Menu

Algérie : De la nécessité de terminer la manœuvre

 

 «Je comprends tout particulièrement le message porté par les jeunes en termes, à la fois, d'angoisse et d'ambition pour leur avenir propre et pour celui du pays.» Bouteflika a donc enfin compris la colère de ses concitoyens. Acceptons-en l’augure. On ne connaît que trop le célèbre « Je vous ai compris » (1) du général Charles de Gaulle adressé le 4 juin 1958 au peuple insurgé d’Algérie.

En savoir plus...

Renonciation Bouteflika : La seconde révolution algérienne

«La solution la plus sage pour sortir de l’impasse serait que la présidentielle du 18 avril soit reportée pour permettre au FLN, qui n’était certainement pas préparé à une telle levée de boucliers, de se trouver un candidat autre que l’indésirable Boutef mais aussi à l’opposition de revenir dans le jeu démocratique… »

En savoir plus...

Nigeria: « Baba go slow » va devoir se hâter

Il a beau avoir 76 ans, Muhammadu Buhari est encore véloce, lui qui, le premier, vient de franchir la ligne d’arrivée dans cette course à la présidence qui l’opposait à 71 autres candidats. C’est dans la nuit de mardi à mercredi que l’INEC a annoncé la victoire du président sortant avec 56% des suffrages exprimés contre 41% à son principal challenger, Atiku Abubakari.

Dans ce duel de nordistes, il y en a un qui visiblement est plus nordiste que l’autre puisque sa victoire, Buhari la doit d’abord aux Etats du nord très peuplés comme ceux de Katsina, Borno, Yobe, Zamfara ou Kaduna qui l’ont quasiment plébiscité. Un vote massif ethno-régionaliste qui a permis au locataire d’Aso Rock de mettre une bonne distance entre lui et son poursuivant immédiat. Pour autant, on aurait tort de réduire sa réélection à la seule donne géographique, puisqu’il a pu aussi s’imposer à Lagos, l’ancienne capitale, dans le sud du pays grâce, il est vrai, à son directeur de campagne, le richissime homme d’affaires, sénateur et ancien gouverneur de l’Etat de Lagos, Bola Tinubu.

Comme il fallait s’y attendre, le candidat malheureux, comme pour préparer sa probable défaite, avait dénoncé des fraudes massives dans l’organisation et le déroulement du scrutin, martelant dès les premières estimations : « Je rejette les résultats de l’élection de la honte du 23 février 2019 et contesterai ses résultats en cour de justice ».

Voici donc le général qui, depuis son coup d’Etat en 1983, avait dirigé le Nigeria d’une main de fer jusqu’à sa chute en 1985 reparti pour son ultime combat, lui qui a demandé à ses compatriotes quatre années supplémentaires pour achever son programme initial, affirmant que son administration avait déjà « jeté les bases d’un pays fort, stable et prospère ».

En fait, bien plus que son bilan mitigé, c’est peut-être, outre la fameuse prime au sortant, la personnalité de Muhammadu Buhari, faite d’austérité et d’intégrité, qui a pesé dans la balance électorale en faveur de celui qui, à l’époque de la junte, faisait fouetter les fonctionnaires en retard à leur poste.

Mais « Baba go slow » (Papa vas doucement), comme on l’a surnommé en raison de ses ennuis de santé qui l’obligeaient à effectuer de longs séjours médicaux à l’étranger, va devoir se hâter et mettre le turbo pour d’abord combler les lacunes de son premier mandat, notamment dans la lutte contre la secte islamiste Boko Haram et la corruption. Sur ce dernier sujet, le général reste droit dans ses bottes. Lors d’un de ses discours de campagne, citant un proverbe yuruba, le locataire d’Aso Rock a déclaré que « seul un esprit patient peut traire un lion. De la même manière, la lutte contre la corruption est difficile mais pas impossible ». Et des trésors de persévérance il lui en faudra pour tenir ses nouvelles promesses électorales. Et Dieu sait qu’elles sont ambitieuses : création de 15 millions de nouveaux emplois ; formation de 200 000 jeunes aux métiers des services, des loisirs et technologies ou encore la réhabilitation de 10 000 écoles ainsi que la formation des enseignants dans des matières comme les sciences, les arts plastiques ou les mathématiques. Des engagements électoralistes dont on se demande si le nouvel élu aura les moyens et surtout la force de les réaliser. Il est vrai que, comme par miracle, la santé déclinante du septuagénaire, dont on se demandait déjà s’il pourrait achever son premier mandat, semble s’être beaucoup améliorée. Mais de là à penser qu’il pourrait se prévaloir d’une forme olympique, il y a un pas que beaucoup n’oseront pas franchir.

 

H. Marie Ouédraogo

En savoir plus...

Candidature Bouteflika : Le vieil homme et les marionnettistes d’El Mouradia

 

Hier, c’était au tour des étudiants.

 

Après les avocats qui ont marché lundi et, bien avant eux, des centaines de milliers d’Algériens vendredi dernier, ce sont en effet les campus universitaires qui ont pris le relais hier mardi 26 février 2019.

