et notre volonté de bien faire les choses en dépit des moyens limités. Chaque fois qu'ils ont eu des préoccupations, ils ont respecté la démarche dans la recherche de solutions. C'est à leur honneur que nous ayons passé une année scolaire apaisée. Je souhaite que nous gardions le même état d'esprit pour l'année qui commence.

 

 Qu'à cela ne tienne, des problèmes font toujours grincer des dents comme le non-mandatement d'un millier d'enseignants pourtant en service depuis l'an passé. Comment en est-on arrivé là ?

 

C'est une question sur laquelle je n'ai pas été informé comme il faut par mes services. J'ai pris l'engagement l'année dernière que nous n'allions plus avoir ce genre de problème. J'y ai personnellement travaillé dans des commissions et donné des orientations claires. Mais en la matière, il faut retenir deux choses : d'abord tout ne dépend pas de notre ministère, car le principal se fait ailleurs. En effet, après admission au concours, il faut l'acte d'intégration fait par la Fonction publique ; ensuite cet acte est visé par la direction générale du contrôle financier. C’est ce processus qui, une fois bloquée quelque part, nous fait vivre une telle situation. Récemment j'ai eu des rencontres avec le ministre des Finances et celui de la Fonction publique et les mesures sont en train d'être prises pour que tous ceux qui sont concernés et qui ont fourni les papiers requis soient mandatés dès octobre.

 

Pouvez-vous nous assurer que les dispositions idoines sont prises pour la sécurité des enseignants dans le Nord ?

 

Sur cette question du Nord, je voudrais d'abord féliciter l'ensemble de la communauté pour sa résilience et son patriotisme. En janvier, nous avions une crainte légitime quant à la poursuite de l'année ; par la suite nous avions même envisagé un plan B pour les examens. Fort heureusement,  les populations ont réagi pour refuser cette forfaiture ; leur détermination, alliée aux mesures prises sur instruction du chef de l'Etat, a permis d'instaurer un sentiment de sécurité nécessaire à la poursuite du travail.  Notre souhait, c'est que les mêmes mesures soient prises à la rentrée pour un climat de paix et de sécurité de tous les acteurs de l'Etat dans la zone. Mais ces questions ne relèvent pas exclusivement de notre département. Nous en référons au chef de l'Etat qui en a fait une préoccupation, ce qui fait que nous n'avons pas de doute que des mesures qui siéent seront prises.

 

La coordination des syndicats de l'éducation vous a soumis une plateforme commune pour la revalorisation du métier de l'enseignant et, à en croire vos partenaires sociaux, les lignes n'ont pas beaucoup bougé. Qu'en pensez-vous ?

 

J'ai eu déjà à échanger avec la coordination pour comprendre comment il fallait traiter sa plateforme d'autant plus que chaque syndicat a la sienne que nous étudions. Les choses se recoupent de part et d'autre de sorte qu'on se demande à quoi on doit s’attaquer prioritairement. Malgré les échanges que nous avons eus avec les structures syndicales, on ne s'est pas encore accordé sur la question. Chaque syndicat poursuit l'application des engagements que nous avons eus avec lui et nous nous en tenons là. Cela dit, il y a un consensus sur les efforts qui ont été faits dans la mise en œuvre du protocole d'accord, il est important de continuer dans la dynamique de dialogue pour relever les défis communs.

 

Notre confrère Bendré, suite à un reportage, a fait état de résultats catastrophiques dans une partie du Sahel. En effet 55 écoles ont fait zéro admis au CEP 2017 ; on ne vous a pas entendu sur cette question qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive.

 

J'ai observé les résultats globaux des régions et je me suis rendu compte que le Sahel n'a pas démérité malgré la situation très difficile qu'il a connue. Les résultats ne sont même pas en dessous de ceux de l'année dernière. C'est pourquoi je n'ai pas très bien compris qu’on ait voulu jeter en pâture les gens qui ont pourtant consenti d'énormes sacrifices. Je n'adhère pas à cette façon de faire. On n'a pas souvent idée de ce que les gens ont vécu comme traumatisme. On a dû mettre en place des mesures d'accompagnement psychologique avec l'appui de l'UNICEF et de Handicap International en faveur des communautés et des enseignants. On a formé les enseignants à faire leur métier en situation de conflit. Peut-être que les écoles qu'on a ciblées ont été les plus touchées avec le départ des populations vers des zones plus sécurisées. Il faut donc voir cette réalité en face. Beaucoup d'actions ont été menées, mais nous n’en avons pas parlé pour ne pas en faire une tribune pour ces mécréants.

