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Transfusion sanguine : «Les plaquettes ne soignent pas la dengue» (Dr Salam Sawadogo, directeur du CRTS de Ouagadougou)

Nos lecteurs ne nous en voudront certainement pas de revenir encore sur la dengue. Ce n’est pas par manque de sujets mais c’est à cause de l’ampleur (les derniers chiffres donnent plus de 1000 cas avec 13 décès) de la maladie et surtout la psychose qu’elle a installée chez les malades qui tentent de se protéger comme ils peuvent. Pour ce numéro, Carnet de santé s’intéresse à l’aspect transfusion sanguine notamment avec la prescription courante de plaquettes par des cliniciens. Quel lien y a-t-il entre transfusion de plaquettes et traitement de la dengue ? Selon le Dr Salam Sawadogo, directeur du Centre régional de transfusion sanguine (CRTS) de Ouagadougou dont les services sont actuellement débordés par les demandes de plaquettes, la transfusion de plaquettes n’est nécessaire dans le traitement de la dengue que lorsque le malade saigne.

 

 Avec le paludisme et la dengue qui sévissent actuellement, nul doute que vos services enregistrent de fortes demandes en sang…

 

Effectivement. Depuis fin août jusqu’à la mi-novembre, nous faisons face à une augmentation de la demande en poches de sang qui s’est multipliée par 10, voire par 15. De façon courante, on enregistrait 40 à 60 demandes par jour mais maintenant on est passé à entre 120 et 150, notamment en ce qui concerne les plaquettes dans le cas de la dengue.

 

Qu’est-ce que les plaquettes et quel rôle jouent-elles dans le traitement de la dengue ?

 

Ce sont de petites cellules qu’on retrouve dans le sang et dont le rôle principal est de contribuer à arrêter les saignements quand on se blesse. Pour ce qui est de la dengue, on s’est rendu compte que chez certains malades le nombre de plaquettes diminue, ce qui risque de provoquer des saignements. C’est aussi cela qui explique le fait que certains cliniciens, dans les hôpitaux, nous demandent des plaquettes au profit des malades, à tel point que les gens ont déduit que ce sont les plaquettes qui soignent la dengue. Une vision pourtant erronée.

 

Ah bon ? 

 

Oui. Les plaquettes ne soignent pas la dengue. Elles aident plutôt à arrêter les saignements lorsqu’ils surviennent. Quand le malade ne saigne pas, il n’y a véritablement pas d’intérêt à transfuser des plaquettes car elles n’ont aucun effet sur l’évolution de la maladie. Mais je pense que tout cela est dû au fait qu’il n’y a pas un traitement fixe pour la dengue ; on se rabat donc sur les plaquettes croyant qu’elles peuvent faire disparaître la maladie.

 

A quelle hauteur se situe actuellement les demandes de plaquettes et comment sont-elles prélevées dans le sang ?

 

Nous sommes vraiment débordés. En temps normal, on éprouvait déjà des difficultés à satisfaire ces demandes (70 à 80%) et maintenant encore plus avec la dengue (45 à 50%). Il faut aussi souligner que cette incapacité est relative aux difficultés liées à la préparation des plaquettes et il y a 2 façons de le faire. La première, celle que nous réalisons ici, consiste à prélever le sang et ensuite à procéder à la séparation des plaquettes en laboratoire. Dans ce cas, quand on prélève 450 ml de sang, on se retrouve au final avec seulement 40 à 45 ml de plaquettes. Ce qui est insignifiant. Pour répondre donc à une demande en plaquettes, il faut réunir 5 à 6 poches de sang. Ce qui veut dire également que si on a 10 malades, il faut avoir 60 donneurs. Je précise que quand on arrive à prélever également, il faut pouvoir enlever les plaquettes dans un délai qui n’excède pas 6h. Et c’est là toute la difficulté car nous ne pouvons le faire qu’avec les donneurs bénévoles qui viennent à nous pour donner leur sang. Quand c’est nos services qui se déplacent hors de Ouagadougou pour collecter, on ne peut pas utiliser les plaquettes de ce sang.

La deuxième technique que nous n’avons pas, qui n’est d’ailleurs disponible que dans quelques pays africains à l’image du Rwanda, consiste à prélever directement chez le malade rien que les plaquettes. Cela se fait à l’aide d’une machine hi-Tech, capable d’extraire les plaquettes et de re-transfuser le reste du sang au malade. Avec cette méthode, un seul donneur peut donner la quantité suffisante à un malade.

 

Est-ce que le sang duquel on a enlevé les plaquettes peut encore servir à une transfusion ?

 

Oui. Fort heureusement. Au regard de ce qu’on a comme maladie, il peut servir. Par exemple pour le cas du paludisme qui cause des anémies, notamment chez les enfants et les femmes enceintes, ce sont les globules rouges qu’on a besoin de transfuser. Dans ces cas, nous prélevons le sang prioritairement pour les globules rouges. Mais avant toute transfusion, Il y a un certain nombre d’examens du sang ; que nous réalisons, à savoir, l’Hépatite B, l’Hépatite C, la Syphilis, le VIH et s’il y a une seule affection, on ne transfuse pas, ni pour les globules rouges ni pour les plaquettes.

Je profite donc en cette période cruciale lancer un appel aux donneurs et à la population en général, à s’engager dans le don de sang ; que ceux qui ne donnent pas le fassent régulièrement (tous les 3 mois pour les hommes et tous les 4 mois pour les femmes) et que ceux qui ne l’ont pas encore fait n’hésitent pas à franchir le pas.  

Aux autorités, nous les invitons à s’impliquer davantage car la première épidémie de dengue date de 2013. Il y a eu également des cas en 2014 et en 2015, et à chaque fois le problème de la disponibilité de plaquettes se pose. Ce n’est certainement pas pour demain la fin et il faut, à cet effet, qu’elles travaillent à rendre disponible l’équipement nécessaire pour faire le prélèvement des plaquettes directement chez un seul malade. Je pense que ces appareils ne sont pas hors de portée de notre pays.

 

Sous la coordination de

Alima Séogo/Koanda

79 55 55 51

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Commentaires   

0 #1 Kanzim 16-11-2016 15:56
Merci pour cette précision qui nous fait savoir que la transfusion n'est pas nécessaire pour toutes les situations causées par la dengue. Parce que des parents ou des accompagnants se fâchent et même agressent les agents de santé pour le sang. Certains exigent qu'on prélève séance tenante leur sang pour transfuser leurs enfants. Je les comprends, tout en admirant le calme et le savoir communiquer des agents de santé, ainsi que la qualité de leurs relations avec les patients. Le langage est à la portée des lecteurs et l'appel est clair. L'article de l'Obs du 13 novembre 2016 et intitulé «Dengue au Burkina Faso : Quelles solutions envisager à court, moyen et long terme pour réduire l’incidence de la maladie?» donne de très bonnes informations sur le contenu de l'appel à l'endroit des autorités et à l'endroit des citoyens. Il s'agit d'une publication du Dr Olivier Gnankiné, Entomologiste, Maître de Conférences. La lecture combinée des deux articles est donc une très bonne source d'informations. Mon bonjour à l'internaute koudougou yilké, qui j'espère m'aura compris à propos de mes posts sur la dengue. Félicitations encore au Dr Salam Sawadogo, Directeur du CRTS de Ouagadougou, et bien sûr à la journaliste Alima Séogo/Koanda
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