 

A Alger, Oran, en Kabylie et dans de nombreuses autres localités, ces jeunes, dont la plupart n’ont connu de président que Bouteflika, sont sortis par milliers pour dire non au cinquième mandat du locataire d’El Mouradia.

En savoir plus...

Présidentielle algérienne : Quelle opposition contre Boutef ?

Si le ridicule tuait, beaucoup seraient sans doute déjà morts en Algérie ; à commencer par le président Abdelaziz Bouteflika, qui a été désigné par son parti, le FLN, pour être son candidat à la présidentielle du 18 avril 2019. Voici donc le grabataire d’El Mouradia reparti, à 81 ans, pour un nouveau tour de piste. Plus que son âge, c’est en réalité son état de santé qui pose problème. Victime d’une attaque cardio-vasculaire en 2013, Boutef n’apparaît qu’épisodiquement en public, ses rares images étant soumises au filtre de ses proches, et on se rappelle cette scène pathétique d’un président partant accomplir son devoir civique en fauteuil roulant, l’air presque absent.

Depuis six ans donc, nombre de ses compatriotes et les observateurs de la scène politique algérienne se posent des questions sur sa capacité à gouverner. Et pourtant, assure son entourage, le chef de l’Etat tient encore ferme la barre du navire battant pavillon Algérie, gouverne et prend des décisions. A moins que ce ne soit en réalité d’autres qui dirigent pour lui, en son nom, et qui n’ont sans doute pas envie qu’il lâche. Aux premiers rangs de ceux-ci, son frère cadet et âme damnée Said Bouteflika, l’autre frère Nasser Habchi, chef de sa garde, et sa sœur Zhor qui le couve, étant à la fois son intendante, sa cuisinière personnelle et son aide-soignante. Sans oublier l’appareil militaro-sécuritaire, éternel gardien du temple algérien et véritable dépositaire du pouvoir.

C’est tout juste si le Premier ministre et son gouvernement ne gèrent pas les affaires courantes. A y réfléchir, il y a même une forme de cynisme de la part de tous ces « fidèles » qui, en réalité, ne pensent qu’à eux, à leur propre survie politique et à leurs intérêts, le vieillard cacochyme de Zéralda étant pratiquement otage de son propre entourage.

Si donc après vingt ans de pouvoir, il est de nouveau sur la ligne de départ le 18 avril prochain, on ne voit pas trop comment, même reclus, il pourrait ne pas franchir la ligne d’arrivée. Dans ces conditions, on comprend que les deux autres partis historiques du pays, le FFS et le RCD, aient décidé de boycotter le scrutin, sans doute pour ne pas servir de faire-valoir à une élection qui semble jouée d’avance. Une autre partie de l’opposition, qui a engagé des discussions dans ce sens mercredi dernier, parviendra-t-elle à s’entendre sur une candidature unique pour affronter le grand malade et néanmoins compétitif Bouteflika ? Et quel rôle pourra véritablement jouer Ali Benflis, l’ancien Premier ministre passé depuis « à l’ennemi », puisqu’il fut déjà son principal challenger aux scrutins de 2004 et 2014 ?

Qu’importent au demeurant les réponses à ces questions. Abdelaziz Bouteflika, lui, dans sa situation, est paradoxalement peinard ; puisque d’autres se chargeront de battre campagne et de gagner pour lui. Même si cette tragicomédie électorale n’honore pas ce grand pays qu’est l’Algérie. A supposer que le président sortant ait une pleine conscience de la situation, on se demanderait ce qui le pousse à poursuivre cette aventure.

Issa K. Barry

En savoir plus...

Frappes Barkhane sur des rebelles tchadiens: Pourquoi il fallait sauver le soldat Déby

Après les frappes militaires, le débriefing parlementaire pour Jean-Yves le Drian. Un exercice dans lequel il devrait être à l’aise pour avoir été ministre de la Défense de François Hollande. Cette fois, c’est en tant que ministre des Affaires européennes et étrangères qu’il est intervenu devant les élus au cours de la session sur les questions d’actualité. Questions posées notamment par le député Jean-Michel Clément du groupe parlementaire Libertés et Territoires, relatives aux frappes aériennes de Barkhane sur une colonne de l’UFR, la rébellion menée par Timane Erdimi, le terrible neveu du président Idriss Déby Itno.

C’était donc, foi du chef de la diplomatie française, une tentative de coup d’Etat que la force française a enrayée à la demande écrite du chef de l’Etat tchadien. Un acte conforme, selon lui, au droit international.

Il faut croire que l’écho des détonations qui ont eu lieu dans le nord-est du Tchad a été ressenti au palais Bourbon, où les explications du ministre ne semblent pas avoir convaincu tout le monde. Pas plus à Paris qu’au Tchad, car il faut bien reconnaître que de nombreuses zones d’ombre subsistent sur cette opération. La question se pose d’ailleurs de savoir comment les troupes d’Erdimi, parties du sud libyen à bord d’une quarantaine de pick-up, ont pu parcourir des centaines de kilomètres en territoire tchadien sans qu’à un moment ou à un autre l’armée tchadienne ait pu intervenir. Faut-il croire effectivement que sans l’intervention tricolore ces pick-up auraient foncé sur N’Djamena pour prendre le pouvoir ?