Propos recueillis par

A.K.S. ; H.R.S. ; A.S.

& S.P. (Stagiaire)

 

 

Encadré 3

 

Classement des universités privées

Le ministère les a-t-il notées trop cher ?

 

C’est un classement qui fait jaser. Les institutions privées d’enseignement supérieur (IPES) ont été répertoriées en fonction de la qualité de l’enseignement qui y est dispensé. Ce rapport a été rendu public le 31 août dernier par la Direction générale de l’enseignement supérieur (DGEsup). Quand les bons élèves se félicitent d’avoir sur un plateau, en cette veille de rentrée, un argument commercial de poids, les moins bien notés pointent, eux, du doigt des manquements graves aux règles de contrôle.

Quels sont les critères d’évaluation ? Quelle est la méthode utilisée par les enquêteurs ?  Le classement sera-t-il revu après toutes les critiques ? Réponses.

 

Face à la crise des universités publiques, les IPES ont poussé ces dernières années comme des champignons après l'orage. A coup de publicités et de promesses mirobolantes, elles ont attiré des milliers d’étudiants sans que pour autant la qualité de l’enseignement soit toujours garantie. Chaque établissement est pourtant soumis à un cahier de charges dès son ouverture. A ce titre, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation effectue chaque année des contrôles pour s’assurer du respect des clauses contenues dans le contrat. Ce suivi-évaluation des universités privées  est donc une pratique courante et permet de connaître les bons élèves et les cancres de l’enseignement supérieur. Mais jusque-là, les « relevés de notes » n’étaient pas portés à la connaissance du public. Le linge sale étant, pour ainsi dire, lavé en famille. En plus, ce rapport était partiel, les enquêteurs se contentant de dire que telle école pouvait continuer de fonctionner et que telle autre ne le pouvait pas.

Si cette année, l’enquête du ministère a fait l’effet d’une bombe, c’est que des innovations majeures ont été apportées. Désormais, les résultats sont rendus publics pour permettre aux parents d’étudiants de savoir à qui ils confient l’avenir de leurs  enfants. Des critères de qualité ont également été instaurés pour permettre un classement des universités privées en fonction du respect du cahier des charges.

 

Table des matières

 

De février à avril 2017, trois équipes, constituées notamment d’agents de la DGEsup, ont inspecté 112 établissements dans différentes localités du pays. Les critères d’évaluation, les mêmes pour tous, ont été fixés en fonction du cahier de charges. Ces critères se résument à cinq principaux points:

- l’organisation et la gestion administrative (les autorisations d’ouverture ; l’identité et le niveau d’études des directeurs administratifs et académiques (Ndlr : il faut par exemple être professeur d’université pour occuper le poste de directeur académique) ; la tenue régulière d’assemblées d’établissement et de conseil scientifique; le dépôt des rapports de début et de fin d’année) ;

- la gestion financière (la régularité des traitements salariaux ; l’effectivité de la déclaration des agents à la CNSS) ;
- la gestion pédagogique (la conformité des niveaux et des filières ouverts à ceux autorisés ; la détention d’au moins une attestation CAMES en cours de validité pour les IPES ayant au moins 5 ans de fonctionnement ; la conformité du niveau d’études des enseignants qui interviennent dans l’établissement ; le respect d’un pourcentage de 50% d’enseignants permanents sur l’ensemble des enseignants pour les IPES ayant au moins 5 ans de fonctionnement) ;
- les infrastructures et les équipements (le nombre et l’état des salles de cours ; l’hygiène et la sécurité)

- les dispositions légales (l’existence ou non de visa de publicité ; la périodicité des publicités).

 

Délibération

 

Au cours de leur mission, les enquêteurs se sont entretenus avec les fondateurs ou les responsables administratifs selon un questionnaire synthétique. Chaque critère est attribué un certain nombre de points. Par exemple la tenue régulière des assemblées générales donne droit à un point, la production d’un rapport de fin d’année, deux points.  Chaque fois qu’une disposition du cahier de charges n’est pas respectée, le  contrevenant récolte la note zéro. La suite est une question d’addition et chaque école se retrouve avec une moyenne définitive. A cet exercice, le premier de la classe est ESCO-IGES (19, 166 de moyenne) suivi d’ISPP (18,33). Le dernier de la classe a, lui, 3,33.