En tout cas, c’est le ciel qui  est vraiment tombé sur la tête des rebelles tchadiens, car ce n’est pas moins d’une vingtaine de bombardements qui ont été assénés par sept mirages entre dimanche et mercredi.

En fait, ce n’est pas la première fois que la France vole au secours du soldat Déby, de loin son meilleur allié dans la lutte contre le terrorisme au Sahélistan. On se rappelle en effet qu’il y a presque onze ans, jour pour jour, d’autres rebelles avaient été, eux, neutralisés par l’armée française quasiment aux portes de la capitale, au grand soulagement du président Déby dont le pouvoir n’aura jamais autant vacillé. Ainsi, l’histoire se répète et il devient quelque part l’obligé de Paris, à qui il ne peut refuser grand-chose.

Et au-delà des grands principes comme celui de la non-ingérence dans les affaires d’un Etat souverain, nécessité a fait loi, quand bien même le régime tchadien ne serait pas un exemple de démocratie et encore moins de bonne gouvernance économique. Déjà tourmentée par l’interminable conflit libyen, le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne et Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, la région aurait-elle pu se payer le luxe de voir éclater un nouveau foyer d’instabilité ouverte que l’arrivée des rebelles et le départ de Déby auraient forcement créé…non.

H. Marie Ouédraogo

En savoir plus...

Violences électorales à Tambacounda : Le Sénégal ne nous avait pas habitués à ça !

 

Ça aurait été dans certains pays qu’on ne s’en serait pas étonné outre mesure. Mais pas au Sénégal.

Le pays de la « Teranga » ne nous avait en effet pas habitués à ça.

Le lundi 11 février 2019, une semaine après l’ouverture de la campagne pour l’élection présidentielle du 24 février prochain, des affrontements ont éclaté entre partisans de la coalition Benno Bokk Yaakaar, du président sortant, Macky Sall, et ceux du Parti de l’unité et de la réforme (PUR) d’Issa Sall.

En savoir plus...

Accords de paix en Centrafrique: Le 8e sera-t-il le bon ?

On n’en connaît pas encore les clauses, gardées secrètes pour on ne sait trop quelles raisons, mais c’est censé être le texte de l’espoir. Paraphé mardi dernier à Khartoum, l’accord de paix entre le gouvernement et les groupes armés qui se sont partagé ce territoire de 622 984 km2 a  en effet signé hier à Bangui lors d’une cérémonie solennelle et émouvante  au palais présidentiel en présence du chef de l’Etat, Faustin Archange Touadéra.  

Seule ombre à ce tableau idyllique, l’absence, remarquée,  des leaders des deux principales entités armées, Ali Darassa de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et Noureddine Adam du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC). Pour autant, il ne faudrait pas y voir tout de suite une forme de dénonciation de l’arrangement politique de Khartoum, noué sous l’égide des Nations unies et de l’Union africaine, puisque les deux personnalités l’avaient bien paraphé la veille et qu’elles étaient dûment représentés ce mercredi.

La 8e fois sera-t-elle la bonne ? Sera-ce un accord de plus ? Puisque sept autres avaient été déjà signés depuis 2012, sans que la situation s’améliore véritablement sur le terrain. Le dernier, on se rappelle, avait été conclu en juin 2017 sous l’égide de la communauté catholique Sant’Egidio, mais même avec la bénédiction de ces religieux, le miracle de Rome n’a pas eu lieu. Le pays avait vite fait de replonger dans cette interminable guerre civile qui dure depuis une décennie, au grand dam des Centrafricains, partagés aujourd’hui entre un espoir souvent déçu et un certain scepticisme.

Le premier magistrat centrafricain a beau se convaincre que c’est un document « juste et équilibré qui réhabilite les victimes et répare les cœurs, une véritable charte pour la réconciliation nationale », il faut attendre vraiment de le voir à l’épreuve du terrain pour voir s’il produira les résultats escomptés Premier test majeur, la cessation des hostilités à l’aune de laquelle on pourra jauger véritablement la volonté réelle des différentes parties signataires d’aller à la paix.

Car le tout n’est pas, pour les premiers responsables des milices, d’apposer leurs précieuses signatures qui n’engagent souvent qu’eux. Encore faut-il que leurs troupes respectives suivent le mouvement. Ce qui n’est pas toujours garanti. Le problème, c’est que certains seigneurs de guerre, au-delà des revendications sociopolitiques qui servent souvent de paravent, sont engagés dans une véritable guerre de rapine, se payant habituellement sur la bête, si bien que, pour beaucoup, la fin du conflit signifie la fin des haricots.

Seront-ils donc capables, eux, et surtout leurs combattants, qui se révèlent souvent être les dindons d’une farce politique, de déposer les armes et de se reconstruire une vie plus honnête dans le cadre du désarmement-démobilisation-réinsertion ? Là est la question et bien malin qui pouvait y répondre hier au palais de la Nation à Bangui.  

Issa K. Barry

En savoir plus...
S'abonner à ce flux RSS