D’une manière générale, sur les 112 universités, écoles, instituts ou centres de formation privés de l’enseignement supérieur inspectés, les fins limiers ont estimé que 33 sont de bonne qualité (moyenne supérieure ou égale à 15), 29 sont d’assez bonne qualité (entre 12 et 15), 16 de moyenne qualité (entre 10 et 12), 6 de mauvaise qualité (entre 7 et 10) et 5 de très mauvaise qualité (moyenne inférieure à 7). 24 établissements n’ont pas été inspectés pour  diverses raisons. 5 établissements sont par ailleurs en situation de clandestinité. 4 ont suspendu leurs activités mais sans notification préalable au ministère. 4 autres sont introuvables sur leur site. 2 ont refusé de recevoir l’équipe d’inspection. 6 n’avaient aucune personne-ressource pour fournir les renseignements. Et un établissement n’était pas encore ouvert malgré la détention d’une autorisation depuis 2014. Enfin, 2 écoles situées à Bobo-Dioulasso se référaient pour toute réponse à leur siège à Ouagadougou.

 

Mentions et punitions

 

Les hommes d’Alkassoum Maïga (ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation) ont, à la fin de leur rapport, fait des recommandations et marqué leur ferme intention de veiller à leur respect. Pour les bons étudiants (les 33 établissements de bonne qualité), les enquêteurs recommandent qu’ils soient félicités vivement pour leur respect du cahier des charges. Les 29 d’assez bonne qualité de même que les 16 de moyenne qualité sont à encourager puisque ayant des améliorations à faire. Les 6 de mauvaise qualité sont à blâmer, car présentant des manquements sérieux aux dispositions du cahier des charges. Quant aux 5 de très mauvaise qualité, ils présentent des manquements graves aux dispositions du cahier des charges. Ces IPES devraient être sommés de fermer, leur redressement impératif par le biais de la direction technique du ministère étant la seule condition de réouverture. Enfin, les 5 établissements qui fonctionnent dans la clandestinité devront, quant à eux, être fermés immédiatement sans appel.

 

Réclamations

 

Le rapport rendu public au cours d’une conférence de presse le 31 août 2017 tombe à quelques semaines de la rentrée. Un moment où la guerre entre IPES pour séduire les étudiants fait rage. Le classement essuie des critiques venant du bas du classement et même de l’Union nationale des établissements d’enseignement privé laïc (UNEEP-L), la structure faîtière, qui a organisé une assemblée générale le 9 septembre pour statuer sur la question.

 Après avoir « discuté longuement sur le sujet», l’UNEEP-L déplore plusieurs points. Elle dénonce d’abord un péché originel de l’enquête. En effet, le rapport dans son introduction dit que l’opération a été faite conformément aux articles 35,36 et 37 du cahier des charges qui régit les institutions privées d’enseignement supérieur (arrêté n°2011- 120/MESS/SG/DGERS/DEPr  du 18 juillet 2011). Or, indique l’UNEEP-L, l’évaluation et le classement sont plutôt traités dans les articles 85 et 86. L’article 85 stipule précisément : « Le ministère en charge de l’enseignement supérieur peut procéder à une évaluation des établissements privés autorisés à ouvrir… Cette évaluation peut être suivie d’un classement selon des critères définis par arrêté du ministre en charge de l’Enseignement supérieur». Cependant, souligne la structure faîtière, cet arrêté n’a jamais été porté à la connaissance des enquêtés. Ils ne savaient donc pas à l’avance sur quels critères ils seraient jugés. Autre grief soulevé : le rapport ne respecterait pas le principe élémentaire des audits ou des inspections. En effet, estime l’Union des établissements laïcs, « l’auditeur doit porter le résultat de son travail à la connaissance de la structure concernée, et recevoir éventuellement des recours avant la publication » ; ce qui n’a pas été le cas, sans compter que les  visites ont eu lieu dans une certaine confusion : « Des IPES n’ont pas reçu les missions ; certaines ont refusé de les recevoir ; des IPES nouvellement autorisées et dont les programmes démarraient à peine ont été évaluées ; plusieurs établissements avec un nombre important de diplômes reconnus par le CAMES sont plutôt mal classés ».

L’UNEEP-L, qui affirme n’avoir pas été associée, ni contactée durant tout le processus de mise en œuvre et de diffusion de cette évaluation, dénonce enfin les qualifications «bonne qualité», «assez bonne qualité », «moyenne qualité », «mauvaise qualité» ou «très mauvaise qualité»  qui sont, selon elle, «  abusives au regard du champ couvert par l’inspection ».

Classé parmi les établissements ayant refusé de collaborer avec les enquêteurs, l’Institut polytechnique Shalom (IPS) s’en est défendu le 19 septembre dernier. Selon son directeur général, Martin Kiendrébéogo, lors de leur passage, « le responsable académique de l’institut a simplement demandé à vérifier auprès des membres présents de l’équipe du ministère un certain nombre de documents d’identification, notamment le mandat de leur autorité supérieure, une lettre de mission ou leurs cartes professionnelles, mais l’équipe n’était pas capable de fournir ces documents. » A l’entendre, les enquêteurs ont ensuite quitté les locaux de l’IPS sans remplir la demande d’audience comme préconisé par les responsables de l’institut. Le directeur général, qui dit déjà subir le contrecoup de ce rapport (la baisse des inscriptions), a appelé les autorités à plus de professionnalisme dans les enquêtes pour ne  pas ruiner à tort le crédit et l’image d’une institution.

Pas du tout satisfait de son rang, l’Institut Africain de Management (IAM), considéré comme l’un des instituts les plus prestigieux de la place, n’a pas manqué de faire savoir son mécontentement. « L’IAM Ouaga, label de qualité, s'est retrouvé, à tort, dans la catégorie des IPES de moyenne qualité », s’insurge l’établissement avant d’assurer : « qu’il répond à la quasi-totalité des points ayant fait l’objet de l'évaluation des IPES …Beaucoup d'informations et de justificatifs fournis par IAM n'ont pas été pris en compte ».

 

« L’objectif n’était pas de dénigrer »

 

A toutes ces critiques le ministère n’a toujours pas répondu officiellement. Nous n’avons pu entrer en contact avec les agents de la DGEsup car, explique-t-on, le rapport sur les IPES, « c’est déjà du passé », la DGEsup étant concentrée sur une autre de ses prérogatives : la délivrance des visas pour la publicité.  Pour toute information, les journalistes sont orientés vers la direction de la communication du ministère.

A propos de l’absence de mandat, dénoncée par exemple par l’IPES, une source explique que les enquêteurs pouvaient agir sans mandat : « Etant des agents de la DGEsup, structure habilitée à mener les enquêtes comme le prévoit le cahier des charges, les enquêteurs sont de facto revêtus des pleins pouvoirs. » Même s’il n’est pas question de reprendre le classement comme certaines institutions l’ont déclaré, on reconnaît quelques insuffisances mais qui ne remettent pas tout en cause. Certains établissements n’ont pu faire parvenir à temps les pièces justificatives « pour des raisons qui leur sont propres », explique en effet notre interlocuteur. Et de préciser : « La DGEsup s’est engagée à recevoir ces documents, mais ne touchera pas au classement ». « L’objectif n’était pas de dénigrer même si des mythes sont tombés. Ce rapport visait à créer une saine émulation pour corriger les erreurs et améliorer la qualité de l’enseignement», indique-t-il ensuite. Dans la même veine, le secrétaire général du ministère, Tanga Pierre Zoungrana, avait indiqué le 31 août dernier que cette enquête a été effectuée dans le souci d’accompagner les différents promoteurs du privé dans la mise en œuvre de leur projet d’éducation conformément aux règles en vigueur.

 

A.K.S. ; H.R.S. ; A.S.

& S.P. (Stagiaire)

 

Dernière modification lelundi, 02 octobre 2017 21:07

Commentaires   

0 #2 BIENZI 02-10-2017 17:13
C'est une leçon pédagogique. L'Etat vous a permis d'enseigner (établissements privés); il est normal qu'il vous suivent pour voir si vous enseigner bien. Il n'y a donc pas à s’offusquer. Si vous n'êtes pas meilleur cette année, redoubler d'efforts et suivez les conseils des encadreurs et vous serez meilleurs. Et beaucoup d'élèves courront vers vous pour votre enseignement de qualité. Du courage.
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0 #1 HAAYAH 02-10-2017 12:51
Vivement un treizième ou quatorzième mois pour faire face à la rentrée et nous allons crier ensemble vive Roch
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